• La bibliothèque de l’Institut Don Bosco de Woluwe St Pierre : "La confiance en l’écrit "

  • 5 janvier 2013, par Françoise Vanesse

    Il y a 0 commentaires.

  • Pousser les portes de cette bibliothèque, c’est découvrir…

Une volonté

Les projets liés au développement d’une bibliothèque au cœur d’un enseignement technique et professionnel sont précieux, d’autant plus quand ils s’inscrivent dans une revalorisation de cet enseignement via la lecture et la culture. Tel est le cas de l’Institut Don Bosco de Woluwe St Pierre qui, depuis maintenant quatre ans, a décidé de consacrer de l’espace et du temps pour faire vivre et respirer un lieu réservé à l’écrit, aux livres et à la culture. Au cœur de ce projet, une volonté : celle du sous-directeur, Stéphane Allard, ardent défenseur du livre comme outil incontournable dans le processus d’apprentissage mais aussi fervent convaincu du rôle fondamental que la lecture et la culture peuvent jouer auprès des élèves dans l’édification d’une meilleure confiance en eux, en leurs capacités et en la vie… tout simplement !

Une philosophie

« Une bibliothèque dans une école technique est un lieu qui fait peur… ». Stéphane Allard, sous-directeur, ne mâche pas ses mots ! On imagine donc que le projet auquel il s’est attelé depuis maintenant quatre ans, et qui consiste à insuffler à l’ancienne bibliothèque de l’école une respiration nouvelle, n’est pas spécialement aisé ! Mais la difficulté ne semble pas effrayer ce philosophe de formation, dont les nombreuses années passées à enseigner les cours littéraires dans une école technique avant d’accepter sa nouvelle mission de sous-directeur, ont forgé un regard lucide mais aussi inquiétant sur la place réservée à l’écrit dans l’enseignement technique et professionnel.
«  J’ai toujours considéré avec beaucoup d’intérêt les matières techniques abordées dans ce type d’enseignement, nous confie-t-il. Mais autant je suis un défenseur de l’enseignement technique, autant je suis persuadé que cet enseignement ne doit jamais se faire au détriment de la culture en général et à fortiori de la culture via le livre. On oppose en effet trop souvent l’enseignement technique et l’enseignement général comme si la culture n’était réservée qu’aux étudiants engagés dans ce cursus. Et les discours émanant des politiques vont également bien souvent dans ce sens, même si de prime abord, ce n’est pas ce qui exprimé clairement... En effet, d’un côté il y a le discours : « il faut valoriser l’enseignement technique » et de l’autre il y a la réalité : on commence par l’enseignement général et on va dans le technique quand on a raté dans le général. La place de la culture dans l’enseignement technique procède un peu du même schéma. De façon presqu’analogue, la place accordée à la culture et à la lecture dans ce type d’enseignement est habituellement quelque peu négligée. Or, les blessés de l’écrit y sont légion, croyez-moi ! ».

Un combat

Quand Stéphane Allard prend sa charge de sous-directeur à l’Institut Don Bosco de Woluwe St Pierre, il existe une initiative liée à l’organisation d’une bibliothèque. Mais celle-ci est abritée dans un local très exigu… « D’emblée j’ai trouvé cette situation dommageable », explique-t-il, « car la place réservée aux livres était trop restreinte à mon goût. J’ai donc décidé de faire évoluer cette situation de manière positive et selon deux axes. Dans un premier temps, j’ai souhaité agrandir cet espace qui, au départ, était un simple local de cours. On a cassé les cloisons qui séparaient les quatre locaux avoisinant et nous en avons donné naissance à un local spacieux et lumineux et surtout, comme j’aime le souligner, un local tentant… Ensuite, j’ai souhaité apporter à cet endroit une plus value. En effet, l’école avait pris l’habitude de mettre les élèves en retenue dans la salle que l’on appelle d’études !!! Or, j’ai toujours trouvé un peu scandaleux que l’on donne à une salle de punitions le nom de salle d’études. Je me suis donc dis qu’il fallait créer dans l’école un lieu positif qui soit à la fois réservé aux livres pour les élèves, pour les professeurs, et aussi à l’étude mais prise, cette fois, dans le sens positif du terme… Ce local, c’est aujourd’hui notre bibliothèque : un des plus beaux de notre école ».

Une renaissance

Dans une école technique, consacrer de la place pour une bibliothèque, cela équivaut à dire que l’on aura moins d’espace pour les ateliers ! « C’est bien le contexte, poursuit le sous-directeur, et j’ai dû me battre pour convaincre mes collègues de consacrer de la place pour une bibliothèque. Il y a eu des résistances mais celles-ci me semblent heureusement avoir largement reculé ».
Aujourd’hui, lorsqu’on pénètre dans cette bibliothèque, c’est un bel espace aéré et spacieux de cent septante m2 qui défile devant nous. D’emblée, on est frappé par l’attention toute particulière qui est consacrée à l’architecture du lieu, à la qualité de ses composants et à la volonté de refléter une image positive de la lecture. Le mobilier est entièrement neuf, le sol a été refait intégralement, les plafonds sont constitués de dalles acoustiques anti-réverbération. De ce bel espace se dégage une importante impression de lumière, de respiration mais aussi de dialogue. Celui de la lumière naturelle qui joue tout en douceur avec l’artificielle grâce au placement d’un éclairage de type « LED » ; celui des tables aux formes tantôt rondes, tantôt rectangulaires comme pour scander l’espace ; celui des armoires fermées qui côtoient des étagères classiques. Tout semble pensé en fonction d’un rythme et d’une respiration.

Des projets

  • Amélioration des collections
    Manifestement, il semble que la priorité ait été placée sur le local. « C’était en effet l’élément premier. Maintenant, il me reste d’autres projets à mener à bien ». Il semble en effet primordial de centrer maintenant l’énergie sur la constitution de collections, car celles-ci sont à l’heure actuelle encore majoritairement composées du fonds de l’ancienne bibliothèque : romans pour la jeunesse, contes et bandes dessinées. « Nous devons en effet continuer à faire des acquisitions en littérature bien évidemment, mais aussi, en livres techniques, poursuit le sous- directeur. En effet, cette bibliothèque est l’occasion de réconcilier le livresque avec la formation technique. Internet est aujourd’hui une source d’information importante mais il est clair que l’on ne peut pas se passer du papier. Nos prochaines acquisitions iront dans ce sens. Ma priorité ira aux ouvrages abordant l’imprimerie parce que ceux-ci sont nombreux et parce que c’est la section de pratique professionnelle la moins fâchée avec le livre…  »
  • Gestion professionnelle
    Un deuxième souhait serait d’obtenir une gestion professionnelle de cette bibliothèque qui fonctionne à l’heure actuelle uniquement grâce au bénévolat du personnel. Il faudrait pouvoir engager quelqu’un qui s’occupe à plein temps de cet projet en plein essor et si prometteur, un documentaliste qui assiste de manière professionnelle les élèves dans leurs recherches, initie à la recherche via les nouvelles technologies, fasse le lien entre la bibliothèque et les enseignants, organise des animations, gère un logiciel efficace… Et Stéphane Allard d’enchaîner… « La législation actuelle qui permet à certains établissements scolaires de disposer d’un éducateur ou d’un bibliothécaire pour s’occuper d’une bibliothèque est scandaleuse ! En effet, un éducateur n’est pas forcément formé pour faire le travail d’un bibliothécaire et, de plus, si on opte pour un bibliothécaire à la place d’un éducateur, on se prive d’une personne ressource sur le terrain ce qui est bien nécessaire quand on a un public difficile. Malgré tous ces écueils, j’aimerais qu’on puisse un jour envisager d’engager un bibliothécaire à temps plein, un « porteur de culture », quelqu’un qui se bat contre ce que l’on entend trop souvent : Pourquoi une bibliothèque puisqu’ici, aucun élève ne lit !!! »
  • Une réconciliation
    Et en effet, plus on parle avec Stéphane Allard, plus on comprend que le projet de la bibliothèque est de taille et se voudrait comme un des maillons d’une vaste chaîne de réconciliation des jeunes avec l’écrit. « Et je suis conscient que c’est un projet de longue haleine, poursuit-il. « La bibliothèque est en effet un outil agréable pour qui en a les clés …Pour se sentir à l’aise dans une bibliothèque, il faut être capable de lire sans difficultés, il faut déjà avoir une certaine culture livresque et, surtout, il ne faut pas avoir été humilié par quelqu’un qui la possédait. Les blessés de l’écrit sont légion dans l’enseignement technique et professionnel. On ne s’imagine pas à quel point un bon professeur de français du général, qui a une bonne langue et une bonne culture…, peut démolir des jeunes dont le français n’est pas la langue d’origine, dont la culture est autre voire limitée. C’est très simple de les casser. Par contre, pour leur rendre confiance, bonne chance ! Dans ce contexte, la bibliothèque dans une école technique est un lieu qui fait peur, et pas seulement aux élèves. Je pense que certains enseignants, excellents par ailleurs dans leur domaine ou leur profession, ont eu aussi parfois un contact difficile avec le livre. J’espère qu’un premier pas vers cette réconciliation sera possible grâce à cette bibliothèque. Pour cela, j’ai confiance dans différentes personnes au sein de mon établissement qui vont pouvoir attirer des jeunes à la lecture par leur culture, leur ancrage par exemple dans l’informatique, leur esprit d’écoute et leur disponibilité. Il faut aussi quelqu’un qui tisse de bonnes relations avec les professeurs de cours techniques. Petit à petit, il va falloir que de plus en plus de professeurs questionnent la bibliothèque, que d’avantage d’élèves se tournent vers les livres documentaires mais aussi la littérature qui permet cet accès fondamental à l’imaginaire. Ce dernier élément est essentiel, aussi, pour des élèves qui optent pour un apprentissage technique. Je suis confiant car j’ai déjà des enseignants qui y travaillent ».

_________________

Institut Don Bosco
Avenue du Val d’Or 90 D
1150 Woluwe Saint-Pierre
direction@idbbxl.com
Tél.:02.771.01.02 Fax : 02.771.50.77

Laissez un commentaire

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.