• Le regard d’Amandine Duelz, chargée de recherche et développement à la « Plateforme francophone du Volontariat ».

  • Rencontre en reconfinement, 5 décembre 2020 (Journée internationale des Volontaires)

  • 16 décembre 2020, par Françoise Vanesse

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  • Cette période de reconfinement s’ancre dans un contexte particulièrement difficile pour les secteurs culturels et associatifs. Très heureusement, les librairies et les bibliothèques, considérées comme des services essentiels, permettent à une partie du secteur, déjà fort fragilisé lors de la première vague, de peu à peu se redéployer. Des observateurs originaires de la sphère du livre et de l’associatif ont très aimablement répondu à notre invitation et ont accepté de s’exprimer sur ce contexte particulier, vecteur de fragilités mais également de positives initiatives.

F.V. Quel a été l’impact de la crise sur le volontariat et la santé des associations ?

A.D. La Fondation Roi Baudouin vient de publier le « Baromètre des associations 2020 ». Lors de cette enquête, les associations ont été interrogées sur l’impact de la crise sur leurs activités, leur santé financière et sur le volontariat. Cette enquête révèle que 49% des associations ont vu leur situation financière se dégrader (contre 19% en 2018). Cette dégradation est largement attribuée au Covid 19. Et 33% des associations ont vu leur nombre de volontaires diminuer de moitié. Il est difficile aujourd’hui d’évaluer si c’est une diminution temporaire due à l’arrêt ou réduction des activités ou si ce sont des départs définitifs. Il y a sans doute un peu des deux. Beaucoup d’associations nous ont aussi dit avoir reçu plein de propositions de citoyens qui voulaient s’engager mais auxquelles elles ne pouvaient pas encore répondre positivement. Et ce phénomène-là, nous ne savons pas le quantifier.

F.V. On sait que sensibiliser les associations à maintenir le lien avec les bénévoles est un de vos axes de travail primordial car il constitue un pilier essentiel dans la mise en place d’un engagement pérenne. Quelles conclusions tirez-vous ?

A.D. La communication avec les volontaires est en effet un des facteurs de réussite d’un projet de volontariat. En plus, pour beaucoup de volontaires, les contacts sociaux sont l’un des moteurs de leur engagement. Le risque ce serait d’oublier les volontaires confinés à l’heure où justement les personnes sont davantage isolées, où le contexte n’est pas très rassurant. Il est important de réfléchir à la façon dont on peut essayer de maintenir une relation et une bonne communication avec ses volontaires, même si l’activité est à l’arrêt. Certaines associations se sont montrées créatives et réactives pour maintenir les contacts : goûter virtuel, promenades à 4, journal de confinement, chaînes téléphoniques, newsletters des volontaires, rencontres en ligne, cartes postales… Clairement, les outils digitaux ont fait irruption dans le quotidien de nombreux volontaires. Mais il faut pouvoir les soutenir et les accompagner dans leur utilisation. Il y a d’énormes difficultés lorsque les volontaires sont eux-mêmes confrontés à la fracture numérique. Ce n’est donc pas la panacée. Des organisations ont aussi repensé le rôle des volontaires pour maintenir une activité à distance ou une activité réduite en présentiel. Enfin, la communication, c’est prendre de leurs nouvelles, mais aussi les tenir informés, les consulter pour continuer à les impliquer dans le projet. Et là aussi, il y a moyen de mettre en œuvre des actions pour collaborer à distance. Par contre, ces adaptations et ces nouvelles modalités de communication demandent beaucoup de temps, en particulier pour les coordinateurs de volontaires.

F.V. Quels sont vos projets en la matière pour accompagner les bénévoles en ces temps de crise ?

A.D. Notre premier public, ce sont les organisations qui ont des volontaires. Mais nous essayons aussi d’orienter et d’informer les citoyens qui veulent s’engager. Nous avons publié plusieurs pages web dédiées à la crise : des appels à volontariat spécifiques à la crise, des pistes pour garder le lien malgré la distance, une page de FAQ sur le maintien des activités bénévoles… avec des outils et des exemples concrets. Comment animer une réunion à distance ? Comment repenser ses activités ? Peut-on faire revenir tous ses volontaires ? etc.
Nous avons aussi publié un guide de reprise des activités bénévoles. C’est un outil utile aux volontaires qui sont « personnes à risque ». Mais il est aussi destiné aux organisations pour qu’elles évaluent objectivement les risques et identifient les mesures à prendre, grâce à un système de feux verts-orange-rouges. Lors de la première vague, certains bénévoles âgés ont mal vécu le fait d’être écartés d’emblée par leur organisation, les seniors ayant été identifiés comme un groupe vulnérable. Cet outil vient répondre à cette difficulté.

F.V. Une façon intéressante de bien respecter les volontaires ?

A.D. Oui, une fois de plus, nous encourageons à éviter les décisions prises sans tenir compte de leur situation spécifique à chacun. Ainsi, nous invitons les bénévoles à en parler avec leur médecin traitant qui pourra mieux que nous l’aider dans sa décision. Nous espérons que ce guide aidera chacun à prendre la décision la plus adaptée. Nous encourageons aussi les coordinateurs de bénévoles à parler et échanger avec eux, à rester à l’écoute de leurs besoins, de leurs craintes.

F.V. Suite à cette crise, pensez-vous que le secteur du volontariat sera à relancer ?

A.D. Certainement pas « à relancer » car, il n’est pas du tout à l’arrêt et ce, même si des associations ont perdu le lien avec certains de leurs volontaires et ont été immanquablement impactées par la crise ! En fait, ce qu’il faut souligner, c’est qu’un nombre important d’initiatives supplémentaires ont vu le jour suite à la crise. Ceci illustre que, même en temps de crise, l’envie de s’engager est bien installée auprès d’une partie de la population. Je prends l’exemple de ces nombreuses plateformes en ligne qui ont été créées dans le but de venir en aide à des personnes isolées. Certes les retours que nous en avons sont d’ordre qualitatif et non quantitatif mais il semble que, sur certaines d’entre elles, il y aurait eu plus de propositions d’aide que de demandes.

F.V. Il faudra alors repenser le volontariat voire parfois le réinventer ?

A.D. Oui, cette crise nous force tous à être créatifs. Il faut repenser nos façons de collaborer, de communiquer mais aussi le rôle que chacun occupe. Certaines associations voient aussi arriver de nouveaux profils de volontaires… Cela peut être une opportunité de renouvellement du projet. Ainsi, par exemple, il est possible de mobiliser les volontaires sur d’autres tâches ou sur d’autres missions qui peuvent être utiles à l’organisation et qui soient également intéressantes pour lui ! Revoir les tâches et les missions que l’on propose et flexibiliser les possibilités d’engagements (en termes de temps, envisager des missions ponctuelles…) sont un défi à relever pour permettre à davantage de citoyens de se mobiliser. J’invite les organisations à en parler avec les volontaires... Ils ont sûrement des idées…

F.V. On le voit, les pistes de réflexions sont nombreuses et les orientations très riches. Quel va être votre rôle ?

A.D. Le rôle de la PFV c’est notamment de suivre de près ce qui se passe sur le terrain, de pouvoir relayer les besoins au niveau politique, mais aussi d’outiller les acteurs associatifs. Nous préparons une enquête pour mieux cerner les besoins des organisations aujourd’hui. Nous sommes également en train d’adapter en ligne nos formations et coachings. Nous proposons sur notre site une section outils, riche en analyses, guides pratiques, témoignages…

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