Normal People

Publié le 25 juin, par Eloïse Steyaert


L’histoire d’amour de deux écorchés vifs amenés à transcender leurs fêlures.

ROONEY Sally, Normal People, Editions de l’Olivier, 2021

Sally Rooney est un phénomène littéraire : jeune autrice irlandaise, elle a écrit son premier roman Conversations entre amis lorsqu’elle était étudiante au prestigieux Trinity College de Dublin. En 2018, elle sort son deuxième livre Normal people enfin traduit en français cet hiver.

Normal People raconte à première vue une histoire banale entre Connell et Marianne, dans une petite ville sans histoire. On les suit au lycée, où ils se connectent profondément l’un à l’autre, pour les accompagner dans les chamboulements initiatiques de la vie de jeunes adultes à Dublin, où ils étudient dans la même fac que l’autrice.

Marianne est perçue comme bizarre, elle se sent en décalage constant. Connell se conforme aux attentes de ses camarades. Ces deux écorchés vifs vont pourtant se rencontrer, car la mère de Connell fait le ménage dans la maison bourgeoise de Marianne. Une relation floue commence. Progressivement, les fêlures de Marianne et la sensibilité de Connell, enfouies profondément, nous plongent dans une histoire tout sauf ordinaire. On comprend vite, grâce à une analyse fine de la psychologie des personnages, que la vie de ces jeunes « millenials » est loin des clichés reçus.
Toutes les réalités de leur vie viennent ébranler leur amour : honte, maltraitance, difficulté à se connaître et à se confier… tout les pousse à rejeter leur vulnérabilité. En grandissant, ça s’intensifie et se complexifie encore plus, mais ces jeunes êtres brillants seront rattrapés par un lien indéfectible, qui les sortira des murs qu’ils ont érigés.

Le propos de Sally Rooney est bouleversant car au-delà de la figure d’une héroïne saisissante, elle dresse le portrait d’un jeune homme de son temps. Avec des dialogues d’une justesse déconcertante, elle dépeint une représentation moderne de l’expérience masculine. Celui qui se cachait derrière des faux-semblants, se connecte à ses émotions, s’ouvre à son âme-sœur, à sa mère, à une psychologue, ce qui le rend terriblement tendre et attachant.

Normal People est un grand roman. De ceux dont on met du temps à se remettre