• Renaissances

  • 17 avril 2012, par Françoise Vanesse

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  • De la perte et de l’absence à l’envol retrouvé, le chemin est parfois long. Le temps d’une saison qui se fait parfois traversée de toute une vie. En résonance avec cette thématique, quelques livres qui offrent des ailes, comme une invitation à renaître à la vie.

Komako Sakaï (ill.) et Kazumi Yumoto, L’ours et le chat sauvage, Paris, l’école des loisirs, 2009


Ce matin-là, l’ours pleurait. Son ami le petit oiseau était mort. Comment guérir d’une blessure d’amour et d’amitié profonde ? Comment combler un vide et supporter l’absence d’un être si cher ? L’ours croit qu’il n’y arrivera pas et qu’il restera inconsolable. Il ne se sépare plus de la petite boîte bien fermée qu’il lui a fabriqué. Mais c’est enfin en acceptant de passer par toutes les étapes du deuil : déni, révolte, souvenirs, chagrin, solitude qu’il va enfin reprendre goût à la vie. Une autre boîte vibrant au son d’un violon plein d’empathie lui permettra d’enfin ouvrir la sienne à de nouvelles rencontres. Et un chat sauvage incarnant l’optimisme l’invite à continuer leur route ensemble…

Si cette histoire toute simple et sobre aborde une question bien difficile, ce livre poétique l’aborde avec une sensibilité inouïe.
Mais où Komako Sakaï , artiste japonaise, trouve-t-elle cette infinie tendresse pour faire vivre ses illustrations ? C’est avec la douceur d’une plume en noir et blanc , une touche pastel rose, un côté patiné, quelques coups de crayons ci et là pour croquer des instantanés qu’elle fait de ce livre une perle d’émotions éclatante de vérité pour les petits comme les plus grands.

V.D.

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DEMOULIN Laurent, Même mort, Le Fram, 2011


Même mort : est-il possible de communiquer, de dialoguer avec les êtres qui viennent de nous abandonner ? Laurent Demoulin nous livre ici une réponse poétique à cet étrange questionnement : l’éventuelle possibilité de continuer à faire vivre l’être perdu et ce, grâce au rayonnement de l’écriture. Celle-ci, alliée à la démarche poétique salvatrice, constitue en effet une réponse, sa réponse devant la mort, le drame inexprimable qu’il interpelle, décrit, interroge. Pour essayer de l’habiter.

Alors que Trop tard, avait vu le jour suite à la disparition d’un ami ; Même mort, trouve son origine dans le décès de la mère et du père. Les pages de ce recueil nous livrent une même matière, le souvenir de trois moments d’extrême intensité qui ont entouré la mort de ses parents. Celle-ci est ressassée, variée, travaillée sous différentes formes, libres ou fixes. Ainsi, chacune des trois parties du recueil présente successivement une évocation du souvenir en vers libre comme un jaillissement spontané, retravaillée dans une série de poèmes à forme fixe dont la variété (pantoums, sonnets, haïkus, poèmes à double lecture…) laisse une impression paradoxale de grande virtuosité tout en simplicité, matière reprise finalement dans un texte en prose creusant encore le souvenir qui nous a été livré par bribes jusque-là.

Ce ressassement, ce travail formel n’est pas surfait ni stérile mais semble nous dire quelque chose d’un processus de deuil, d’une tentative d’exprimer l’indicible, l’ineffable. Les variations traduisent l’obsession du souvenir. Elles en offrent de multiples approches, en présentent différentes facettes sans jamais prétendre le cerner tout à fait. Les contraintes formelles quant à elles condensent toute la force du souvenir intime lui conférant une musicalité et une grande puissance rhétorique où la gravité du vécu se mêle d’une douceur filiale et fraternelle. Et, en refermant ces pages écrites dans un climat de tendre sacralité, c’est à la naissance d’une variation nouvelle que nous assistons… M’aime mort.

S.H.

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Brigitte Jacques L. , Dis, est-ce que ça repousse les ailes ? , Cerf-Fidélité, 11ème édition, 2011


1000, puis 2000, puis 22.OOO exemplaires ont pris leur envol presqu’en silence telle une douce mélodie chuchotée à l’oreille de tous ceux à qui l’on souhaite de s’envoler avec lui loin des cages qui nous enferment.

Je sentais bien qu’avant de venir se poser près de moi, il avait fait un long voyage. Je sentais bien qu’il me faisait cadeau de ses paysages… nous dit la petite fille Mélodie découvrant page après page le mystère d’un oiseau lui parlant à travers une écriture épurée d’un voyage intérieur et des questions les plus vraies.

Par le biais des métaphores de cages, d’altitude, de nuages, d’orages, d’éclosion, de fleurs inattendues… il redonne surtout des ailes et allume des fenêtres d’espérance. Dans chaque souffrance il y a un bout de chemin qui va vers le printemps (…) Et si la nuit les étoiles relaient le soleil, c’est pour ne pas laisser s’éteindre l’espérance, dit-il avec une infinie tendresse.
Aussi, ce petit livre atypique tant dans le format que le contenu comme les étoiles du Petit Prince, de cette verviétoise passionnée de la vie, continue sans cesse de susciter de riches et inattendues rencontres à la fois ordinaires et extraordinaires telles par exemple avec Maurice Druon et bien d’autres porteur de lumière au quotidien.

Enfin, c’est tout en harmonie également, entre elle et sa fille, graphiste à Paris , que les dessins, traits plein de douceur de la petite fille et l’oiseau continuent de nous toucher et d’entrer en résonnance longtemps encore une fois le livre fermé…

V.D.

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Sylvie NEEMAN, Nicolette HUMBERT, Il faut le dire aux abeilles, La Joie de Lire, 2011


Aborder le thème de la mort de façon poétique et artistique, pudique et profonde, légère et positive, tel est le pari très réussi de cette création audacieuse qui nous immerge au cœur d’un sujet grave : le décès d’un être aimé.

Dès la couverture, nous voici paradoxalement immergés au plein cœur de la vie ! Corbeille de fleurs mellifères aux couleurs estivales et chatoyantes s’ébattent dans un immense champ et nous convient à pousser les barrières d’un jardin rucher… Malheureusement, l’envers du décor apparaît rapidement lorsque nous apprenons que ce jardin a perdu une partie de l’âme qui l’habitait : l’apiculteur est mort… Dans la petite cabane à outils, les larges bottes attendent désespérément que quelqu’un leur emboîte le pas, les gants semblent tombés dans un sommeil profond, l’arrosoir patiente jusqu’à la prochaine goute d’eau qui le ravivera… L’absence est là.

Mais comment l’expliquer aux abeilles ? Quels termes employer ? Leur dire qu’il est parti pour un long voyage, qu’il est au ciel, s’amuse avec les anges… ?

Non, quand un apiculteur meurt, il faut le dire aux abeilles !
Ainsi s’égraine, sous notre regard inondé de lumière émanant des superbes photographies de Nicolette Humbert, cette évocation forte et pudique, cette déclinaison audacieuse sur le thème de la disparition et surtout la façon de communiquer sur ce sujet avec les enfants. Car ceux-ci, dans ce domaine aussi, possèdent des droits ! Le droit de savoir, c’est-à-dire de ne pas entendre des discours flous plus angoissants que rassurants ; le droit de pouvoir exprimer leurs sentiments de tristesse et de désarroi, sans honte et sans retenue. Mais surtout, le droit de renaître à la vie : une étape qui ne sera possible qu’après avoir laissé venir à la surface une série d’émotions légitimes et trop souvent contenues.

Car tel est bien, finalement, le tour de force de cette belle création : nous faire prendre conscience de la force vitale qui sommeille en chacun d’entre-nous et esquisser les sentiers qui mènent à la véritable renaissance, éloignée de l’errance des mensonges ou des faux-semblants.

F.V.

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