• On bosse ici, on reste ici

  • 20 février 2012, par Gérard Durieux

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  • Une enquête fouillée résultant de plusieurs rencontres avec différents protagonistes qui nous révèle les pans insoupçonnés d’une politique migratoire complexe jusqu’à l’incohérence.

BARRON Pierre et alli, On bosse ici, on reste ici, La découverte, 2011

Ce livre imposant retrace minutieusement les antécédents et les péripéties d’une grève inédite de sans papiers. Elle éclate en avril 2008 dans la région parisienne et durera deux ans. Cette œuvre collective de quatre sociologues et d’une journaliste, se présente comme une « enquête de terrain à visée historique » et propose parallèlement une analyse des enjeux économiques, syndicaux et politiques de l’aventure.

Une masse d’observations directes, d’archives de tous ordres, d’entretiens multiples avec les différentes catégories d’acteurs (grévistes, syndicalistes, employeurs et agents de l’Etat) nous immerge dans l’eau trouble de pans entiers de l’économie française. Au fil du travail qui déroule le jour à jour d’années de querelles intestines, d’un âpre combat de société, se dévoile la face cachée d’une politique migratoire complexe jusqu’à l’incohérence, dénoncée ici comme utilitariste et souvent arbitraire.

Mais par-delà l’enchaînement des événements du conflit, nous sont surtout révélées les conditions de vie et d’exploitation auxquelles sont exposés ces milliers de « travailleurs étrangers en situation irrégulière » (Roumains, magrébins, Maliens, Ivoiriens…).
Clandestins entre régularisation et reconduction à la frontière, ils sont embauchés sans papiers officiels, sans droits sociaux et donc sans recours légal, dans des emplois subalternes et précaires.

De brefs récits de vie, viennent opportunément nous rappeler que les luttes de pouvoir, les théories ou organisations sociales et les stratégies politiques concernent avant tout des vivants, des familles en quête d’une « vie digne », mais discriminés sans vergogne au nom d’intérêts corporatistes, électoralistes ou économiques.

Certes, la problématique des sans-papiers est complexe, les notes abondantes de cette enquête fouillée en font foi. Et les luttes sociales, victoires et défaites confondues, n’ont que des conclusions provisoires. Mais dans leur synthèse finale en forme de bilan, les auteurs soulignent l’inédit de cette lutte originale : en délaissant les actions symboliques (occupations d’églises, par ex.), une telle mobilisation de travailleurs (illégaux) en grève pour obtenir des papiers, visait à faire céder l’Etat par une pression économique sur l’employeur. Ce faisant, elle aura contraint le pouvoir politique, les autorités administratives et les instances syndicales à des mutations stratégiques d’importance. Ardue par instants, cette lecture nous gardera assurément à l’avenir de quelques considérations trop simplistes.

Gérard Durieux

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