• Le ciel par-dessus le toit

  • 9 janvier, par Sylvie Hendrickx

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  • Un roman bouleversant sur le destin d’une famille, prisonnière de son passé.

APPANAH Nathacha, Le ciel par-dessus le toit, Gallimard, 2019

Romancière d’origine mauricienne, installée en France depuis une vingtaine d’années, Nathacha Appanah est l’auteure d’une œuvre forte et singulière, composée de dix romans qui, chacun à leur façon, mettent en lumière les drames, le plus souvent silencieux, de notre monde. Après le succès de Tropique de la violence (Gallimard, 2016) qui illustre de manière saisissante la situation dramatique des enfants des bidonvilles de Mayotte et a été récompensé par pas moins de quinze prix littéraires, l’auteure nous offre un nouveau roman intimiste, tout aussi sensible et percutant. En effet, Le ciel par-dessus le toit, dont le titre fait écho à un très beau poème écrit par Verlaine alors qu’il était emprisonné, explore cette fois la thématique de l’enfermement à travers l’histoire de Loup, un adolescent « doux et un peu étrange » incarcéré dans une maison d’arrêt pour mineurs. Une expérience brève, mais néanmoins traumatique, livrée de manière frontale à travers le regard de cet adolescent fragile, qui trouve une échappatoire à la dureté de sa situation dans l’imaginaire et dans la poésie du langage. En alternance avec le vécu de Loup, ce récit donne à entendre les voix de sa mère Phénix et de sa sœur Paloma, qui l’attendent au dehors. Au gré de la remontée des souvenirs que provoque en elles le choc de cette incarcération, nous comprenons que le délit aux allures de faits divers - conduite sans permis - qui a mené Loup en prison constitue un acte de rébellion face à un malaise familial profond. En effet, la mère, autrefois prénommée Eliette, et qui se fait désormais appeler Phénix en signe d’une illusoire renaissance, se révèle toujours captive d’une enfance meurtrie qui l’empêche de témoigner de l’affection à ses enfants, eux-mêmes prisonniers de ce manque. Réuni par la détresse de Loup, le trio va cependant trouver la force d’apprivoiser son passé et de dépasser ses prisons intérieures pour renouer des liens d’amour, encore tâtonnants et imparfaits, mais pleins de promesses. Par la grâce si particulière de son écriture à la fois sobre et poétique, qui conjugue, de manière magistrale, âpreté et douceur, Nathacha Appanah transcende le récit de cette douloureuse résurrection familiale en un hymne à la vie lumineux et bouleversant.

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