• Une rencontre hors des sentiers battus... avec l’auteur Christian Lehmann

  • 10 janvier 2005, par Françoise Vanesse

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  • En novembre dernier, l’auteur pour la jeunesse Christian Lehmann était l’invité de l’association « Contalyre » de Waterloo. De nombreux adolescents, futurs enseignants et professionnels de la lecture étaient au rendez-vous afin de rencontrer cet écrivain et d’avoir l’occasion de dialoguer avec lui... en dehors de ses récits.

Ambiance très jeune, ce mardi, dans la salle des fêtes de la Maison Communale de Waterloo. En effet, de nombreux jeunes des écoles de la région sont présents pour venir rencontrer, écouter et sans doute aussi... voir Christian Lehmann, auteur jeunesse bien connu pour ses récits dont la plupart accompagnent les ados dans leurs questionnements sur leur vie, leur personnalité et la société qui les entoure.

Beaucoup de bruit en attendant le début de la rencontre et puis... c’est le calme et l’écoute qui s’installent pour vivre ensemble deux heures d’entretiens menés notamment par Régine Barat, ponctués par des lectures extraites des romans de cet auteur à la personnalité très forte et qui affirme détester les chemins tracés tout droit...

Et c’est en effet en empruntant des chemins sinueux qu’il débute sa carrière.

Né à Paris en 1958, ce passionné de littérature et d’écriture dès le plus jeune âge, ce boulimique de lecture, aurait dû se diriger... tout droit vers des études de lettres. Mais c’est sans compter l’aversion de cette personnalité pour les itinéraires tracés d’avance ! Ainsi, contre toute attente de ses professeurs et de son entourage, il entame des études de médecine. Il travaille aujourd’hui comme médecin généraliste et ne remet aucunement son orientation professionnelle en question car, pour devenir écrivain, il faut avoir touché à la vie !
« C’est mon métier de médecin qui me permet de toucher à l’humain et donc d’avoir un terreau pour écrire », répond-il aux élèves qui lui demandent pourquoi avoir choisi l’orientation des sciences exactes.

« Quand on est seul, on peut commencer à penser... »

A partir d’un extrait de « No pasaràn, le jeu » qui aborde notamment la problématique du temps, il est invité à s’exprimer sur ce sujet.
Selon Christian Lehmann, la démarche de lecture est très importante car elle englobe un rapport au temps et surtout à la solitude : des valeurs indispensables et, pourtant, très peu à la mode...

« En effet, poursuit-il, nous sommes dans un monde où tout est fait pour qu’on ne soit pas seul car quand on est seul on peut commencer à penser. Tout est fait pour nous raccrocher au train qui va extrêmement vite de la modernité. On nous dit qu’il faut aimer les choses en même temps que tout le monde. Et ces choses n’ont pas de valeur en elles-mêmes mais ont de la valeur seulement si on accepte de les aimer en même temps que tout le monde. Ca fonctionne pour les jeux, les fringues, le cinéma, la télé- réalité. »

Il poursuit en expliquant que cette logique marchande fonctionne beaucoup plus difficilement avec les livres.
En effet, le parcours de littérature que l’on a avec un livre est totalement différent d’un être humain à un autre et cela n’empêche pas d’avoir lu les mêmes livres. Il insiste en effet auprès des jeunes pour qu’ils prennent conscience que la lecture est un espace de réflexion personnelle, une source de liberté qu’il faut préserver à tout prix et conclut : « La société n’aime pas nous voir lire car, quand nous lisons, nous sommes seuls et fermés aux sollicitations marchandes ».

« Dans les livres, il y a des idées qui aident les jeunes à comprendre le monde »

Le rôle de la littérature dans la construction de chaque personnalité fut ensuite abordé après une lecture d’un extrait de « La citadelle des cauchemars ».
En effet, outre le fait que la littérature nous permet de nous raccrocher au passé, à des auteurs qui sont morts depuis longtemps mais qui ont encore quelque chose à nous dire, elle nous aide à nous construire.
Il poursuit. « Les livres nous permettent sur le papier de vivre différentes émotions et de ressentir virtuellement différentes formes de personnalités.
Une des prétentions de la télé-réalité est de faire croire aux jeunes qui regardent ces émissions que s’ils les regardent suffisamment longtemps, ils comprendront comment fonctionne la vie ».

Selon Christian Lehmann, on n’apprend rien de tout cela à la télévision mais bien dans les livres car ceux-ci ouvrent une fenêtre sur l’intérieur de l’âme humaine. « Dans les livres, il y a des idées qui permettent aux jeunes de comprendre l’envers du monde ».

« L’auteur ne donne pas de messages... mais permet aux lecteurs d’en trouver, s’ils le souhaitent... »

Enfin, dans une dernière partie, il parle notamment de sa conception du travail d’auteur.
L’auteur doit, selon lui, faire en sorte que le lecteur garde les yeux ouverts sur ce qui se passe, se pose des questions. Il ne s’agit pas de délivrer un message à tout prix. Ainsi, il explique à l’auditoire que, quand il présente un personnage mauvais, il ne va pas le montrer de façon évidente mais plutôt aider le lecteur à identifier à qui il a vraiment affaire.
Le livre doit inviter au dialogue.

« En effet, poursuit-il, chacun de mes livres qui se termine, ce ne sont pas des pages qui se ferment.. Au contraire, celles-ci vont rester longtemps à voyager dans votre cerveau. Et le dialogue avec un livre peut continuer très longtemps ».
Quant à la question « Ecrivez-vous des romans noirs ? »
Christian Lehmann répond qu’il retranscrit la réalité qu’il vit et qu’il voit. Mais, au cœur de certains récits où le mal, (qu’il dit toujours lié à la stupidité) est parfois bien présent, il est toujours vigilant à montrer aux jeunes lecteurs qu’il existe une échappatoire, une porte de sortie et quelque chose pour se raccrocher.

Ce discours authentique, sans compromis qui invite chacun d’entre nous à s’interroger, à se remettre en question et à développer son esprit critique serait-il une des causes de son succès auprès des adolescents... et des adultes ?

Françoise Vanesse

Bibliographie des récits jeunesse

-  No pasaràn, le jeu, Ecole des loisirs, Coll. Médium, 1996
-  La nature du mal, Ecole des loisirs, Coll. Médium, 1998
-  La citadelle des cauchemars, Ecole des loisirs, Coll. Médium, 1998
-  Tant pis pour le Sud, Ecole des loisirs, Coll. Médium, 200O

Christian Lehmann écrit aussi pour les adultes.

L’association « Contalyre » qui a organisé cette rencontre a réalisé un dossier sur cet auteur. Pour tout renseignement complémentaire : Régine Barat « La Boutique des Mots », Avenue Thermidor, 3 à 1410 Waterloo : 02/ 354 40 73

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