• Vol au dessus d’un nid de Pâques...

  • 15 mars 2005, par Françoise Vanesse

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  • En chocolat, de porcelaine, décoré ou teinté, l’œuf se met dans tous ses états pour fêter Pâques !
    Mais tous ces déguisements ne doivent pas occulter le caractère profondément sacré qui, depuis la plus haute antiquité, accompagna l’itinéraire de ce charmant petit objet presqu’animé et germe de vie...
    Pourquoi les œufs se nichent-ils au cœur de la fête de Pâques et quelles sont les anciennes coutumes qui firent jadis leur apparition à l’occasion de notre fête pascale ?


Aujourd’hui, les œufs de Pâques nous sont devenus si familiers que nous en oublions le rôle qu’ils jouent dans la mise en scène du temps de Pâques. Ainsi, chaque printemps, ces petits objets à la forme presque parfaite font inlassablement leur apparition dans le décor de nos vies.

C’est alors que, par une curieuse association, nous nous rappelons que Pâques approche... sans trop savoir pourquoi l’on décida un beau jour de mêler les œufs à cette histoire de résurrection !

Germe de vie

Depuis des temps presque muets, l’homme se heurte au mystère de l’apparition de la vie. Aussi recherche-t-il inlassablement des explications sur les origines de notre planète.

Parmi les symboles choisis pour concrétiser le principe de la création, l’œuf occupe certainement une place de choix.

Ainsi les anciennes civilisations portèrent rapidement envers l’œuf des attentions très particulières.
Il incarne en effet parfaitement le mystère de l’apparition de la vie car il symbolise la création s’accomplissant sans intervention extérieure.

En secret, niché au cœur des parois de la coquille, le germe se développe loin des regards du monde : comme si tout cela procédait de la magie !


Les Egyptiens furent sans doute parmi les premiers à vouer à l’œuf un culte spécial. Aussi, et dans le but de perpétuer le souvenir de ce mythe de la création universelle, prirent-ils l’habitude de le célébrer chaque année à l’équinoxe de printemps : époque où la nature se reproduit et convie tous les êtres à un nouveau départ.
A l’occasion de ces réjouissances, les populations s’offraient des œufs qui possédaient, déjà à l’époque, une particularité car ceux-ci étaient peints de couleur rouge : sans doute une couleur chaude à l’emblème du feu et de la lumière qui perpétue la vie.
Et voici à nouveau une coutume païenne à l’origine du folklore lié à notre fête chrétienne !

Symbole de résurrection ?

Dès le début du christianisme, l’œuf continua son itinéraire teinté cette fois de nouvelles croyances.
Et l’on peut facilement imaginer que ce symbole de vie chez les Egyptiens et les Grecs se transforma tout naturellement en l’emblème de la résurrection chez les chrétiens !

On raconte que ce furent les Coptes, chez lesquels le souvenir de l’ancienne Egypte resta très vivant, qui introduisirent l’usage de célébrer la fête de Pâques par l’échange d’œufs teints de diverses couleurs.


Si certains voient dans la coutume de l’échange des œufs une continuation des anciens rites de l’Antiquité, d’autres préfèrent mettre les œufs de Pâques en rapport avec leur consommation interdite pendant le Carême. En effet, l’Eglise dès le IVème siècle aurait interdit l’usage des œufs pendant la pénitence des quarante jours.
Une grande quantité d’œufs se trouvant dès lors entassée dans les provisions du ménage, on aurait décidé de s’en débarrasser en les distribuant aux enfants !

Cette explication rejoindrait dès lors l’ancienne tradition populaire wallonne qui consistait à « casser la tête à carême » en mangeant une bonne fricassée le jour de Pâques.

Cognage des œufs

Dans certains pays d’Europe de l’Est, les jours de Pâques, chacun, ayant un œuf à la main, se salue en les cognant bout contre bout en criant « Christ est ressuscité ». On raconte que ceux qui agissent ainsi se reverront dans l’autre monde.

Dans cette joute, quand les œufs sont brisés, on ne doit jamais conserver la coquille à la maison car elle est chargée de maléfices et le diable n’hésite pas, raconte-t-on, à y chercher refuge !


En Hongrie, les œufs sont vidés en faisant un petit trou. Puis, on les enfile sur une ficelle et on les suspend à la manière d’une guirlande entre les poutres du plafond.
Dans nos régions, la coutume des œufs donna lieu également à quelques manifestations traditionnelles qui aujourd’hui appartiennent à notre mémoire collective.

Partout en Wallonie, on trouve mention de coutumes liées à la quête des œufs par les enfants, le jour de Pâques. Ainsi, les enfants, crécelle à la main ou à l’aide de marteau frappé sur de vieilles casseroles vont, de maison en maison et dans un grand tintamarre, récolter les œufs. On pouvait procéder ensuite au « cognage des œufs » : « bec (petit bout) contre bec. Qui défonce l’œuf de l’autre l’a pour lui ».

Petit réceptacle de vie, aliment très apprécié, objet de culte, symbole d’amitié, jouet, support artistique... les multiples visages de l’œuf n’en finissent pas de nous étonner.

Mais, à la stupéfaction devant ce foisonnement de personnalités, s’en suit une profonde sympathie pour ce petit objet si charmant, presque parfait, qui a su, depuis des milliers d’années, interpeller et faire rêver.
Espérons que l’œuf continue ce passionnant itinéraire au fil des siècles à venir car il réconforte, il tourne presque rond, il résume à lui seul le mystère de la vie qui renaît... indéfiniment.

Photos : Marc PEETERS

Orientation bibliographique

- Manuel de Folklore français contemporain, Paris, 1947, p. 1321.
- J. LEFEVRE, Traditions de Wallonie, Marabout, 1977, p. 127.
- P. BELVES, Œufs de Pâques décorés dans les Pays d’Europe, in « La vie du Rail », n° 1737, 1980, pp. 21-22.
- J. LEBEVRE, op. cit., p. 28.

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