• Yanalou pour Charlie

  • 28 juillet 2010, par Gérard Durieux

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  • Des pages profondément humaines dans lesquelles le regard aigu et tranchant de l’auteur croise à nouveau les voix contrastées de réfugiés de la vie...

TROUILLOT Lionel, Yanvalou pour Charlie, Actes Sud, 2009

L’œuvre de cet écrivain majeur, reconnu et primé, plonge le lecteur au cœur de fictions qui tissent sans exotisme le réel violent et les rêves blessés de son île déchirée. Edité par Actes Sud, ce poète et romancier né en 1956, engagé dans la vie culturelle et politique jusqu’au refus de s’exiler, est remarqué dès 1998 avec Rue des pas-perdus , récit lyrique d’une « nuit d’abomination ». Après Bicentenaire (2004), monologue intérieur échevelé au plein feu d’une matinée de manifestation à Port-au-Prince, il propose un détour plus intimiste avec L’amour avant que j’oublie (2007). Autant de romans peuplés de personnages dépeints avec tendresse : intellectuels, étudiants, chauffeurs de taxi, tenancière de bordel, journalistes..., hommes et femmes réfugiés de la vie.

Son dernier ouvrage Yanvalou pour Charlie croise à nouveau les voix contrastées d’existences malmenées ou privilégiées, mondains ou petits paysans.
Mathurin D., jeune avocat d’affaires ambitieux, vit sa vie confortable de forfaits dans la seule attente d’une promotion. Survient Charlie, adolescent bavard en cavale qui demande assistance après un cambriolage raté. Une semaine suffit alors à faire basculer dans le drame la quiétude opportuniste de Mathurin. Le passé qu’il avait voulu effacer resurgit, son masque tombe et il devient étranger à lui-même. Et le voilà contraint de revenir à son enfance oubliée, d’affronter le monde d’infortune de son jeune compagnon, de traverser la désespérance de la misère et des trahisons à la recherche de son « étoile ». Alors seulement, il pourra accueillir à nouveau son nom véritable et réentendre la parole simple et apaisante de celle qui a continué de l’aimer par-delà le silence de sa fuite. Et jouer un « yanvalou », pour mémoire, en l’honneur de Charlie.

Au service d’un regard aigu, tranchant et pourtant profondément humain, l’écriture de Trouillot chante et pleure tour à tour une musique plurielle. La phrase se pose, s’offre d’infinis ralentis ou déferle, torrentielle, et emporte jusqu’à l’essoufflement. Drus ou poétiques les mots dénoncent, « s’encolèrent » ou compatissent. Tendresse et rage aux saveurs créoles. Cet homme-là vibre à sa terre et son verbe nous bouscule en des textes de chair et de sang qui font l’honneur de la littérature. Au nom de l’Homme.

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