• Le sari vert

  • 23 septembre 2010, par Gérard Durieux

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  • Un roman implacable sur la violence ordinaire, qui dérange, éreinte mais qui heureusement nous laisse admiratif devant la prouesse de l’auteure à laisser entendre la fêlure d’humanité qui traverse le personnage principal.

DEVI Ananda, Le sari vert, Gallimard, 2009.

Cette Mauricienne ethnologue de formation est une romancière prolixe et incisive. Eve de ses décombres, primé en 2006, explorait déjà avec tact et acuité les stratégies de survie de quelques adolescents immergés dans la violence d’un quartier déshérité de Port Louis. Elle bousculait par la force et l’âpreté des mots.
Hantée par les questions des enfermements destructeurs, de l’exclusion et de la violence ordinaire, Devi va plus loin encore dans ce dixième roman qu’on ne résume pas, charge lucide et virulente contre le machisme dans toute sa cruauté.

A Curepipe (Ile Maurice), un vieux médecin (Dokter-Dieu), à l’enfance difficile et qui a perdu confiance en l’homme, agonise veillé par sa fille (Kitty) et sa petite fille (Malika). Huis clos étouffant de tensions extrêmes où chacun est poussé au bout de lui-même, dans une inexorable descente aux enfers. Un homme fourbe, machiavélique, exerce sa puissance mortifère et sa haine sur deux femmes qu’il méprise. Mais un souvenir le taraude et habite ces dialogues écrits au scalpel : la figure de sa jeune épouse au sari vert, fragment de couleur et de douleur, que « le monstre » ne sut jamais dompter, échappée à son emprise dans la mort.

Certes, ce roman implacable dérange et éreinte. Mais on reste admiratif devant la prouesse de cette auteure magnifique qui parvient ici à « trouver la voix du bourreau » et à laisser entendre la fêlure d’humanité qui traverse ce misogyne abject. Par instants même, il en deviendrait moins détestable. Avec talent, elle redonne souffle encore, dans l’évocation de la beauté de ces trois femmes rebelles, obstinées à sauver de l’anéantissement leur dignité défigurée.

Enfin, quelque chose se dit aussi du côté des enjeux de cette inoubliable histoire « domestique » : la violence du monde s’origine dans le cœur de l’unique. C’est bien lui qu’il faut guérir avec la même urgence que celle qui s’impose pour combattre sans relâche les idéologies de toute puissance qui gangrènent le monde.
Formidable romancière, Ananda Devi pose aussi sur la société un regard pénétrant d’anthropologue. Le Sari vert ne nous quittera pas.

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