• La couleur de l’aube

  • 28 juillet 2010, par Gérard Durieux

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  • Une complainte vengeresse qui, grâce à la magie des mots et à la personnalité de cette auteure affirmée, échappe au désespoir et demeure en nous comme un hymne à la vie.

LAHENS Yannick, La couleur de l’aube, Sabine Wespieser, 2008.

Troisième auteur appartenant à la génération marquée par le duvaliérisme, Yannick Lahens est universitaire et nouvelliste, attentive au problème de l’illettrisme et à la question des femmes. Elle s’est également imposée par ses essais comme L’exil : entre l’ancrage et la fuite, l’écrivain haïtien (Deschamps, 1990). Elle est aujourd’hui considérée comme l’une des grandes figures féminines de la littérature haïtienne.

« Certains ne supportèrent jamais ce qu’ils avaient vu, d’autres ont passé ce qu’il leur restait de vie à essayer de comprendre ce qui leur avait coupé le souffle », avait-elle écrit dans un premier roman d’apprentissage (Dans la maison du père, Le serpent à plumes, 2000) où elle racontait l’histoire d’une jeune bourgeoise de Port-au-Prince s’ouvrant à la vie par la danse, dans les années quarante. Avec La Couleur de l’aube, (Prix Millepages et RFO 2009), une œuvre assurément plus mature, elle parvient à nous immerger sans merci au mitan du petit peuple des perdants. Pour tenter de comprendre.

Deux jeunes femmes, deux sœurs font mémoire et soliloquent : Joyeuse, la frivole dévorée de désir et Angélique, l’aînée tenaillée par la haine. Elles attendent dans l’anxiété leur jeune frère Fignolé, révolté désespéré, « métal pur », qui n’est pas rentré la veille d’une manifestation. Au fil d’une longue journée d’angoisse, les monologues intérieurs alternés de ces deux êtres si différents, esquissent l’histoire du frère et, en creux, le portrait de la mère, autour de laquelle tout le récit s’ordonne.

L’écriture dense, toute en contrastes, tisse poésie et parler populaire en une complainte vengeresse. Certes, la fine évocation des sentiments et les descriptions réalistes des violences dégradantes de voisinage et de l’asservissement politique, peuvent nous mettre au cœur un goût de désespoir. Mais ce beau texte de femme nous donne surtout de communier à la fière volonté de toutes celles qui choisissent de résister au chaos, avec les seules armes de leur farouche dignité. Subtilement, par la grâce et la magie des mots, ces pages demeurent en nous comme un hymne obstiné à la vie.

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