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  • Le petit prince cannibale

  • 18 janvier 2007, par Gérard Durieux

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  • Des pages sans concession et bouleversantes sur cette relation fondatrice et sur la nécessité irrépressible de la création.

LEFEVRE Françoise, Le Petit Prince cannibale, Actes Sud 1990 ; J’ai lu 3083

Cette écrivain à la sensibilité fiévreuse rassemble depuis plus de trente ans les inconditionnels que son œuvre abondante ne cesse d’enchanter. On se souvient de « La première habitude » qui, en 1974, avait déjà révélé sa capacité à évoquer douleurs et douceurs.

Depuis, de livre en livre, elle traque l’indicible besoin d’amour qui la meut et la consume : « La pire des souffrances en amour, c’est de découvrir qu’un très beau regard a pu mentir ».
On relira donc - ou découvrira - avec bonheur ce texte de rage amoureuse récompensé en 1990 par le Goncourt des lycéens.

Une mère se bat jour après jour pour sortir son fils, le petit Sylvestre, de son autisme. Ecrivaine, elle tente en même temps de mener à bien l’écriture d’un roman : l’histoire de Blanche, une cantatrice que la maladie ronge inexorablement.

Double combat exténuant avec les mots et contre la mort. Double exil, de la mère et de l’écrivain, où nous emportent violemment des pages de colères épuisées, de défaites désespérées et de tendresses victorieuses. Une femme y choisit obstinément d’enfanter à la parole le petit prince de sa chair. Au prix même de ce texte qu’elle porte aux entrailles, « tous ces mots avortés à cause des cris ».

Car cette lutte éreinte et se fait dévoreuse. L’écrivain en elle s’asphyxie, reste sonnée, vidée, exsangue : l’héroïne de son roman lui échappe en se laissant glisser, sans voix, dans le silence d’un étang. « Blanche s’éloigne car il me faut retourner à toi » reproche-t-elle à son enfant.

Pourtant, en l’entraînant dans son bagne de silence et de fureur, son « cannibale emmuré » l’aura conduite aussi jusque dans cette « réduction d’elle-même où trouver la force d’écrire ». Le fils à son tour aura peut-être engendré la mère.

Des pages sans concession et bouleversantes sur cette relation fondatrice et sur la nécessité irrépressible de la création. Une pressante invitation aussi à écouter ce chant singulier dans ses autres œuvres. « Et cette voix, vous l’aimerez d’amour » (F. Matthys).

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