• Le noir dans tous ses éclats

  • 7 janvier, par Françoise Vanesse

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  • Partir à la rencontre du noir par la découverte d’albums jeunesse, expérimenter différentes techniques d’expression graphique qui mettent en exergue cette couleur dans le but de réaliser un petit livre entièrement personnalisé : tels furent les objectifs de ce projet "CREA" à destination des animateurs en écoles de devoirs, et pris en charge par la FIBBC et le CEC de la ludothèque "La Marelle" dans le cadre d’un partenariat avec l’AEDL.(1)

Le noir est-il une couleur ? Le noir est-il sombre ? Comment trouver de la lumière dans le noir ? Le noir n’est certes pas le thème le plus facile à appréhender pour concevoir un projet d’animations ! Connoté en occident d’une valeur symbolique souvent négative, grave, ténébreuse voire funeste, le noir refroidit certains, enchante les autres. En tout cas, il ne laisse personne indifférent et, surtout, plus que toute autre couleur (certains lui refusent d’ailleurs cette appellation !), il recèle une impression mystérieuse et subjective importante. En littérature de jeunesse, le noir a longtemps été associé à la peur que cette couleur inspire notamment aux petits, que ce soient les cauchemars, l’isolement ou la difficulté à s’endormir. Heureusement, depuis quelques années, cette couleur connaît une intéressante revalorisation. C’est ainsi que de nombreux artistes, auteurs et créateurs, s’emparent du noir pour donner vie à des réalisations très audacieuses qui confèrent à cette couleur une force expressive à part entière. C’est précisément cet aspect d’innovation que nous avons mis en avant dans le cadre de la présentation critique des albums sélectionnés.(2)

Présentation d’albums

En guise d’introduction, on se penche précisément sur la découverte d’albums qui abordent le thème du noir de manière extrêmement graphique dont Loup noir d’Antoine Guilloppé aux éditions Casterman. Cet album sans texte entièrement en noir et blanc interpelle les participants. Ceux-ci pointent l’importante cohérence narrative et l’économie de moyens avec ces successions d’images en noir et blanc, parfois d’apparence très simple mais qui dégagent une grande vitalité. On conclut enfin sur l’importante implication qui est demandée aux lecteurs d’images, la quête du sens et les multiples interprétations que l’auteur rend possible grâce à une construction sans faille et à un jeu sur les perspectives et les codes graphiques.

Atelier d’écriture

Au cours de cette première partie, les participants sont invités à prendre connaissance de différentes orientations d’animations envisageables avec leur public dont quelques consignes de jeux d’écritures facilement transposables. Ensuite, un atelier d’écriture leur est proposé afin de composer l’ossature de leur futur livre. Celui-ci s’articule sur la structure : Si j’étais le noir...
Exemples de texte...

Si j’étais le noir,
J’habiterais au coeur du silence
Là où la terre est douce comme le velours
Tapis bien au creux de la solitude
Je me reposerais en secret.
Puis, bercé par la mélancolie
Je m’envolerais, enfin, léger comme la plume.

Si j’étais le noir,
Je pointerais au crépuscule
Je grandirais opaque à vos regards
Et m’étirerais jusqu’à l’horizon charbonneux.
Ainsi passeraient les heures obscures sur la chaise de l’immobilité.
Jusqu’au jour où, par la fenêtre retrouvée,
Je m’éclaircirais.

L’atelier d’expression graphique peut alors débuter. Il s’articule autour de cinq propositions.

Première technique d’expression graphique : les taches sous vide
Une goutte de couleur acrylique est déposée entre deux vitres.
Appuyer fortement pour faire le vide d’air. La couleur se disperse…
Désolidariser les vitres et imprimer la feuille.

Deuxième technique : le fil à l’encre de chine

Déposer, entre deux feuilles de papier, un fil enduit d’encre de chine.
Ensuite tirer sur le fil en induisant un mouvement.
Se laisser surprendre par le résultat !

Troisième technique : les taches à la paille

Sur une feuille de plexis, déposer quelques gouttes d’encre de chine.
A l’aide d’une paille, souffler pour diriger la couleur…
Bien veiller à laisser sécher.

Quatrième technique : le collage

Par le biais de supports autocollants (étiquettes, œillets, bandes adhésives), réaliser une petite création abstraite.

Cinquième technique : les monotypes
Enduire une plaque de verre ou support lisse avec un rouleau encreur : (encre pour impression mais la gouache ou l’acrylique conviennent également et sont moins onéreuses). Dessiner un motif à l’aide d’un outil, peigne ou coton tige… et ensuite appliquer la feuille pour réaliser l’impression.

Finitions

L’assemblage des différentes pages est ensuite effectué grâce à l’intervention très efficace de deux petites pinces. Lors du montage du livre, on insiste sur l’importance du dialogue entre chaque illustration et ce, tout en résonance avec l’album découvert en début de matinée.

Conclusion

Au terme de cette matinée, les participantes ont donné naissance à leur petit livre totalement personnalisé. Elles se sont montrées très intéressées par les différentes techniques proposées qui ont la grande qualité d’être très efficaces mais simples, de ne demander que très peu de matériel, et de pouvoir être facilement transposables avec leurs différents publics. Les organisatrices, quant à elles, se réjouissent de la curiosité et l’intérêt des participantes pour des albums jeunesse innovants et de leur importante motivation et créativité. A aucun moment, celles-ci ne sont restées figées dans la consigne mais ont, au contraire, souhaité être à leur tour créatives : cette appropriation est, à nos yeux, primordiale car elle fait partie de nos objectifs et, surtout, est gage d’une répercussion fructueuse envers leurs différents publics.

___________________

(1) AEDL : Association des Ecoles de Devoirs en Province de Liège.
(2) Bibliographie
GARRALON Claire, Chat noir chat blanc, Editions MeMO, 2018.
NORAC Carl (auteur), EECKHOUT Emmanuelle (ill.), Le noir quart d’heure, Pastel, 2015.
SNICKET Lemony (auteur), KLASSEN Jon (ill.), Le noir, Milan, 2015.
GAARDER Jostein, DUZAKIN Akin, Je me demande, La joie de Lire, 2014.
DIONNET Marion, BABA Luc, Mon ami Paco, Territoires de la Mémoire, 2011.
BILLET Julia, T’es qui toi ?, Motus, 2010.
GUILLOPPE Antoine, Pleine lune, Gautier-Languereau, 2010.
ECORMIER JOËLLE, La pêche aux mots, Motus, 2009.
COTTIN Menena (auteure), FARIA Rosana (ill.), Le livre noir des couleurs, Rue du Monde, 2007.
JACQUES Benoît, C’est bizarre, publié par Benoît Jacques, 2006.
GUILLOPPE Antoine, Loup noir, Les Albums Casterman, 2004.
RASCAL, Boucle d’or et les trois ours, Pastel, 2002.
HOBAN Tana, Regarde bien, Kaléidoscope, 1999.
YOUG ED, Sept souris dans le noir, Milan, 1995.
HOBAN Tana, Noir sur blanc, Kaléidoscope, 1993.
HOBAN Tana, Blanc sur noir, Kaléidoscope, 1993.

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