• Moine des cités

  • Regards croisés sur « Des visages de fraternité »

  • 5 janvier 2010, par Gérard Durieux

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  • L’auteur, brillant économiste, choisit de renoncer à une carrière professionnelle prestigieuse pour fonder à Marseille une communauté monastique de forme nouvelle où il souhaite « redessiner » les visages d’une population en marge.

QUINSON Henry, Moine des cités, Nouvelle Cité, 2009

Paru au début de cette année, ce beau livre s’attache, à juste titre, l’estime d’un cercle toujours plus vaste de lecteurs. Sans doute, le profil atypique et médiatique de son auteur à la fois économiste, professeur, traducteur et auteur y est-il pour beaucoup ? Mais c’est surtout parce que ce texte chaleureux et profond, lumineux et plein d’humour, nous entraîne avec bonheur sur les chemins d’une quête spirituelle originale : un homme bien de son temps, brillant et fragile, intérieur et solidaire, choisit de renoncer au prestige pour donner visage à des frères en humanité que l’on met « hors-champ ».

En 1989, Henry Quinson est un Golden boy de vingt huit ans promis à une confortable carrière dans la finance. Alors qu’une banque d’affaires américaine vient de lui proposer un pont d’or, il présente sa démission et entre au monastère de Tamié, en Savoie. C’est l’aboutissement d’une première maturation. Cette décision, écrit-il, va le « reconnecter aux autres ».

Pourtant, au bout de six ans de prière, de vie commune et de multiples rencontres, son cheminement le conduit ailleurs encore, dans les Quartiers-Nord de Marseille, au milieu d’une population de culture majoritairement musulmane. Il veut vivre, dans ce lieu risqué et rude, une présence de communion avec les marginalisés maghrébins, comoriens et gitans.

Avec quelques autres, il y fonde une petite communauté monastique de forme nouvelle, la « Fraternité St Paul ». Ces moines des Cités, relocalisent ainsi la vie monastique au cœur des quartiers urbains les plus pauvres. Dans leur modeste appartement, ils s’efforcent de conjuguer vie communautaire, engagement professionnel et hospitalité. Sans esprit de prosélytisme, ils pratiquent concrètement la fraternité universelle : accueil, soutien scolaire, engagements solidaires avec leurs voisins, sensibilisations dans les écoles de la cité phocéenne...
Dans ce récit simple et fort, le monde s’engouffre et nous rejoint. Et tout au long de ces pages passionnées, défilent des visages, les joies et les peines d’une société si souvent étrangère à notre cœur. Henri Quinson n’est donc pas qu’un doux rêveur ! Ses années cisterciennes l’ont sensibilisé au drame de l’Algérie, à travers la tragédie de ses frères, les sept moines de Tibhirine (Atlas) assassinés en mai 1996. Il sait jusqu’où peut conduire l’indéfectible alliance avec un peuple d’exclus. Son livre nous restitue la fraîche saveur et la véritable exigence de l’évangile : un hymne à la vie !

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