• L’arbre sous toutes ses boutures…

  • 8 juillet 2013, par Françoise Vanesse, Sylvie Hendrickx

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  • L’arbre sous toutes ses boutures…avec cette sélection de livres variés et contrastés à l’image des quatre saisons.

OLIVIER DOUZOU, JOSE PARRONDO, Forêt-wood, Rouergue, 2013

Les maisons d’édition, c’est un peu comme une grande forêt où croissent, par-ci, par-là, ces êtres de papier que nous affectionnons tant ! Quoi de plus évident donc qu’un éditeur, aussi bien charpenté que les éditions du Rouergue, choisisse ce thème de l’arbre pour donner le jour à un livre innovant et audacieux afin de célébrer ses vingt ans d’existence ! Mais pas n’importe quelle espèce de livre ! Un arboretum extrêmement extravagant et rigolo qui recense plus d’une centaine d’arbres issus de l’imagination de deux architectes paysagers bien connus dans la grande forêt de la littérature de jeunesse : Olivier Douzou, fondateur des éditions et l’illustrateur liégeois, José Parrondo.
Et en effet, de l’orée à la lisière en passant par la clairière, des arbres, en voici en voilà, tous plus farfelus les uns que les autres ! Le tronc commun de cette étrange pépinière ? Non seulement sa dimension imaginaire mais aussi sa dénomination latine, savamment annotée au bas de chaque illustration et que les auteurs, tels des encyclopédistes fous, déclinent mais aussi estropient à toutes les sauces ! Ainsi, voici le simplus arbre commun qui étrangement n’arbore qu’une seule branche et une seule feuille ; le cedrus occulta, l’arbre timide dont la ramure se cache derrière le tronc ou le banettus baguettus, le pin pain dont tronc et branches, vous l’avez compris, ressemblent à des baguettes croquantes… Que dire encore de l’arbor lemona, cet arbre à six troncs et de l’arbor armor, un arbre menhir ? Vraiment, à chaque page qui se tourne, c’est l’étonnement, le délire. Si certaines inventions nous charment car leur évidence nous saute aux yeux et aux oreilles, d’autres, parfois, nous paraissent plus caduques et il faut un peu chercher son chemin pour comprendre où les deux complices ont souhaité nous emmener… Mais telle est bien la force de cette « Forêt wood » : éveiller le questionnement, titiller notre curiosité que ce soit au niveau graphique, langagier, naturaliste ou poétique ! Cet album qui illustre à merveille l’extrême inventivité des éditions du Rouergue est à proposer tant aux plus jeunes qu’aux adultes. Chacun trouvera en effet son bonheur dans cet étonnant bouquet ! Et que dire des animateurs d’ateliers qui, sans aucun doute, découvriront dans cette forêt foisonnante une manne d’idées… à faire germer.
F.V.

ALAIN SERRES, ZAU, Le Ginkgo. Le plus vieil arbre du monde, Rue du Monde, 2011

Connaissez-vous le Ginkgo Biloba ? Cet arbre, le plus vieux du monde, s’est répandu au cours des siècles sur toute la surface de la terre. A l’automne, ses feuilles dorées resplendissantes comme mille écus illuminent les paysages et lui confèrent une aura plus surprenante encore. Mais soupçonne-t-on le destin extraordinaire de cet arbre prodige ? La maison d’édition Rue du Monde qui a choisi d’honorer cette force de la nature à l’égale d’une personnalité dans sa collection « Grands portraits », nous invite à découvrir à travers cet album son histoire fabuleuse. En effet, ce majestueux ambassadeur d’une nature qui nous dépasse et nous émerveille, issu d’une espèce millénaire antérieure aux dinosaures et qui leur survécu, a bravé au fil des époques tous les cataclysmes. Symbole de sagesse et de ténacité, il peut vivre 3000 ans ou refleurir après Hiroshima au cœur de notre pollution moderne. Alain Serres nous livre cette épopée comme il narrerait le plus captivant des contes. Sa prose poétique simple et légère nous fait goûter aux légendes qui entourent cet arbre chanté de tout temps par la beauté des haïkus et le pinceau des artistes. Son récit nous embarque également sur le navire des hommes qui ont ramené de leurs explorations ce trésor de la nature et l’ont cultivé pour qu’il abrite aujourd’hui les jeux des enfants du monde entier. Les aquarelles de Zaü et son trait singulier, tantôt précis comme une planche de botanique, tantôt flou, léger, évocateur, emplissent les pages de cet album de somptueuses couleurs chaudes et profondes. Il nous laisse entrevoir la dimension sacrée derrière les vertes ramures de l’arbre ancêtre et nous livre l’essence des paysages flamboyants d’Asie où le Ginkgo demeure éternel et grand seigneur.
S.H.

PATRICK FISCHMANN, MARTINE BOURRE, Les Deux Vieux et l’Arbre de vie, Didier jeunesse, 2013

Dans une cabane au cœur de la forêt, deux petits vieux vivent en harmonie avec la nature. Le temps s’écoule paisible dans cet univers qui respire la douceur de vivre, offrant du bois pour le feu et des fruits sauvages pour les confitures gourmandes. Mais un jour, Pépé aperçoit une minuscule graine sous la table et Mémé arrête de balayer pour ne pas la chasser. Petit à petit, un arbre grandit au centre du foyer mais aussi dans le cœur des deux vieux, les poussant à changer leurs vieilles habitudes et à lui faire de plus en plus de place. « L’important c’est que l’arbre pousse » répètent-ils comme une ritournelle à chaque étape de son développement. Lorsque l’arbre atteint le toit, Pépé lui fait un trou pour qu’il continue sa course vers le ciel. Sur les branches de leur « fils de bois », les deux vieux vont grimper jusqu’au firmament d’étoiles où ils découvriront une cabane de lumière.
Au cœur de ce récit, deux talents reconnus. A l’écriture, Patrick Fischmann, conteur dans l’âme, passionné de musicalité et habité par la sagesse des traditions et histoires premières. Celui-ci nous livre à travers cet album une fable aux interprétations ouvertes et multiples sur le temps qui passe et l’essentiel de la vie. Cet arbre qui envahit l’espace et le monde des deux vieux peut-être une allégorie de la vieillesse, de la mort qui les élèvent et les enlèvent finalement vers le ciel. Mais il peut aussi être ce symbole de vie puissant et volontaire dont ils observent la croissance avec émerveillement et qui les poussent à évoluer et à s’ouvrir à d’autres réalités. A moins que ce récit énigmatique ne nous montre rien moins qu’un arbre magique qui mène au monde de l’enchantement, comme une invitation à prolonger ces pages par une infinité d’histoires… Enfin, l’illustratrice, Martine Bourre donne vie, par la technique du collage et les jeux de matières qu’elle affectionne, à deux personnages en papier kraft tout en tendresse et complicité, mais aussi à un espiègle chat blanc, observateur discret de leur aventure, caché à chaque page. Un univers épuré aux détails plein de malice pour un conte serti de lumière.
S.H.

ALAIN CORBIN, La douceur de l’ombre. L’arbre, source d’émotions, de l’Antiquité à nos jours, Fayard, 2013

Envie de prendre de la hauteur et d’abandonner, tel le baron perché d’Italo Calvino, votre séjour terrestre afin de pouvoir opérer une relecture du monde ? Qui n’a pas, un jour dans sa vie, ressentit ce besoin de surplomber le terre à terre ? Et quoi de mieux, pour abriter votre projet poétique, que les branches accueillantes d’un hêtre centenaire ? Ce besoin de voir l’arbre en tant qu’être à part entière, de s’y réfugier, de dialoguer avec lui, d’entrer en communion, voire en amour, d’écouter sa mémoire et de cueillir ses sentiments a toujours fait partie du parcours des hommes. Ceux-ci, tels des lilliputiens, intimidés et charmés par la force verticale de cet alter égo de bois et de veines, arborant l’incommensurable et diffusant des parfums d’éternité, ont depuis les temps les plus lointains été inspirés par sa dimension sensible et poétique. Ce livre nous invite à nous balader au cœur de cette forêt de témoignages : de Horace à Virgile, en passant par Ronsard et la Fontaine, Rousseau, Goethe, Novalis, Chateaubriand, Hugo, Proust mais aussi des peintres ou des sculpteurs. Tous ces artistes et écrivains ont écouté le message mystérieux de l’arbre. C’est ce parterre d’émotions parsemées au cœur d’écrits et d’œuvres qu’un chercheur a interrogé. Et pour ne pas se fourvoyer en chemin, il fallait à cette exploration un guide à la hauteur, un spécialiste de l’histoire du sensible : Alain Corbin. Celui-ci, dans cette enquête fouillée, dépeint, interroge et démontre les différentes facettes de cette passion pour l’arbre souverain. L’intérêt de cette plongée est double. Premièrement car les différents chapitres balaient un vaste panorama de questionnements : du plus pointu comme par exemple les émotions liées à la sacralité de l’arbre ; au plus concret : l’arbre interlocuteur, confident ou un répertoire des pratiques. Deuxièmement car l’auteur ne s’est pas limité aux témoignages classiques mais relaie également l’expérience de contemporains qui placent l’arbre au centre de leur démarche artistique. La douceur de l’ombre : un livre qui, telle la sève, nourrit avec force et vigueur, le rapport poétique que beaucoup d’entre nous entretiennent avec cet être si emblématique.
F.V.

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