• Avec Régine Barat Coordinatrice du Salon du Livre de Jeunesse de Namur

  • Actions et coopération

  • 23 octobre 2012, par Françoise Vanesse

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  • Alors que se prépare la 14e édition du Salon du Livre de Jeunesse de Namur qui se déroulera du 17 au 21 octobre prochains, nous avons rencontré Régine Barat, nouvelle coordinatrice de l’évènement. Pédagogue passionnée et engagée, fonceuse, foisonnante et joyeuse créatrice de projets mobilisateurs autour du « plaisir de lire » ; cette infatigable amoureuse de littérature jeunesse, également auteure, animatrice et responsable de l’asbl « Contalyre », nous livre ses priorités pour ce Salon du Livre : créer une unité en travaillant dans une optique coopérative tout en remettant en valeur le pôle associatif…

Régine Barat

F.V. : Depuis maintenant un an, vous avez pris la succession de Luc Battieuw au sein de l’organisation du Salon du Livre de Jeunesse de Namur. Comment s’est déroulée cette passation ?

R.B. : Au début, il s’agissait d’« aider », non de « reprendre ». On m’a demandé si je pouvais finaliser la programmation du Salon entamée par Luc. J’y suis parvenue avec des invitations à l’arrachée sans pouvoir vraiment suivre le thème qui était celui des « héros ». Il me fallait trouver des auteurs et illustrateurs qui soient libres parce qu’au mois d’octobre, il y a aussi la Fureur de lire et beaucoup de salons dont celui de Frankfort. J’ai donc choisi en fonction des nouveautés, des propositions des éditeurs mais aussi malgré tout en fonction de mes goûts car je crois qu’il est important d’être en symbiose avec les personnes qu’on invite.

F.V. : Pourriez-vous nous parler de vos priorités en tant que nouvelle coordinatrice de ce Salon ?

R.B. : Ma priorité cette année est d’avoir un fil conducteur sur tout le Salon : éditeurs, animations, conférences, formations. Il est très important pour moi qu’il y ait une unité et que tout le monde - c’est peut-être mon côté utopiste -, travaille ensemble. J’ai également envie de refaire un Salon constitué de pôles de manière à ce que les visiteurs s’y retrouvent. Par le passé, il existait par exemple un pôle associatif. Les gens savaient qu’ils pouvaient y trouver des informations sur les livres, les revues de littérature jeunesse… Mais ces dernières années, les associations se sont retrouvées disséminées dans tout le Salon et - je l’ai constaté en tant que Contalyre - sans être regroupés et sans rien vendre, nous intéressons trop peu de monde. Je voudrais remettre ce pôle associatif en valeur car je pense qu’il est aussi important que les éditeurs dans le cadre d’un événement comme le Salon. Cette année, les associations présentes seront l’APBD - la FIBBC, Contalyre, Ibby, Prix Farniente, Ligue des Familles, La joie par les livres (BNF)…

V.D. : Pouvez-vous nous parler du thème de ce Salon, « La métamorphose du li(v)re » ?

R.B. : Le fil conducteur sera la transformation de l’objet livre et des comportements des lecteurs. La tablette numérique par exemple : comment peut-elle apporter un plus dans le plaisir de lire ? Je suis pédagogue et ma recherche depuis vingt ans consiste notamment à trouver des pistes et des moyens de faire lire les enfants. Je pense que l’évolution des ouvrages et des supports est un plus pour ce développement chez l’enfant du plaisir de lire.

V.D. : Ne peut-on cependant y voir aussi un danger ?

R.B.  : Personnellement, j’ai toujours combattu l’idée que les enfants ne sont pas lecteurs. Ils ne lisent peut-être pas ce que nous voudrions mais ils passent leurs journées à déchiffrer et à mettre du sens sur ce qui les entoure que ce soit des lettres, des logos, des panneaux… L’avantage de la tablette est de participer à cette dynamique de lecture. Il faut bien se dire que nos enfants évoluent dans ce monde de technologies et que c’est notre rôle en tant qu’adulte de ne pas les laisser seuls face à ces nouveaux outils. Au Salon, l’une des grandes nouveautés de cette année sera la présence d’un pôle numérique. J’ai l’impression qu’en Belgique, par rapport à la France, on est un peu frileux vis-à-vis de cette dimension de l’édition.

V.D. : La Bataille des livres est également un projet qui ouvre des portes aux jeunes lecteurs. Pourriez-vous nous en dire quelques mots ?

R.B. : L’objectif de ce projet, dont je suis également la coordinatrice, est de familiariser les jeunes avec le livre dans tous ses aspects, y compris son auteur. Le problème est qu’il y a peu d’auteurs jeunesse en Belgique qui correspondent à un public de la 3e à la 6e année primaire et ceux dont les livres sont sélectionnés dans la Bataille n’ont pas toujours le temps de faire des rencontres en classe. J’ai donc choisi cette année d’élargir les rencontres à des auteurs dont les livres ne participent pas à la Bataille. Une vingtaine de classe vont ainsi rencontrer des auteurs au Salon de Namur. Comme la Bataille des livres débute justement fin octobre, c’est l’occasion d’y faire venir les enfants.

F.V. : Comment se porte le Salon du livre à l’heure actuelle ?

R.B. : Sa pérennité est assurée. Les éditeurs répondent présents. Nous avons le Seuil de la Martinière qui revient cette année après une longue absence. Nous avons aussi beaucoup de nouveaux éditeurs : Bonhomme vert, Gulf Stream, Memo… Mais si le Salon va bien, ce n’est pas toujours le cas des éditeurs. La crise est là et peut-être en observera-t-on aussi un impact dans la fréquentation ou dans les achats… Tout ce que l’on peut faire au niveau de la programmation pour essayer de pallier cette morosité, c’est une proposition attrayante et variée. Et le thème du Salon cette année est propice à la diversité ! On va essayer que chaque auteur, chaque animation se découvre et se vive dans le plaisir. Il faut montrer que ce n’est pas parce qu’on est en crise qu’on ne doit pas lire, qu’on ne doit pas réfléchir !

V.D. : Un endroit où la préoccupation du plaisir de lire est présente depuis toujours, c’est Contalyre…

R.B. : L’association Contalyre fête ses vingt ans d’existence. Elle a eu l’occasion de beaucoup évoluer et continue de bien fonctionner. Cependant l’espace de la littérature jeunesse n’est pas rayonnant. Plus personne ne vient écouter des histoires ou assister à des ateliers de lecture. En vingt ans, il y a eu une baisse jusqu’à zéro qui reflète un peu les priorités des gens. C’est assez déprimant. L’action de Contalyre cependant n’est pas morte puisque, avec toute mon équipe, nous prenons en charge l’organisation du Salon, la Bataille des livres, le projet intergénérationnel des papys et mamys qui racontent des histoires dans les écoles, l’organisation de formations… Il est impératif aujourd’hui de diversifier ses actions et d’aller vers les gens.

F.V. : On est toujours étonné par la quantité de projets que vous parvenez à mener…

R.B. : Lorsque vous êtes passionné, rien ne vous arrête ! Je suis un peu comme mon personnage fétiche, Elmer, l’éléphant multicolore. C’est quelqu’un d’un peu différent mais de joyeux avec un côté « rentre dedans » que j’ai parfois. Je fonce et puis seulement je réfléchi. C’est comme ça que beaucoup de projets naissent. J’ai l’idée, j’y vais et puis je me dis « comment vais-je faire ? ». Et là, j’ai toute l’équipe autour de moi, des personnes vraiment très chouettes, un peu comme une famille, pour m’épauler ou me recadrer et me dire « stop ». Je suis aussi toujours habitée par un besoin de travailler et de créer des choses.

V.D. : Il y a dans votre travail quelque chose de l’ordre de la passion mais aussi de l’engagement ?

R.B. : Parfois, je suis un peu déçue par ce qui se passe en Europe, notamment par le fait que les enfants sont tellement gâtés qu’ils n’apprécient plus les choses… Au Rwanda, existe une école dont la directrice essaye de donner un certain accès à la culture aux enfants pour qu’ils puissent s’en sortir. Nous avons apporté des livres et des jeux pour mettre en place là-bas une bibliothèque et une ludothèque. Nous avons encodé 3000 livres en 4 semaines ! Comme c’est une bibliothèque trilingue : anglais, français et kinyarwanda, nous avons également acheté des livres sur place. C’est important de permettre à ces enfants l’accès au livre, d’autant plus qu’ils ont vécu des choses tellement difficiles que leur imaginaire est complètement éteint. Ils prennent tout au premier degré et ne se donnent pas l’autorisation de rêver. C’est ça qui est beau : ce n’est pas le livre qu’on a apporté mais le droit de rêver. La bibliothèque est en ce moment à l’intérieur de l’école mais l’objectif est aussi de l’ouvrir au village.

V.D. : En tant qu’auteure, quels livres souhaitez-vous mettre en exergue ?

R.B. : Les livres que j’ai eu la chance de rédiger forment en quelque sorte une trilogie. Le premier, Le grand livre des touts petits, vise à développer l’imaginaire des jeunes enfants, le deuxième vise la culture littéraire des pré-adolescents de 9 à 14 ans (365 activités avec l’Agenda du lecteur curieux), et le troisième, Lecture envie-envie de lecture, clôture en quelque sorte mes 20 années de travail et s’adresse aux parents. C’est peut-être mon livre préféré car ce n’est pas un livre qu’on m’a commandé. Au fur et à mesure de mes recherches, je me suis rendue compte que le parent peut être en souffrance par rapport à la perte du plaisir de lire chez l’enfant. Je commence donc à organiser des journées de sensibilisation pour donner aux parents des outils permettant d’aider leurs enfants à entrer dans le domaine de la lecture et de la littérature jeunesse. Pour le moment, nous travaillons aussi sur un livre de l’association qui paraîtra après le Salon : Les 20 ans de Contalyre.

F.V. : Et quel regard portez-vous sur la littérature de jeunesse actuelle ?

R.B.  : La production actuelle est majoritairement de qualité. Les éditeurs sont attentifs à considérer l’enfant comme un vrai lecteur et non comme un avaleur de mots ou d’images. Le vrai problème réside dans la surproduction. Il y a de plus en plus d’illustrateurs et de moins en moins d’auteurs pour la jeunesse. On a donc des livres de plus en plus imagés et de moins en moins de textes d’auteurs. Dans ce contexte, il y a tout un travail à faire au niveau de l’éducation : il faut apprendre aux jeunes à écrire et leur en donner le goût. On se trouve également face à une hyper production faite de modes : on a eu la mode Harry Potter, celle du coffret, du pop-up… Les maisons d’éditions en viennent à présenter toutes un peu près les mêmes livres, à l’exception des plus petites qui malheureusement souffrent plus encore de la crise. Cependant, il ne faut pas rejeter, selon moi, ce qui passe pour de la « sous-littérature » : 80% des gens ont cela chez eux ! Cela me met en porte à faux avec pas mal de mouvement de littérature jeunesse mais mon objectif premier, en tant qu’enseignante, reste que chacun puisse devenir citoyen. Il faut pour cela comprendre ce qu’on lit et donc dans un premier temps apprendre à lire. Or on peut apprendre à lire sur ce qui est à portée de mains, dans les maisons, ce qui n’est pas de la littérature !

V.D. : Un souhait peut-être par rapport à cette édition du Salon ?

R.B. : Mon souhait est que les personnes qui y viennent, tant les auteurs, les éditeurs, les animateurs que les visiteurs, soient contents et surtout repartent en ayant vécu des découvertes. C’est dans ce but que les animations, les présentations seront hétéroclites tout comme les supports du livre : romans, bandes dessinées, livres sans texte, applications numériques… Je souhaite également que tout le monde trouve sa place au Salon : le monde associatif, les grands mais aussi les petits éditeurs. Quant au thème, il sera bien mis en évidence : les éditeurs vont proposer un parcours sur la métamorphose du li(v)re destiné aux enfants mais aussi aux professionnels. Et nous accueillons une exposition sur ce thème, réalisée en collaboration avec le Musée de Mariemont, le musée de l’imprimerie de Thuin, le centre de la gravure de la Louvière et la FWB. A plus long terme, mon ambition serait aussi de faire un Salon du Livre de Jeunesse réputé au niveau international. C’est peut être utopiste dans les premières années mais pourquoi pas… On a quand même la Suisse qui est là avec la « Joie de lire » et internet, le numérique nous permettent aussi d’aller partout. Précisément, le thème de l’année prochaine sera « Sur la route ». Un thème très prometteur…

Propos recueillis par Valérie Detry et Françoise Vanesse
Waterloo, juin 2012

http://www.livrejeunesse.be/

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