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  • Partir

  • 19 mars 2007, par Gérard Durieux

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  • Avec réalisme, mais sans jamais tomber dans le cliché ni dans le grivois, l’auteur observe et dénonce la complexité, les incohérences et les lâchetés de ces personnages perdus dans une tourmente affective, sociale et politique.

BEN JELLOUN Tahar, Partir, Gallimard, 2006.

En ces années de plomb, d’incurie et « d’assainissement » (1995 : Hassan II pourchasse « médiatiquement » le trafic de drogue...), des jeunes marocains, souvent diplômés, mais oisifs, fascinés depuis Tanger par les feux de l’Espagne toute proche.

Ils sont déterminés. Partir sans idée de retour. Ils disent
« brûler la mer » pour passer le détroit de Gibraltar. Embrumés de kif, ils demeurent à l’écoute de « Toutia », création de leurs rêves, « celle qui doit apparaître et les faire traverser un par un la distance qui les sépare de la vie, la belle vie, ou la mort ».

Azel est l’un d’eux, figure centrale du roman. Autour de lui, les destins croisés d’une foule de personnages, proies du chômage, de la corruption ou de la prostitution : Noureddine, son cousin victime de passeurs véreux ; Al Afia le mafieux de la drogue, sa sœur Kenza, la fragile Malika et Siham son amoureuse... mais surtout, Miguel, riche homosexuel qui, par amour, emmène Azel à Barcelone.

Ben Jelloun ( [1] suit pas à pas jusqu’au tragique leur impossible relation.

Avec réalisme, mais sans jamais tomber dans le cliché ni dans le grivois, il observe et dénonce la complexité, les incohérences et les lâchetés de ces hommes, perdus dans une tourmente affective, sociale et politique qui finit par les emporter.

En tout cela, au fil de ces histoires brisées, des interrogations lancinantes : faut-il et jusqu’où renoncer à soi-même pour survivre ?

Quel accomplissement dans l’exil ? Et quelle vie nouvelle quand le retour devient possible ? [2]

Car les dernières pages du roman (Revenir) évoquent de manière onirique le retour des émigrés.

Le romancier des blessures de son pays a regardé et recréé le réel. Il accompagne avec un optimisme prudent le nouveau Maroc qui bouge. Alors, au terme de son récit, il redevient conteur d’espoir. Poète au regard politique, il offre aux siens un salut par le roman et la sagesse de Moha, l’immigré anonyme, qui hante l’oeuvre de l’auteur :
« Partis de chez nous...nous suivons la plus petite lumière que porte l’âme d’un être... peut-être que d’elle jaillira la beauté du monde, celle qui mettra fin à la douleur du monde. »

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