• La nouvelle traduction des confessions

  • 5 mai 2008, par Gérard Durieux

    Il y a 0 commentaires.

  • Une nouvelle traduction moderne et haletante qui donne des clés inédites pour pénétrer au cœur de ce texte abondant, philosophique et parfois difficile ...

AUGUSTIN (Saint), Les Aveux, P.O.L, 2007. Nouvelle traduction des Confessions, par Frédéric BOYER

L’œuvre connue sous le titre Les Confessions est un des grands classiques de la littérature mondiale. Elle a été traduite dans presque toutes les langues. Abondante, difficile dans ses passages les plus philosophiques (sur le temps et la mémoire par exemple), elle est souvent citée mais rarement lue dans son intégralité.

Cette nouvelle traduction offre en tout cas l’occasion de revenir à ce texte, « un des livres de chevet de l’Occident » (P.SELLIER). On trouvera d’utiles clés de lecture dans VANNIER A.M., Les confessions, Cerf, 2007. La substantielle préface de BOYER, quant à elle, situe finement le projet d’Augustin dans l’histoire de la pensée occidentale. Son originalité (la connexion entre l’écriture et le moi) et son héritage.

Commencés en 397, alors qu’Augustin a 43 ans, les 13 livres des Aveux décrivent un processus de transformation de soi. Ils vont de la petite enfance à la mort de sa mère Monique (387). Pour l’Augustin de la maturité, c’est d’abord un retour anxieux vers le passé en vue d’inaugurer une vie nouvelle. C’est surtout un vibrant éloge à la grâce de Dieu.

En effet, en nous conviant à revenir aux sources du moi et à explorer l’intériorité, Augustin a largement contribué à la formation de l’identité moderne. Il invente la condition du sujet nouveau. Mais s’il écrit : « Par amour de ton amour, j’ai écrit sur moi », c’est bien pour célébrer ce que la bonté de Dieu a fait de ce « moi » , convaincu qu’il est que l’homme ne peut trouver le Dieu qu’il cherche avant de s’être trouvé lui-même.

Avec des accents d’une beauté confondante, la créature responsable et infirme, incapable de se suffire à elle-même avoue son addiction à l’immensité d’un Dieu interlocuteur. Une certaine radicalité qui fascinera les siècles.

Le parti pris du traducteur, déjà maître d’œuvre de La Bible, nouvelle traduction, (Fayard, 2001), a été de moderniser la langue, de retrouver le souffle, le tempo par instants haletant de l’original latin. En véritable
« peseur de mots » (Larbaud), il s’est réapproprié ce monument jusqu’à devenir le véritable écrivain de sa traduction. Certes, la « belle infidèle » déroute nos oreilles habituées aux citations pieuses de la dévotion.

Mais la rugosité retrouvée des mots et l’abrupt de la phrase soulignent ce que ce texte a d’insolite, d’intolérant, d’exclusif et de violent. Cette langue neuve vibre toute de la passion qui animait l’orateur converti, le lutteur assoiffé de vérité qu’était devenu, et que reste à jamais, l’évêque d’Hippone : « Ne laisse pas ma part obscure me parler. Je me suis dispersé là-bas. Je suis obscur. Mais là, même là, je t’ai aimé à la folie, je me suis perdu, et je me suis souvenu de toi... Maintenant je reviens vers la source. En feu. Le souffle coupé. Personne pour m’en empêcher. Je vais la boire. Je vais en vivre. Je ne suis pas ma vie. Je vis mal de moi. J’ai été ma mort ».

__________

Laissez un commentaire

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.