• Les années paix

  • 23 septembre 2010, par Gérard Durieux

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  • Loin de la leçon d’histoire, ce récit à la ligne claire, vivant et chaleureux, nous invite à une plongée documentée et empathique dans des existences concrètes traversées par les grands conflits qui marquèrent la sortie de la guerre.

CLAISE Michel, Les années paix, Luce Wilquin, 2010.

Cet épais roman est le deuxième tome d’une saga familiale inaugurée avec Salle des pas perdus (réédité simultanément dans une version entièrement refondue), et dont on attend un probable troisième épisode. Quelques pages d’introduction aident opportunément le lecteur à entrer sans encombre dans le destin des personnages dont les vies vont ici continuer à se croiser à partir de ce café bruxellois où tout a commencé : ils sont juriste, journaliste, photographe (Simon, Charles, David, Jean-Marie)... Elles furent résistantes ou devenue féministe ardente (Marianne, Hélène et Marcelle...).

Au sortir de la guerre donc, ils affrontent ensemble un monde à reconstruire, chacun(e) avec ses armes propres et ses blessures. Car en ces années de paix, de nouveaux combats sont à vivre, personnels ou collectifs. En situant ainsi judicieusement ces histoires intimes dans le contexte de la société belge des années 45-60, l’auteur nous offre un récit vivant, chaleureux et passionnant. Non point leçon d’histoire, mais une plongée documentée et empathique dans des existences concrètes traversées par les grands conflits qui marquèrent ces générations : la question royale, l’affrontement scolaire et les problèmes économiques, l’indépendance du Congo... Le tout inscrit dans la tension internationale d’alors : guerre froide, Corée, Algérie...
Mais surtout, avec la condition des femmes et l’évolution des mentalités, la lourde thématique de la vengeance et du pardon. Comme un véritable fil rouge du roman que, sans pesanteur, ne cesse d’explorer l’auteur, juge d’instruction de son état. Et donc soucieux d’équité et de justice à tous les niveaux : quelle forme de justice par-delà les extrêmes ? Comment la restaurer avec constance ? « Ne pas aller au bout des choses, c’est renoncer à tout ce qu’on a fait de bien dans le passé ».

Par-delà les péripéties de ce récit à la ligne claire, on s’attache à l’histoire de ces femmes et de ces hommes ordinaires. Leur quête de bonheur, leurs préoccupations, leurs engagements nous sont, en somme, bien familiers. Mais c’est tout l’art du romancier de nous donner à deviner dans ces destins singuliers, les échos d’une autre Histoire remplie de « bruits et de fureurs ». Vite le troisième volet !

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