Publié le 9 juillet, par
Selon une étude réalisée par le Centre National du Livre début de l’année 2024, les jeunes Français·e·s de 7 à 19 ans passent dix fois moins de temps à lire des livres papier que sur les écrans, même si près de la moitié des adolescent·e·s déclarent avoir lu un livre numériquement. Ils et elles sont également plus influencé·e·s dans leur choix via les avis trouvés sur internet. Néanmoins, plus de 60 % d’entre-eux·elles se rappellent des moments de lectures partagées et lisent par plaisir et pour se détendre . Ainsi, même si les pratiques ont évolué, il reste une culture de la lecture à transmettre dès le plus jeune âge, non pas dans une rigueur austère, mais dans le partage et l’épanouissement.
C’est précisément la conception de la « lecture-plaisir », promue assez généralement en Lecture publique, que la bibliothèque Alfred Langlois de Charleroi a décidé d’étendre stratégiquement, au-delà des murs de l’établissement, à ses relations avec les enfants et le corps enseignant des écoles alentours, environnement où la dimension pédagogique, poussée par les exigences du programme, a tendance à prendre prioritairement le pas sur le reste.
En effet, à la bibliothèque Alfred Langlois, la lecture publique n’est pas un simple concept. L’accès et l’accueil des classes étant rendu complexes du fait d’une localisation de l’établissement hors de la ville, le contact avec ce public scolaire ne s’en voit pas pour autant négligé. Ainsi, à la rentrée dernière, est né un nouveau dispositif « jeux en classe » qui a pu voir le jour et se déployer grâce à l’engagement de Julie Eugène, bibliothécaire jeunesse proposant des animations ludiques et littéraires en milieu scolaire. « Après avoir obtenu mon diplôme de Bibliothécaire-Documentaliste, j’ai commencé à travailler en bibliothèque universitaire avant d’être engagée par la commune de Chaumont-Gistoux pour assurer la gestion des bibliothèques de classes des écoles primaires. » Dotée de cette expérience spécifique, son implication dans le projet « jeux en classe » (auquel la moitié de son temps de travail est consacré) semble une évidence, en juillet dernier, au moment de son entrée à la Bibliothèque Alfred Langlois.
Persuadée que jeu et littérature sont intrinsèquement liés, les animations qu’elle propose dans ce cadre jettent des ponts entre ces deux activités. D’une part, il s’agit de revisiter des jeux classiques à partir d’ouvrages sélectionnés. D’autre part, elle mobilise la ludo-littérature existante qu’elle adapte pour correspondre à des groupes plus importants numériquement. « Avec pour principal objectif de promouvoir la lecture et de faire découvrir la littérature, j’ai créé des jeux, nés de l’adaptation de références classiques en la matière avec les ouvrages de littérature jeunesse que l’on retrouve habituellement dans les bibliothèques de classe (Mario Ramos, Philipe Corentin, Claude Ponti, Geoffroy de Pennart, Quentin Gréban, Anne-Catherine De Boel, …). L’animation se déroule en deux temps : je présente une sélection de livres aux enfants, leur demande de les observer, de distinguer les différences et similitudes pour en dégager le thème commun. Puis, je leur lis deux albums et ils participent ensuite à un jeu qui reprend les personnages et des éléments des histoires lues. », nous explique Julie Eugène. Par ailleurs, valorisant un fonds spécial que la bibliothèque possède sur le Petit Chaperon rouge et de nombreux albums de revisite des contes classiques, elle dispose notamment d’ores et déjà de jeux inspirés des contes de Perrault et des Frères Grimm. Une interaction ludo-littéraire que certaines maisons d’édition ont de surcroît bien perçue, comme nous le rappelle judicieusement l’animatrice, en témoigne les nombreux contenus ludiques proposés notamment par L’École des loisirs pour accompagner leurs sorties et que Julie a adapté pour ses animations : par exemple, Haut les pattes reprenant l’univers de C. Valckx et La mission de Georges le dragon de G. de Pennart.
Puisque la distance séparant la bibliothèque des écoles ne permet pas un déplacement commode des élèves, Julie Eugène se rend mensuellement dans chaque classe afin de créer du lien que ce soit avec les enseignant·e·s comme avec les enfants et ainsi instaurer une relation de confiance qui facilite la mise en place d’autres activités ultérieurement. « Notre souhait à la Bibliothèque Alfred Langlois est de donner l’accès aux enfants à la culture et au livre, dans un panel de styles différents, de leur faire découvrir la lecture-plaisir afin de sortir du cadre scolaire au sens strict, leur lire des albums et leur faire prendre part à des jeux thématiques. »
La démarche est précieuse et parvient à toucher deux écoles de l’enseignement ordinaire soit sept classes et près de 140 enfants par le biais de jeux de société littéraires. « Il s’agit avant tout d’un public éloigné de la lecture et du jeu (dont la culture familiale à ce sujet n’est pas forcément très développée). Le contact avec les livres et la fréquentation d’une bibliothèque ne font pas partie du quotidien de ces enfants qui ne connaissent pas la bibliodiversité et, souvent, n’ont jamais eu l’occasion de manipuler des livres-jeux (de type pop-up par exemple) », nous précise Julie Eugène, pour qui ce public empêché représente un nouveau défi dans sa carrière. « Et en termes de clôture d’activités, à la fin de l’année scolaire, les élèves auront l’occasion, lors d’un moment privilégié, de visiter la bibliothèque. » L’enjeu étant également d’inscrire, dans les mentalités des élèves, la bibliothèque comme tiers-lieu, accessible à tous.
Un projet qui implique l’étroite collaboration du reste de l’équipe de la bibliothèque. C’est ainsi que ses collègues de la section jeunesse l’appuient dans sa tâche lorsqu’il s’agit de trouver de nouvelles idées pour d’autres publics ou tranches d’âge. Comme souvent dans nos bibliothèques, le décloisonnement des fonctions et des postes, la polyvalence, ne sont pas des mots vides de sens à Langlois.
C’est aussi une autre forme de partenariat qui s’établit avec le réseau de Lecture publique, cette fois. Ne disposant pas d’une ludothèque en interne, l’équipe a, tout de même, fait le choix de proposer des soirées jeux pour jeunes et adultes organisées en faisant appel et en valorisant d’une autre manière le prêt inter. Il restait à considérer le public en âge de scolarité. Ainsi, lors d’après-midi jeux de société, Julie et ses collègues accueillent sur inscription des enfants de 6-8 ans. Parmi eux, ils retrouvent parfois des têtes familières, des élèves touchés par le dispositif d’animations ludo-littéraires mis en place en classe par la bibliothèque.
La démarche n’en restera pas là. Le projet a pour vocation de s’étendre afin de toucher d’autres établissements notamment en renforçant la visibilité et la communication autour de cette initiative d’émancipation collective ou encore en ouvrant son dispositif à d’autres perspectives. Lire et jouer, des activités si incompatibles… ?
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