Publié le 13 juillet, par
Du 13 au 19 avril dernier, la Biblif, Bibliothèque communale de Forest, organisait la deuxième édition de son Festival Autrices. Au programme : une semaine d’animations autour des voix féminines, avec, en point d’orgue, un Salon du livre et de la microédition. À la manœuvre, Camille Walter et Laurence Dumonceau, binôme de bibliothécaires complices et inventives, reviennent pour nous sur les enjeux de cet événement engagé.
À la genèse de ce projet : la création par la bibliothèque du fonds « Point G » pour « Genre », rassemblant documentaires et fictions à dimension féministe ou portant sur les questions de genres pour tous âges. Seconde impulsion, la disparition à Forest du LadyFest BXL, une importante manifestation culturelle portée par un collectif féministe et visant la valorisation des femmes dans le champ des arts. « Nous avons voulu reprendre le flambeau à notre mesure, tout en orientant le projet vers nos missions de bibliothèque publique », explique Camille.
Pari audacieux et hautement réussi ! La formule, plébiscitée dès la première édition, confirme son succès en rassemblant cette année encore plus de 400 visiteurs et usagers. Avec une programmation misant sur la diversité et la médiation, le public a ainsi pu découvrir « Ce que le ventre dit », le nouveau spectacle de poésie urbaine de Lisette Lombé et Marc Nammour mais également explorer la représentation des femmes dans les jeux de société et le gaming lors d’une animation avec Le Ligueur, ou encore se plonger dans une heure de conte dédiée aux autrices et illustratrices. « Nous avons également vécu, avec émotion, le tout dernier ‘salon d’écoute’ de notre partenaire Médiathèque nouvelle : une immersion collective à travers des morceaux musicaux mettant en avant des femmes pionnières », évoquent les bibliothécaires qui ont proposé, en parallèle, une sélection d’ouvrages consacrée aux femmes inspirantes.
En clôture du festival, le Salon du livre et de la microédition est sans doute la dimension la plus originale du projet. Déployé le temps d’un weekend au Centr’Al, un centre sportif et culturel de la commune, l’événement a rassemblé près de 65 autrices et offert au public un réjouissant panel de genres littéraires : de la poésie au polar, en passant par la romance, le théâtre ou la jeunesse, … Une diversité née spontanément de l’appel à participation lancé par la bibliothèque quelques mois plus tôt. « Notre unique critère de sélection ̶ être une femme autrice de livres édités ou auto-édités ̶ induit une grande diversité. De même que l’ouverture à la microédition et aux publications artisanales telles que le fanzine. » souligne Camille. Espace de valorisation et de rencontre avec le public, ce festival se révèle également un lieu de réseautage recherché par les autrices venues de toute la Fédération Wallonie-Bruxelles et du Nord de la France.
Choix assurément militant, cette mise en avant de voix féminines entre en résonnance avec les récentes polémiques sur la place des femmes dans les salons littéraires, cristallisées notamment autour du festival de la BD d’Angoulême. L’équipe est cependant particulièrement attentive à s’abstenir de toute étiquette explicitement féministe afin d’éviter tout clivage au niveau du public. Une même philosophie guide par ailleurs l’organisation du fonds « Point G ». Pas d’espace dédié mais des ouvrages intégrés aux différents rayonnages et identifiés par une sobre gommette grise. « L’objectif est que ce fonds soit discret mais présent partout, de manière naturelle, afin que les lecteur·ice·s puissent le découvrir au détour d’autres recherches, y compris ceux qui pourraient être braqués par un espace explicitement estampillé. », précisent les bibliothécaires.
Porter un tel festival, en marge des nombreuses missions de la bibliothèque, serait cependant impossible pour ce binôme de choc, sans l’investissement des cinq autres bibliothécaires de l’équipe. Au-delà des murs de la Biblif, l’enjeu est également de tisser du lien avec les acteurs sociaux et culturels du territoire pour mutualiser les espaces, les moyens et les savoir-faire. Une nécessité accentuée par la conjoncture économique du secteur culturel qui s’est durcie entre 2024 et 2026. « Pour la première édition, le BRASS (centre culturel francophone de Forest) nous a épaulées sur la logistique et la communication, tandis que l’opérateur d’appui subsidiait une série de spectacles. » Deux ans plus tard, le constat est sans appel : si le soutien des partenaires reste intact, certains de leurs budgets, eux, ont fondu. Qu’à cela ne tienne ! Même s’il a fallu réduire la voilure côté spectacles et redoubler d’ingéniosité pour assurer la viabilité de cet événement essentiellement gratuit, l’équipe est toujours déterminée. « Nous avons bénéficié pour cette édition d’un subside de la Scam, qui nous a permis de programmer le spectacle de Lisette Lombé et Marc Nammour au BRASS », se réjouissent-elles. La Biblif peut également compter sur le soutien de son échevin et sur de précieuses synergies avec différents services communaux, renforcées depuis que la bibliothèque a rejoint les mêmes locaux en 2023.
Le succès auprès du public et la reconnaissance des autrices le confirment : cet événement répond à un besoin évident d’espaces de visibilité et de valorisation. Confortée dans ces enjeux, l’équipe souhaiterait inscrire le festival dans la durée en poursuivant un rythme biennal. Une fréquence idéale pour absorber une charge organisationnelle importante, mais aussi pour laisser aux participantes le temps de développer de nouveaux projets et garantir ainsi une programmation toujours qualitative. « De nouveaux partenaires nous rejoignent déjà, comme l’ACA, l’Académie de Musique, de Danse et des Arts de la parole de Forest », se réjouit Laurence. Une chose est sûre : la dynamique équipe de la Biblif n’a pas fini d’ancrer cette institution comme acteur culturel incontournable du territoire, lieu d’expérimentation, de rencontre et de médiation engagée.
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