• Quel avenir pour nos bibliothèques à l’heure du numérique ?

  • 17 novembre 2008, par Françoise Vanesse

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  • Alors que l’édition et la consultation de revues en ligne se sont largement développées au cours de ces dernières années et que l’édition numérique connaît un essor important, il convient de s’interroger sur la manière dont la bibliothèque publique doit se positionner dans ce nouvel environnement.
    Patrick Bazin, Directeur de la Bibliothèque municipale de Lyon, possède un avis bien spécifique sur la question. Il était notamment l’invité de Martine Garsou, lors d’une journée d’étude organisée en janvier dernier par le C.L.P.C.F. et la Bibliothèque centrale de la Région de Bruxelles-Capitale, consacrée aux ressources électroniques en bibliothèque publique.

En guise d’introduction à cette journée, Martine Garsou rappelle les importants bouleversements qui frappent toute la chaîne du livre et ce, suite à l’apparition du numérique. Selon elle, on assiste seulement à l’heure actuelle aux prémices d’une évolution qui se muera rapidement en révolution qui pourrait induire des mutations importantes au niveau de la profession, que ce soit celle d’écrivain, libraire, éditeur et... bibliothécaire.

Dans ce nouveau contexte émergeant, elle s’interroge : Comment les bibliothèques publiques doivent- elles se positionner ? Quel est le nouveau modèle de la bibliothèque de demain ?

Patrick Bazin, qui a développé dans sa bibliothèque lyonnaise un important projet relatif à la médiation des contenus, était un des intervenants de cette très intéressante journée afin d’apporter aux bibliothécaires présents son éclairage sur la question. Plutôt que d’opposer la civilisation du livre et du numérique, il préconise de s’interroger sur les possibles rebondissements qui s’ouvrent pour le métier de bibliothécaire grâce à l’émergence des nouvelles technologies.

En introduction à son intervention, Patrick Bazin rappelle à l’auditoire que, lui aussi, en tant que Directeur de la Bibliothèque municipale de Lyon, s’est interrogé sur l’avenir de sa bibliothèque par rapport aux ressources électroniques, au prêt de livres numériques et aux nouvelles technologies.

Mais, après avoir fait le tour de la question, il est aujourd’hui évident pour tout le monde que les bibliothèques ne possèdent plus désormais le monopole du traitement des savoirs. « Jusque l’apparition du numérique, explique-t-il, les bibliothèques étaient vécues selon la tradition encyclopédique qui classe et ordonne en fonction d’un schéma très strict et classique. Mais cette fameuse tradition encyclopédique qui classe et pense que la bibliothèque devrait reproduire ce schéma est complètement surannée aujourd’hui avec l’apparition des nouvelles technologies ».

Et il faut bien admettre que les bibliothèques ne possèdent plus de prérogatives dans cette organisation de la connaissance et que relever le défi de l’enjeu documentaire devient de plus en plus difficile. « En effet, l’Internet ne remet plus seulement en cause les supports physiques de la connaissance, comme le livre. C’est la nature même de la connaissance et, d’abord, ses modes de socialisation qu’elle est en train de transformer, remettant en cause radicalement les institutions traditionnelles de transmission du savoir et de la culture, à commencer par les bibliothèques ».

Face à cette perte d’un certain monopole et dans ce contexte extrêmement mouvant, comment les bibliothèques doivent-elles se positionner ?

Selon le Directeur de la Bibliothèque municipale de Lyon, l’avenir des bibliothèques publiques doit se trouver dans une double stratégie.

Premièrement, une recentralisation sur le prêt de livres.
En effet, selon Patrick Bazin, il ne faut pas craindre la concurrence du support numérique. Celui-ci est en effet persuadé que des bibliothèques sans livre papier sont impossibles surtout au niveau des bibliothèques publiques. Le livre, tel qu’on le connaît aujourd’hui, va continuer à résister. Il est non soluble dans le numérique car la relation d’intimité que le roman instaure avec le lecteur est heureusement irremplaçable.

Deuxièmement, il préconise pour les bibliothèques de réfléchir à leurs missions culturelles et de se repositionner comme médiateurs et producteurs de contenus.

Et de citer, en exemple, deux expériences menées dans le cadre de sa bibliothèque.

- « Le Guichet du Savoir » : « Vous avez des questions, nous avons des réponses ».

Ce projet dont on peut prendre connaissance sur le portail de la bibliothèque, propose de répondre à n’importe quelle question de l’usager et ce dans les septante deux heures.
Elément essentiel : ce sont des bibliothécaires qui répondent.
Ce guichet remporte un succès croissant. Ils acceptent toutes les questions et les réponses fournies s’accompagnent d’importantes orientations bibliographiques. Toutes ces réponses sont publiées ( plus ou moins sept mille à huit mille questions et réponses par an) et débouchent sur la création d’une encyclopédie consultable avec moteur de recherche.

- « Les Points d’actu » où des bibliothécaires rédigent des articles pour comprendre l’actualité. A ces articles est jointe une importante orientation bibliographique.

Ces deux exemples concrets, explique le Directeur de la Bibliothèque de Lyon, prouvent que, « dans ce nouveau contexte, le bibliothécaire, plus que de focaliser sur les nouvelles technologies et de les vivre en terme de concurrence possible, développe un projet culturel et ce, grâce à elles ».

Et ce fait est d’autant plus intéressant que le bibliothécaire a une attitude particulièrement dynamique au cœur de la démarche.
C’est par cet exemple abouti du « vivre ensemble autour de la connaissance » où la bibliothèque devient un véritable espace public de la connaissance et dont l’enjeu premier est la démocratisation culturelle, que se termina cet exposé.

Car, comme le préconise cet intervenant « plutôt que d’opposer la civilisation du livre à celle du numérique, mieux vaut tenter de comprendre ce qui les relie. Il en va de même pour les bibliothèques : plutôt que de se lamenter sur leur sort, mieux vaut essayer de comprendre en quoi le projet qui les a portées jusqu’à présent rebondit aujourd’hui, sous d’autres formes, tout en poursuivant le même objectif ».

PATRICK BAZIN, en +...

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