• Le temps de la colère

  • Regards croisés sur nos coups de coeur

  • 24 août 2009, par Gérard Durieux

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  • Un récit qui inquiète, surprend, choque et bouscule. Des pages qui parlent de dérives et dont la lecture vous laissera sans doute un peu désemparés... mais aucunement déçus !

O’DEIL Twani, Le temps de la colère, Belfond, 10/18 3647, 2004

Au centre de ce roman très dur, Harley le narrateur. A vingt ans, il est seul responsable de ses trois plus jeunes sœurs : Amber (seize ans) la volage, rétive à sa tutelle ; la mystérieuse Misty (douze ans), au visage de désespérée, silencieuse et fermée ; et Jody, naïve enfant de six ans, agaçante de pertinence, fragile lumière au cœur de ses sombres journées.

Ce jeune encore à la recherche de lui-même, se trouve tiraillé entre un passé douloureux et un présent sans avenir : sa mère, patiente et effacée, a tué son père, une brute au « sourire beurré ». Et le voilà prisonnier de ces relations incertaines que Betty la psychologue l’aide à explorer. Sa vie ressemble à sa « caisse » : un fouillis de détritus au fonds duquel traine la photo de mariage de ses parents. Quand il croise Callie dans le magasin où il travaille, entouré de collègues bornés ou débiles, il croit rencontrer l’amour et découvrir la femme. Il entretient alors avec cette voisine mère de famille, une brève relation aussi frénétique que pathétique.

Le récit alerte et grinçant, inquiète et surprend, choque et bouscule. L’écriture épouse le style direct du jeune narrateur, marquée par les contradictions et les violences de langage de cette vie à la dérive. Si d’emblée nous sommes entrainés, sur la parole du héros, à la découverte des secrets de cette famille pulvérisée, c’est lentement, au rythme de Harley lui-même, que nous prenons conscience du gâchis et de son issue inexorable.

Ce livre « coup de poing » est un magnifique portrait de jeunes, éprouvant, révoltant. On peine à reprendre souffle tant sa lecture laisse en nous une trace, vive, pareille à celle d’une blessure. Mais son réalisme cru nous garde de tout discours lénifiant : des vies sont saccagées dès l’enfance, sans grand espoir de résilience. L’éducation n’est pas qu’une affaire de cœur ; elle concerne toute la société. Accompagner des jeunes relève à coup sûr de l’option politique et la prévention s’impose à nous comme un engagement d’amour.

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