L’Échiquier

Publié le 9 juillet 2025, par Chloé Geron


Jean-Philippe Toussaint, L’Échiquier, Éd. Minuit, coll. « Double », 2025

« Je voudrais que ce livre soit l’échiquier de ma mémoire. », par définition, sélective et arbitraire. C’est avec cette intention que Jean-Philippe Toussaint, auteur belge de plus d’une vingtaine de textes, que l’on a parfois méjugés et considérés comme absurdes, nous revient avec un livre où il plonge lecteur et lectrice dans une intimité dont ces dernier·e·s ne sont pas coutumier·e, la sienne. Écrit à la faveur du confinement, vécu comme une résidence littéraire par l’écrivain, L’Échiquier, paru aux Éditions de Minuit, dans la collection « Double » en janvier 2025, rejoue certaines des parties qui ont composé la vie de Jean-Philippe. En 64 cases, sautant stratégiquement d’un jeu à un autre, entre confessions prudentes et pudeur assumée, il se remémore des endroits, des personnes qui l’ont marqué, et surtout ses ouvertures à l’univers échiquéen et littéraire. Notamment grâce à cette figure paternelle qui contribua à la fois à son initiation, sur une terrasse au Portugal, et à la bénédiction de la future carrière que l’auteur embrassera pleinement quelques années plus tard... Entre compte rendu et récit, il nous offre des instantanés issus de ses souvenirs qui prennent vie devant nous, à la rencontre de ses origines lituaniennes par sa mère ou du célèbre génie soviétique pour les échecs lors de compétitions internationales. Il nous emmène encore au commencement de ses considérations sur l’écriture, refuge absolu contre les affres du monde extérieur mais plongée inexorable dans la conscience et l’intimité profonde à la recherche de sincérité. Au détour d’un projet tricéphale —la traduction du Joueur d’échecs de Stefan Zweig qui devient Échecs (nom du premier livre publié de Toussaint qui clôt ainsi la boucle), un essai vite avorté sur le processus de traduction ainsi que l’écriture de ce qui deviendra L’Échiquier —, l’auteur nous livre son parcours de modeste amateur à la découverte de l’effervescente sociabilité qui encadre la communauté de joueurs entre champions du genre et connaissances de passage. Que notre vie s’apparente ou non à une partie d’échecs, cette édition poche de l’ouvrage de Jean-Philippe Toussaint, augmenté du regard du critique littéraire français Philippe Lançon, nous fait rêver de joutes stratégiques, en blitz ou par report, c’est selon. Et si nous profitions de moments de détente et d’oisiveté estivales pour sortir nos pendules et plateaux à damiers ?