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  • La douce mélodie des sept couleurs du vent

  • 16 janvier 2006, par Gérard Durieux

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  • Il faut se laisser emporter par la musique de ce long texte stylé et codé qui, commencé en forme de chronique au son d’un nymphaïon et de quelques appeaux, bascule dans l’épique et le fantastique au rythme des drames d’amour qui s’accumulent.

TIRTIAUX Bernard, Les sept couleurs du vent, Denoël, 1995 (folio 2916)

Le neveu d’Henri BAUCHAU est décidément un artiste complet et créatif. Homme de théâtre et maître verrier, il vient de nous donner un nouveau roman déjà salué : « Pitié pour le mal » (JC Lattès, 2006). Le cheminement initiatique d’un gamin pris dans un convoi de soldats allemands que la défaite chasse de notre pays. Longtemps après, il fait mémoire pour tenter de comprendre... Bref récit limpide, dépouillé, d’une grande humanité, ce conte bienfaisant sur la fraternité et le pardon poursuit heureusement l’oeuvre d’un véritable « passeur de lumière ».

L’occasion est donc belle d’aller relire un texte de ses débuts.

Tirtiaux nous y raconte, en poète abondant, l’histoire mouvementée d’un compagnon charpentier. Tout au long de trente années (1558-1588), il nous arrime aux rêves d’un Sylvain Chantournelle emporté avec les siens dans la tourmente de ces années de feu et de sang : « une vie de bourrasque qui l’a malmené de rêves en épreuves ».

Cette vaste fresque historico-poétique nous gave en effet de mille péripéties heureuses et douloureuses, de cent personnages typés et attachants : Lionel son frère de lait devenu prêtre,Gaucher l’artisan, Blaise le paysan, Mathilde la merveilleuse bien-aimée, Flora la passionnée, Clarance sa petite fille aveugle élève de Palestrina... et tant d’autres qui, au fil du temps, escortent son rêve de plus en plus fou : restaurer et promener de grandes orgues sur terre et sur les océans pour piéger le vent, avec l’espoir secret que leur musique apaise la folie meurtrière de son temps.

Il faut se laisser emporter par ce long texte stylé et codé qui, commencé en forme de chronique au son d’un nymphaïon et de quelques appeaux, bascule dans l’épique et le fantastique au rythme des drames d’amour qui s’accumulent. La douce musique du récit se gonfle ainsi de tous les maux pour s’épuiser dans le hurlement final des grandes orgues marines qu’activent les vents violents d’un ouragan ravageur de l’univers.

Sous l’anecdote historique, Tirtiaux réinvente la fable picaresque.

Sylvain, l’amoureux de musique, flanqué de son fidèle Giacomino, le râblé des Pouilles, est bien le double de Don Quichotte. Supports symboliques de cette quête poursuivie « jusqu’à la déchirure », ses orgues hallucinées portent des ailes de moulin et son chant muse à nouveau les vers de Cervantès (p.281).

« Rêver un impossible rêve », délivrer sa propre musique, son « chant de pacification » contre la barbarie des hommes. Notes ou mots : la même utopie salvatrice. Luc NORIN a pu parler avec justesse et bonheur de « l’éthique de TIRTIAUX ».

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