• Pourquoi êtes-vous pauvres ?

  • Regards croisés sur solitude et engagement

  • 18 mai 2009, par Gérard Durieux

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  • Un reportage fleuve et éprouvant qui explore la pauvreté et où dérivent les portraits de désespérés dont le parcours esquisse quelques réponses à la compréhension de leur condition.

VOLMANN William T., Pourquoi êtes-vous pauvres ?, Actes Sud, 2008


Fasciné par les milieux interlopes et marginaux (drogués, prostituées, criminels), ce journaliste, photographe et écrivain, auteur d’une œuvre protéiforme et né en 1959 à Los Angeles, s’ imprègne d’une expérience vécue ou observée sur le terrain pour écrire ses essais d’investigation. Ainsi, pour ce dernier ouvrage en français, il a sillonné des années durant la planète pour explorer la pauvreté. En Russie, Chine, Japon, Afghanistan, Colombie, Yémen, Thaïlande, États Unis, ... il arpente le monde des miséreux en leur posant une seule question apparemment incongrue : « Pourquoi êtes-vous pauvres ? ». Il a observé, écouté avec un maximum de respect, cherchant à comprendre, au-delà des systèmes, les causes de leur condition, laissant ses interlocuteurs occuper le devant de la scène. Montrer et comparer. Tenter de conférer un sens à des phénomènes, sans condescendance.

Son récit éprouvant où observations, réflexions et impressions dialoguent avec ses cent trente photographies en noir et blanc, nous entraîne à la rencontre personnelle d’une infinité de laissés pour compte. Avec le talent du romancier, il brosse le portrait de figures inoubliables : Sunee la fataliste, Natalia la russe et ses enfants, les oubliés chinois de Nanning, Gary le philippin, les contaminés du centre pétrolier de Tengiz au Kazakhstan, les esclaves des caïds chinois de la traite humaine au Japon. Et tant d’autres désespérés qui dérivent à chaque page, emportés par le courant de ses obsédantes interrogations : « Qu’est-ce que la pauvreté ? Tous les pauvres sont-ils malheureux ? Quelles sont donc les dimensions de la pauvreté ? ». S’il retient l’invisibilité, la difformité, le rejet, la dépendance, la vulnérabilité, la douleur, l’indifférence et l’aliénation, c’est toujours pour évoquer des visages, des vies croisées, des destins entrevus, en refusant tout raccourci pour dire la misère.

Devant un tel tableau, on reste en attente de perspectives positives. Mais ses rencontres, du Mexique au Kenya, pulvérisent nos réponses toutes faites, toutes les théories savantes et l’espoir invincible d’un changement. « Que peuvent-ils faire pour s’en sortir ? » s’inquiète-t-il. Espérer, accepter, fuir, prendre les armes...? Le lecteur n’échappe pas, on s’en doute, à la levée de sentiments contradictoires : consternation, colère, honte, culpabilité, résignation ou indignation.
Miroir de notre monde jusqu’en ses coins les plus reculés, ces pages éreintantes témoignent sans moralisme. Voilà comment vivent les hommes. Ce texte brut n’est pourtant pas qu’un reportage magistral mais neutre : il convoque en nous l’humain qui sommeille et se terre. En cela il nous éveille, nous grandit et nous remet en chemin.

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