Publié le 9 juillet, par
Une nuit de janvier, heure du Pacifique, toutes les bâtisses présentes sur Terre sont comme aspirées par les abîmes et réinvesties dans un périmètre de jeu souterrain. Parmi les êtres humains ayant survécu à la métamorphose de la planète, 13 millions franchissent les 150 000 portails qui s’ouvrent sur le premier niveau du Dungeon Crawler. Carl et le chat de son ex, Princesse Donut, font partie des crawlers, candidat·e·s contraint·e·s d’une sorte de télé-réalité intergalactique réalisée par une production extraterrestre obscure, le mystérieux système Borant. C’est avec ce scénario mi-fantastique mi-apocalyptique que s’ouvre le premier opus d’une passionnante quadrilogie de LitRPG (à lire « jeu de rôle littéraire ») signée par l’artiste et primo-romancier américain, Matt Dinniman. Paru fin 2024 chez Lorestone, éditeur français pionnier de ce genre qui s’épanouit aux États-Unis, Dungeon Crawler Carl a de quoi satisfaire les férus de jeux vidéo de rôle. Ils y suivront le duo atypique, dans sa progression à travers couloirs et salles, affrontant créatures venimeuses et boss mutants afin d’emprunter l’escalier qui les mènera, avant l’effondrement du niveau, au suivant. Statistiques évolutives de performances, récompenses à déverrouiller, interfaces et inventaires, guilde et PNJ, … tout s’y trouve pour contribuer à une expérience de lecture immersive (assurément à son paroxysme dans son format audio). Les lecteur·rice·s néophytes pourraient, quant à eux, être surpris par le ton sarcastique et, par moment, grossier du personnage principal et de l’IA narrative ainsi que par la violence sadique de certaines scènes. Cependant, passés une période d’adaptation et l’approfondissement de la trame narrative, la lecture est plus fluide (et ce, malgré les 500 pages) et se construit un certain attachement pour les personnages qui, mis au-devant de dangers mortels et de choix existentiels, font preuve d’une bienvenue conscience morale, d’un certain humour et d’une ingéniosité opportune. On y trouvera également, au détour d’une discussion ou d’un combat, l’écho criant des travers humains les plus universels comme les plus vils : l’appât du gain, la colonisation et soumissions de semblables ou d’espèces, le voyeurisme et la cruauté au nom du divertissement ou l’instinct de survie primaire. Heureusement, le dénouement n’est pas amer, mais plutôt porteur d’un certain espoir pour l’humanité. Temps restant avant l’effondrement du niveau : … imminent !
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