• Le Centre de Littérature de Jeunesse de Bruxelles : Conservation et promotion

  • 11 mai 2010, par Françoise Vanesse

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  • Pousser les portes de ce Centre, c’est découvrir...

La concrétisation d’un rêve...


Nos bibliothèques publiques sont de moins en moins des lieux de conservation. Et pourtant, certaines recèlent un patrimoine important notamment en littérature de jeunesse ! Heureusement, depuis quelques années, la prise de conscience de la nécessité de sauvegarder ces anciens albums et romans marquants et de les confier à des centres spécialisés s’est fait jour !
La ville de Bruxelles, qui a vu éclore sur son territoire, entre 1920 et 1948, les célèbres bibliothèques enfantines « Heures Joyeuses » dont les collections constituent aujourd’hui un patrimoine très riche, ne pouvait passer à côté de ce défi : sortir de l’ombre et des caves plus de quarante mille ouvrages, sauvegarder un patrimoine important mais surtout le confier aux mains de professionnels du livre et de la lecture. A charge pour ceux-ci de conserver, de répertorier et surtout de mener parallèlement une série d’actions favorisant la promotion du livre de jeunesse ancien et actuel auprès d’un public de professionnels en contact avec la jeunesse : bibliothécaires, enseignants, étudiants, puéricultrices.

C’est ainsi que le 1 avril 2006, le rêve de trente ans de beaucoup de passionnés de littérature jeunesse bruxellois et autres vit le jour. Le Centre de Littérature de Jeunesse de Bruxelles était né et ce, grâce à la volonté de l’échevine de l’Instruction publique de la Ville de Bruxelles, Madame Faouzia Hariche. Cette décision fut ensuite entérinée par le Collège des bourgmestres et échevins et, très vite, la ministre régionale de Bruxelles, Madame Françoise Dupuis embraya le pas en reconnaissant le CLJBxl en lui octroyant un subside de fonctionnement annuel. Quant à la direction de ce Centre, elle était confiée à Luc Battieuw, bien connu pour son engagement indéfectible à la promotion de la littérature de jeunesse à Bruxelles et en Communauté française.

Un important travail en amont...

Si ce Centre a pu enfin voir le jour, ce n’est certes pas d’un coup de baguette magique ! Mais bien grâce à un important travail de promotion de la littérature de jeunesse mené en profondeur et en amont depuis plusieurs années par un groupe de personnes passionnées et proches soit du milieu bibliothéconomique ou de l’échevinat de l’Instruction publique de la Ville de Bruxelles.

«  Il y a plusieurs actions déterminantes qui ont concouru à la création du Centre », explique Luc Battieuw. « Commençons par celle qui, à mes yeux, est déterminante, c’est-à-dire « La Semaine Paul Hurtmans », autrefois dénommée « Séminaire de littérature de jeunesse ». Cette action est née en 1987 et doit son nom à un ancien inspecteur en Lecture publique, Paul Hurtmans. Celui-ci souhaitait proposer une série de conférences visant l’introduction de la littérature de jeunesse à l’école mais aussi l’instauration de synergies entre le monde bibliothéconomique et éducatif. Ce projet a aujourd’hui évolué et implique la participation des enfants de huit à seize ans qui sont sensibilisés au plaisir de la lecture par le biais d’animations qui se déroulent pendant une semaine. L’ouverture de cette semaine s’adresse aux professionnels par l’organisation d’un colloque. A côté de cette opération, d’autres sont nées comme « J’aime lire dès la maternelle » qui implique les enfants de moins de six ans dans un projet de lecture. Mais je souhaite aussi mentionner bien entendu la création en 1992 de la « Section belge de Ibby », à l’initiative de Marie Wabbes, qui a véritablement déclenché une prise de conscience quant à la valeur et la qualité de la littérature de jeunesse dans notre pays. Et enfin, une exposition consacrée aux cent vingt-cinq ans de l’enseignement maternel à Bruxelles et pour lesquels nous avons proposé une exposition consacrée au parcours historique de l’album : chaque année était illustrée par un album de jeunesse emblématique. Cette exposition créée grâce au fonds des « Heures Joyeuses » a étonné le public et certains de nos responsables, dont plus particulièrement l’inspecteur de la Lecture publique et de l’Enseignement de Promotion sociale de la Ville de Bruxelles, Philippe Malfait. Ceux-ci ont pris conscience de l’importance du fonds mais aussi et surtout des conditions déplorables dans lesquelles il était conservé... »

Un fonds patrimonial et contemporain

Une des missions essentielles de ce Centre est bien entendu la conservation du fonds patrimonial. Celui-ci est constitué d’une part et majoritairement par l’ancien fonds des « Heures Joyeuses », ces bibliothèques enfantines qui ont vu le jour sur le territoire de la Ville de Bruxelles entre 1920 et 1948 et, d’autre part, par le fruit de l’élagage de toutes les bibliothèques de Bruxelles-Capitale au niveau de la jeunesse et, enfin, par une toute petite part de dons privés. Au total, les collections équivalent à plus de cinquante mille livres en 2009 et son accroissement est de 10.000 livres par an !

Actuellement, plus ou moins un tiers du fonds est intégré dans le catalogue collectif de la lecture publique en Région de Bruxelles-capitale et consultable via le net. « Il faut savoir que ce travail est colossal ! », explique Luc. « Cette gestion prend beaucoup de temps et, devant l’ampleur du travail, nous nous sommes vite rendu compte de l’urgence de disposer d’un second bibliothécaire, ce qui est chose faite depuis le 1er décembre 2009. Son travail est de s’occuper de la catalographie et de la gestion de l’ancien fonds ». A coté d’un fonds de patrimoine, le Centre dispose d’un fonds contemporain qui rassemble les livres de fiction parus depuis dix ans. C’est ainsi que le CLJBxl entre en possession, grâce au service de presse de la revue de l’Ibby, d’une grande part de la production des livres récents. Enfin, il fait l’acquisition, grâce à un petit budget prévu à cet effet, d’ouvrages professionnels et de livres d’artistes ou de publications en provenance de petites maisons d’édition qui ne se retrouvent pas en service de presse.

Toutes les collections du Centre sont liées au domaine de la fiction : albums, romans, contes, théâtre et poésie. Sont rejetés le documentaire et la bande dessinée. « Par manque de place mais surtout car d’autres centres existent comme le « Centre Belge de la Bande dessinée ». Quant au documentaire, nous l’avons rejeté car ce domaine exige une formation très spécifique ».

Mais ce qui prime ici au CLJBxl, c’est cette volonté qu’ont les dirigeants de ne pas opérer de tris dans les collections. « En effet, notre objectif est d’être proche de la réalité de la production sans aucun critère qualitatif. Nous ne sommes pas un centre de prêt mais bien un centre de consultation qui met des livres à la disposition des chercheurs. Dans cette optique, nous essayons de coller au plus près de la réalité et donc, nous n’opérons pas de choix afin d’offrir un éventail le plus exhaustif possible », conclut Luc.

Des fonds spécialisés

Au cœur de ces fonds contemporains et de patrimoine, des collections spécifiques ont été créées et ce, de manière transversale c’est-à-dire en mélangeant aussi bien le contemporain que le patrimoine.
Un fonds belge rassemblant tous les ouvrages publiés par un auteur ou un illustrateur belge quelle que soit la date d’édition ; un fonds de livres « Pop Up » ; une petite collection de livres d’artistes (mais sans en faire une priorité car le Centre du Livre d’Artiste (CLA) de Watermael-Boitsfort dirigé par Joëlle Verboomen approfondit déjà ce domaine) ; un fonds de contes et légendes ; et un fonds d’ouvrages et de revues professionnels : plus ou moins un millier d’ouvrages accompagnés d’une répartition thématique.
Parmi cet ensemble de fonds, l’un est particulièrement récent et novateur dans sa conception. Il s’agit du « Fonds de livres jeunesse en langues étrangères » constitué grâce à la collaboration de la Bibliothèque Centrale de Bruxelles qui a eu pour mission de le créer afin de le mettre à la disposition des bibliothèques publiques et ce grâce à l’appui de la Cocof. Même si ces collections restent la propriété de la Centrale, c’est le CLJBxl qui est chargé de faire l’acquisition de ces livres, d’assurer leur dépôt, leur gestion mais surtout leur diffusion : des malles à la disposition des institutions soit bibliothéconomiques, associatives ou éducatives ont été réalisées et sont accompagnées d’une campagne de diffusion de l’information. « Les premières collections sont actuellement en cours de constitution », poursuit Luc, « et sont consacrées aux langues européennes mais il y a en plus l’arabe puisque cette communauté fait également partie de notre environnement. D’autre part, il y a aussi une volonté de se tourner vers le turc, ce qui est parfois plus problématique car les livres de qualité sont plus difficiles à trouver. Dans cette recherche, nos partenariats sont importants : d’une part l’Institut du Monde Arabe et les sections de Ibby implantées dans d’autres pays ».

Des passerelles et des partenariats

Ce qui frappe dans le fonctionnement de ce Centre, lui confère sa spécificité et représente sans conteste un gage de qualité de son travail, c’est l’importance ici des notions de partenariats et de passerelles entre des mondes professionnels différents mais tous concernés par la Littérature de jeunesse. Les exemples de partenariats ne manquent pas : la Section belge francophone de Ibby, intégrée dans le CLJBxl et qui confère au centre une représentation sur le plan international ; la Bibliothèque Centrale de Bruxelles et toutes les bibliothèques de la région bruxelloise ; l’Echevinat de l’Instruction publique et de la Jeunesse de la ville de Bruxelles, celui de la petite enfance ou encore des liens avec le Centre de Littérature de Jeunesse « André Canonne » de la Louvière notamment pour l’organisation des voyages d’études.

« En effet, nous devons toucher tous les professionnels concernés. Nous ne sommes pas là uniquement pour les bibliothécaires » mais aussi pour les enseignants, les étudiants normaliens, les puéricultrices. Cette notion de décloisonnement est capitale dans notre philosophie et les formations et opérations que nous organisons, nous les concevons toujours dans cet esprit de passerelle entre les mondes bibliothéconomiques et éducatifs. Pour nous, c’est capital car c’est de ces synergies que découle un travail en profondeur de promotion de cette littérature ».

Un travail colossal de promotion du livre de jeunesse

Des formations...

Bien que la conservation et la gestion des collections constituent une des activités essentielles du CLJBxl, il reste que celui-ci mène également à bien un important travail de promotion de cette littérature de jeunesse. Celui-ci peut revêtir différentes formes mais, point essentiel, il est toujours, comme nous l’expliquions plus haut, organisé en direction d’un public de professionnels du livre et de la lecture au sens large. Parmi ces activités, on retiendra les formations et les journées d’études. Celles-ci sont souvent liées à des thématiques ou à des présentations de Maisons d’éditions où l’on donne la parole à un responsable qui présente la philosophie de ses collections. «  Les voyages d’études  » sont également importants car ils permettent à la profession d’aller plus loin dans tous les sens du terme et de prendre connaissance de lieux situés à l’étranger et marquants pour la littérature de jeunesse. La qualité des intervenants qui assurent les visites est une garantie incontestable de professionnalisme. C’est ainsi qu’en juin 2009, nous nous sommes rendus à Strasbourg pour découvrir, en compagnie de la Conservatrice, le Musée Tomi Ungerer. Tous ces voyages sont organisés en partenariat avec le Centre de Littérature de Jeunesse de La Louvière ».
Autre façon de faire de la promotion, les expositions : le Centre met en effet à la disposition du public des expositions itinérantes ou le développement de projets liés au « Kamishibaï » : le CLJBxl a fait l’acquisition de neuf théâtres qu’il prête à des institutions avec, parallèlement, des collections d’histoires.

Des opérations de lecture

Enfin, les « Opérations de lecture ». Parmi celles-ci, « La semaine Paul Hurtmans du Livre de jeunesse » qui, tous les deux ans, représente un projet régional de taille ! Organisé sur toute une année scolaire en région bruxelloise en partenariat avec vingt-deux bibliothèques, ce projet touche trois cents classes dont six mille jeunes : animations en bibliothèque, votes, rencontres avec de nombreux auteurs ponctuent cet événement qui se clôture par un colloque bien connu des bibliothécaires de la Communauté française.

Téâtre "Kamishibaï"

Autres opérations : « J’aime lire dès la maternelle » est un projet de la Ville de Bruxelles qui concerne au total mille cinq cents enfants et « Passeurs d’histoires », un nouveau projet mis sur pied en 2009. Chaque enseignant participant est invité à prendre le temps de raconter un livre à sa classe mais surtout est formé sur la façon d’aborder la lecture à voix haute. Parallèlement, des malles de livres sont prêtées à chaque classe en collaboration avec les deux bibliothèques principales des Riches- Claires et de Laeken. Enfin, « Sensibilisation aux livres de jeunesse dans les crèches » est un projet créé en février 2009 avec toutes les directions des crèches de la Ville de Bruxelles et en partenariat avec les bibliothèques. Le but est d’inciter, par le biais de formations, l’entrée des albums dans ces lieux de vie parfois encore trop récalcitrants à cette approche si importante pour le développement de l’imaginaire des tout petits.

Des locaux et du personnel


Au départ situé dans l’ancien bâtiment de l’Hôtel communal de Laeken, le Centre est, depuis 2008, situé dans une maison privée de trois cents m2 sur le boulevard Emile Bockstael à Laeken. Au niveau du personnel qui relève, ainsi que les locaux, de la Ville de Bruxelles, le Centre dispose de deux bibliothécaires à temps plein, d’une collaboratrice culturelle et éducative, d’un mi-temps administratif et d’un mi-temps au niveau de la direction. Tout le budget de fonctionnement est pris en charge par la Cocof. Quant à la Communauté française elle intervient pour des actions bien précises.

Des projets

On le voit, le CLJBxl mène un important travail en faveur de la promotion de la Littérature de jeunesse à Bruxelles mais aussi en Communauté française. Et bien que l’imagination semble ici toujours au pouvoir et que les rebondissements semblent faire partie de la philosophie de cette équipe très motivée, il faut bien pourtant clôturer la présentation de ce Centre. Tâche difficile car il nous faut encore citer les nombreux projets en cours... L’équipe entend approfondir son projet lié au « Kamishibaï » en développant des projets de collections notamment liées à la petite enfance et réalisées par des créateurs belges, planche sur la création d’un dépliant et va prochainement accueillir un Fonds de « L’école des loisirs ». Sans oublier un point essentiel lié à l’amélioration du questionnement de l’ensemble de ces collections par des étudiants ou des chercheurs en littérature de jeunesse. « Cela fait partie en effet de nos priorités et nous travaillons de plus en plus avec des écoles de formation que ce soient des bibliothécaires, des enseignants et des illustrateurs. Il faudrait davantage de mémoires qui questionnent cette littérature de jeunesse. Mais notre bilan global reste très positif car, à l’heure actuelle, nous avons reçu plus de deux mille cinq cents visiteurs au sein du CLJbxl et touché plus de treize mille personnes par nos diverses manifestations organisées à l’extérieur comme « Lire dans les Parcs », le Salon du Livre de jeunesse de Namur et les journées d’étude ».

Françoise Vanesse


Centre de Littérature de Jeunesse de Bruxelles

(Ville de Bruxelles)

91, boulevard Emile Bockstael

1020 Bruxelles

Tél : 02. 428.74.48

Bibliothécaires : Yella Van Asbroeck et Julien Cirelli

Courriel : yella.vanasbroeck@brunette.brucity.be et

julien.cirelli@brunette.brucity.be

Programme culturel et éducatif : Cécile D’Hoir (02.279.37.87)

Courriel : cecile.dhoir@brunette.brucity.be

Direction : Luc Battieuw (02.279.37.84)

Courriel : luc.battieuw@brunette.brucity.be

Métro : Ligne 6 Roi Baudouin - station Pannenhuis

Site : www.cljbxl.be

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  • Surprise heureuse.

  • par Boyikasse Buafomo le 12 juin 2012 à 08h11.

  • Je suis un habitué des bibliothèques et je suis surpris de n’avoir jamais entendu parler de vous à Bruxelles et en Wallonie auprès des enseignants, des écoles et des parents. Mon travail de conteur branché sur la maîtrise du français oral et écrit, cause principale de l’échec scolaire, ne passe pas seulement par l’écoute et la lecture. Il exige un lieu permanent de découverte et de renouvellement. Ce lieu c’est la bibliothèque et son silence. La raison ? L’embranchement : il est possible dans ce contexte. La cause ? La connexion. Sans elle comme défi à relever et à révéler dans le même temps c’est l’impasse : apprendre à apprendre n’est pas possible.

    J’aimerai, si cela est possible bien sûr, dans le cadre de mon métier de conteur, d’éditeur de contes métis et ma profession de traducteur-interprète juré visiter votre bibliothèque et discuter avec ses responsables. Peut-être que des synergies ou des partenariats peuvent naître, pas seulement avec moi-même comme personnalité mais aussi les voies et moyens disponibles chez nous, sur Radio Campus et Radio Panic. Notre public est congolais, africain et francophone. Les parents sont souvent démunis, car le discours formaté de l’intégration tout azimut ne s’accompagne pas sur le plan technique d’un enjeu engageant : la langue en est une comme la lecture ou la réussite scolaire. Au plaisir. Boyikasse Buafomo