• La pierre du bâtisseur et Toussaint Louverture

  • 17 avril 2008, par Gérard Durieux

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  • Un monument de fiction, un captivant témoignage d’écriture à la mémoire de ceux qui ont lutté pour leur liberté et le respect de leur identité.

SMARTT BELL Madison, La Pierre du bâtisseur, Actes Sud, 2007

Ce fort volume est le troisième d’une fresque romanesque magistrale de presque 3000 pages sur l’histoire mouvementée de l’indépendance d’Haïti (1804). Le romancier américain aura donc mis dix ans à écrire cette œuvre colossale qu’il vient de couronner en livrant quasi simultanément une biographie de l’ancien esclave devenu chef de guerre : Toussaint Louverture , Actes Sud, 2007.

Le soulèvement des âmes (1996) décrivait la révolte en 1791 des esclaves de Saint-Domingue contre les planteurs français et espagnols. Le maître des carrefours (2004) racontait le ralliement de Toussaint aux autorités issues de la révolution française. La Pierre du bâtisseur évoque donc la fin de cette sanglante épopée (1789-1804).

Ce long récit passionnant brasse ainsi 13 ans de guerre, d’espoirs et de trahisons, d’amitié et de haine en relatant au plus près, archives à l’appui, les faits historiques, d’ailleurs repris dans une précieuse chronologie détaillée en fin de chaque volume. Mais la création littéraire donne surtout vie, consistance et relief à une multitude de personnages secondaires : hommes et femmes, planteurs, colons, militaires, esclaves ou politiques sont emportés par la tourmente, acteurs ou victimes d’une guerre d’extermination dans laquelle les différents camps rivalisèrent de cruauté.

Particulièrement fasciné par le personnage hors du commun de « Papa Toussaint », l’écrivain Smartt Bell livre dans ce troisième tome une approche toute intérieure de la figure complexe du « Napoléon noir » pourtant sans cesse en mouvement. C’est la vision du monde de son « bâtisseur », finalement emprisonné dans le fort jurassien de Joux, qu’il nous livre au fil du récit : ses illusions et incohérences, son « mysticisme » vaudou et chrétien, son sentiment d’avoir été trahi par un Bonaparte soucieux de restaurer son pouvoir sur ce pays de café et de coton...

De bout en bout de cette somme narrative, l’écriture demeure sobre, précise, alerte. Sans grossissement épique inutile. Usant judicieusement de la langue créole dont les sonorités savoureuses paraissent même adoucir l’atrocité de certaines pages. On reste par ailleurs confondu par le travail du traducteur et reconnaissant pour les lexiques, notes, index et documents originaux.

Tout cela fait de ce monument de fiction, un captivant témoignage de culture à la mémoire de ceux qui ont lutté pour leur liberté et le respect de leur identité. Une lecture « de chair et de sang » pour découvrir ou chérir davantage cette terre de contrastes, perle des Antilles,... jadis. Et demain ?

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