Publié le 8 octobre, par
Un « jeu », juste pour amuser la galerie, et puis pourquoi pas ? N’est-ce pas là l’étendard conventionnel brandit habituellement par les bourreaux juvéniles dont l’immaturité justifierait tous les actes d’harcèlement ? Et précisément, ce mot « harcèlement » qui semble galvaudé ; on le craint comme s’il pouvait brûler les doigts de celui ou celle qui l’emploie et pourtant il se déploie massivement et s’étend maintenant au-delà du cercle scolaire, ce qui le rend d’autant plus insaisissable, empêtrés que nous sommes dans la toile numérique qui par trop nous connecte et ne nous laisse aucun répit. C’est à propos de ce sujet de société, incandescent d’actualité, que l’écrivain français Philippe Besson, touché personnellement par le harcèlement dans son enfance, a choisi d’alerter et d’offrir un regard différent, un de ceux que l’on entend le moins, celui d’un père démuni. Sous la forme d’un monologue intérieur, Vous parler de mon fils met à nu l’âme écorchée d’un parange qui, sidéré par la souffrance, témoigne de l’escalade de violence physique et psychologique subie par son fils, ainsi que de son impuissance et de sa culpabilité en tant que parent. Dans la lignée de son ouvrage Ceci n’est pas un fait divers consacré au féminicide, Besson poursuit ainsi, avec conviction, son projet de donner la parole aux proches des victimes. Dans une langue claire au ton presque abasourdi, il confronte les lecteur·rice·s à l’apparente inéluctabilité de la machination du harcèlement une fois mise en marche : les injonctions à la virilité, l’emprise et l’impunité des coupables, la minimisation des faits voire l’accusation de calomnie face au mutisme des souffre-douleurs pris au piège. Puisant justesse et crédibilité dans les témoignages recueillis auprès de trop nombreuses familles affligées, l’ouvrage de Besson retrace la chronologie des événements, des signes avant-coureurs aux recherches d’alliés et aux vaines sollicitations institutionnelles jusqu’au choc final. Roman d’amour et de deuil, cette course de vitesse d’un père contre l’inexorable geste de désespoir de son fils entend également rappeler, avec sensibilité et pudeur, que « dans la pire des épreuves, il y a la vie encore. »
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