Il fait bleu sous les tombes

Publié le 30 mars, par Sylvie Hendrickx


Une exploration audacieuse et sensible du deuil et du mystère de la mort.

VALENTINY Caroline, Il fait bleu sous les tombes, Albin Michel, 2020

Aborder le thème du suicide pour un premier roman est un défi impressionnant ! Le sujet est en effet extrêmement sensible et d’autant plus délicat que le principal protagoniste est un adolescent. Ce contexte névralgique aurait pu déboucher sur un récit aux allures parfois morbides. Or, il n’en est rien car l’auteure, psychologue employée dans un service d’aide aux étudiants à l’UCL, nous offre, grâce à une trame narrative extrêmement originale, un récit étonnamment vivifiant : entre enquête captivante, exploration subtile du processus de deuil et réflexions à dimension métaphysique. Dès les premières lignes, nous voici étrangement aux côtés d’Alexis. Depuis sa tombe, celui-ci s’interroge sur son nouvel état et sur les circonstances de son décès dont il n’a aucun souvenir. A sa voix se mêlent celles de sa famille dont il perçoit, au fil des jours, les allées et venues dans le cimetière. Tous, dans un roman choral émouvant, nous livrent leurs états d’âmes, leurs doutes et interrogations sur l’acte posé par cet adolescent, certes introverti mais pourtant animé de tant d’idéaux ! Le flux de leurs réflexions entremêlées aux pensées d’Alexis, souvent ponctuées d’humour et de légèreté, donne ainsi naissance à un récit habité d’une réflexion apaisée sur la frontière ténue qui sépare nos existences de la mort. Cette dernière, sous la plume poétique et très sensorielle de Caroline Valentiny, ne débouche jamais sur l’obscurité totale. En effet, Il fait bleu sous les tombes est avant tout une ode à la vie et au mouvement perpétuel qui l’anime et ce, jusque dans le mystère de sa finitude. Ainsi se déroule au fil des pages pour chaque protagoniste un voyage sensible de transformation intérieure, vers un début de reconstruction familiale ou vers un ailleurs porteur d’espérance. Ce faisant, ce roman réussit la gageure de prendre à bras-le-corps la difficile question de la mort et de la replacer au cœur même de la vie, en dehors de toute référence religieuse, avec une délicatesse et une sérénité impressionnantes.