• Le regard d’Eric de Beukelaer, Vicaire épiscopal du diocèse de Liège.

  • Rencontre en reconfinement, 20 novembre 2020

  • 16 décembre 2020, par Françoise Vanesse

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  • Cette période de reconfinement s’ancre dans un contexte particulièrement difficile pour les secteurs culturels et associatifs. Très heureusement, les librairies et les bibliothèques, considérées comme des services essentiels, permettent à une partie du secteur, déjà fort fragilisé lors de la première vague, de peu à peu se redéployer. Des observateurs originaires de la sphère du livre et de l’associatif ont très aimablement répondu à notre invitation et ont accepté de s’exprimer sur ce contexte particulier, vecteur de fragilités mais également de positives initiatives.

F.V. Les restrictions des libertés survenues suite aux différents confinements et prises par des arrêtés ministériels préoccupent certains observateurs qui y voient une atteinte à l’essence de nos droits fondamentaux et par conséquent de nos démocraties occidentales. Partagez-vous cette opinion ?

E.d.B. Les droits fondamentaux se vivent en équilibre et parfois en tension. Quand la vie et la santé sont en danger, tout démocrate admet que certains autres droits peuvent légitimement être limités pour un temps. A condition que la mesure soit proportionnelle au mal à combattre. C’est cette proportionnalité qui cause tant de débats.

F.V. Il est à nouveau question de liberté avec le terrible assassinat du professeur d’histoire français, Samuel Paty, suite à son cours sur les caricatures et la liberté d’expression. Comment, de façon large, envisagez-vous cette problématique du fanatisme religieux ?

E.d.B. Le fanatisme religieux s’explique par un manque de maturité spirituelle. Les convictions de foi - croyantes ou non - sont supposées nous rendre plus accueillants du réel dans sa diversité. Si je me réfugie dans une identité qui rejette toute différence (= le fanatisme ou fondamentalisme politique ou religieux), je fais preuve d’un manque de maturité quant à ma vie intérieure. La vie se résume entre la bulle de ceux qui me rassurent et les autres dont je me méfie, voire que je vais combattre.

F.V. Pour lutter contre ce problème de la montée du fanatisme et de l’intégrisme, de nombreux observateurs réclament la revalorisation du système éducatif, vecteur d’édification d’un esprit critique et émancipateur. Pensez-vous, qu’à l’instar du secteur des soins de santé, ce secteur souffre également de sous-financement ?

E.d.B. Pour lutter contre le fanatisme, il faut travailler le cerveau gauche (rationnel) et le cerveau droit (émotionnel) des générations montantes. Le cerveau gauche est travaillé par l’éducation et le cerveau droit, par la spiritualité (croyante ou laïque). Ce sont ces deux dimensions qui doivent être travaillées de pair dans la société. C’est une question de financement, mais bien plus encore d’état d’esprit. La logique de consommation dans laquelle nous évoluons, n’aide pas à mettre de vraies priorités sur les valeurs qui élèvent l’homme.

F.V. Cette carence en matière d’esprit critique et ce climat de désinformation se révèlent à nouveau de façon très vive suite au contexte dans lequel se sont déroulées les élections américaines. Alors que chez nous il arrive que le populisme guette, quelles leçons devons-nous tirer de cet événement ?

E.d.B. Le populisme identitaire est le frère jumeau, en politique, du fondamentalisme en matière de convictions religieuses ou philosophiques. Le monde est séparé entre « nous » et « eux » et c’est « nous » contre « eux ». Tout le contraire des valeurs qui ont donné naissance après la seconde guerre mondiale à la Convention universelle des droits de l’homme.

F.V. Enfin une bonne nouvelle avec l’ouverture, pendant ce deuxième confinement, des bibliothèques et des librairies désormais reconnues comme essentielles. Une embellie par rapport à la situation vécue au printemps et qui doit vous réjouir, également en tant qu’écrivain…

E.d.B. Il n’est pas facile pour les politiques de savoir ce qui doit être ouvert ou fermé. Il est heureux que la culture du livre ait été perçue comme essentielle pour la santé mentale de la population.

F.V. Dans nombre de vos ouvrages, vous abordez les questions relatives à une Eglise plus responsable et ouverte sur les problématiques sociétales actuelles. Alors que la fête de Noël va prendre sa place au cœur d’une période très tourmentée cette année, l’importance des inégalités, de la précarité occupe à nouveau le devant de la scène. Quelles sont les réponses que l’Eglise souhaite apporter face à ces situations ?

E.d.B. L’Eglise essaie de « prendre sa part » avec ses moyens et d’agir là où elle se trouve. Ainsi à Liège, le CPAS de la ville a fait appel aux services sociaux catholiques pour les aider à préparer le plan « grand froid ». Nous avons ainsi pu augmenter considérablement la capacité d’accueil en abri de nuit et recruter des bénévoles pour servir nos frères démunis.

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