La Vie en chantier

Publié le 25 juin, par Eloïse Steyaert


Un portrait subtil et bouleversant de la paternité.

FROMM Pete, La Vie en chantier, Gallmeister, 2021

Pete Fromm est un auteur américain qui nous emmène loin pour vibrer, inspirer l’odeur des grands espaces et du bois travaillé. La collection « Totem » des éditions Gallmeister a encore frappé fort. Indian creek avait déjà séduit le public francophone, mais La Vie en chantier vient encore plus nous bouleverser. Ce n’est pas pour rien que François Busnel de la Grande librairie et du magazine America le qualifie de « poche coup de cœur » de ce printemps.

Pete Fromm, c’est la littérature étrangère comme on l’aime : des décors, des personnages, des relations façonnés par leur environnement. C’est ce qu’on retrouve dans ce roman poignant.

Taz est tombé amoureux d’une « sirène » le jour où il est parti se baigner dans les eaux pures des rivières du Montana. Marnie et lui ont ensuite choisi de vivre dans une maison où il y a tout à retaper. Puis elle tombe enceinte, et Taz se donne à corps perdu pour que tout soit prêt. Mais rien ne l’a préparé à ce que tout déraille : la chambre, la salle de bain, aucune pièce n’est prête. Mais lui surtout n’est pas prêt à élever sa fille seul. Parce qu’il rentre endeuillé dans cette maison avec un nouveau-né. Vide, éreinté, il va devoir apprendre à puiser au plus profond de lui pour se relever. En se perdant dans le travail, la vie, la nature, le lien.

Pete Fromm ne flirte jamais avec le mélodrame. Au contraire, il nous pousse à regarder du côté de la lumière, en nous faisant tout ressentir, en nous amenant dans les sensations de son héros. La vie passe par ses descriptions de chaque matériau de bois utilisé, poncé, raboté, vitrifié pour ériger cette maison en foyer. Malgré l’absence de celle qui a laissé son souvenir dans chaque pièce. La vie passe aussi par la fraîcheur de l’eau dans laquelle il emmène sa fille se baigner, la baptiser là où son amour est né.

L’auteur américain évoque le deuil d’un artisan qui doit apprendre à vivre sans le mur porteur qu’était sa femme. La Vie en chantier, c’est la métaphore de cette maison travaillée avec méticulosité qui renvoie à la construction de sa nouvelle identité, celle d’un veuf doublé d’un jeune papa. Quel portrait doux, fort et subtil de la paternité. En ces temps où tout converge vers des récits de femmes, cet angle subtil nous donne à voir la vie avec un regard plus apaisé.