• Le christ philosophe

  • 7 mai 2008, par Gérard Durieux

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  • A l’heure polémique des vigoureux échanges sur les racines chrétiennes de l’Europe, ce livre invite à un débat de fonds sur ces différentes interrogations

LENOIR Frédéric, Le Christ philosophe , Plon, 2008

« La liberté que tu voulais pour eux, fait peur aux hommes. Leur souci le plus grand est de trouver un être à qui déléguer ce don funeste... Nous avons corrigé ton œuvre en la fondant sur le miracle, le mystère et l’autorité... Ils se sont réjouis d’être à nouveau un troupeau docile ».

Ainsi parle à Jésus en le chassant de Séville, le grand Inquisiteur dans Les Frères Karamazov, le chef-d’œuvre de Dostoïevski. Ce passage célèbre traduit, selon Lenoir, la réalité de l’histoire même du Christianisme : une inversion radicale des valeurs évangéliques, de la « philosophie de Jésus » (Erasme).

Car défend l’auteur, le christianisme serait une philosophie, autant et plus qu’une religion, un message universel porteur de valeurs libératrices pour l’individu.

Au fil d’une lente et inexorable dérive, la « chrétienté » n’en serait que la perversion institutionnalisée. Mais « Les Lumières » et la raison critique, par le relais de l’humanisme chrétien du XVIème, auraient absorbé l’essentiel de l’apport du Christ. Les droits de l’homme ne pouvaient donc naître que dans l’Occident tout imprégné de Christianisme, « la religion de la sortie de la religion » (M. GAUCHET).

On parcourt avec grand intérêt la démonstration de cette
« implacable filiation ».

C’est que Lenoir présente quelques solides références : philosophe, historien des religions, directeur d’une revue de qualité Le monde des religions, romancier... c’est dire que l’ouvrage est brillant, clair et érudit.

Mais on s’en doute, à l’heure polémique des vigoureux échanges sur les racines chrétiennes de l’Europe ou quand d’autres s’inquiètent, pour la remobiliser, du « trou noir de la laïcité » (E. MORIN), ce livre d’importance séduit et agace pour des raisons diverses, chrétiens et non-croyants.

Il invite en tout cas à un débat de fonds sur les interrogations qui demeurent. Evoquons : dans quelle mesure l’humanisme chrétien est-il réellement la matrice du monde moderne ? Le message du Christ tendrait-il essentiellement à émanciper l’individu du groupe ?

Quand Lenoir souligne ainsi le caractère personnel et spirituel du message du Christ (dans sa relecture finale du dialogue avec la Samaritaine, exact contrepoint des propos du Grand Inquisiteur), d’autres observateurs plus sensibles au collectif et au politique, s’interrogent à propos du « fondement (invisible) du lien social : Dieu, la raison déifiée, le progrès, le culte de la patrie... l’argent ? » (R. DEBRAY).

A suivre encore quand l’auteur nuance : « Cette révolution de la conscience universelle ne s’oppose nullement à l’institutionnalisation inéluctable du message. Le Christ a cadré la religion dans trois principes intangibles : amour, liberté, laïcité. ». Invoquerait-il ici une forme de sacralité réconciliatrice ?

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