• L’Ecole des loisirs : 50 ans de création

  • 30 mars 2016, par Sylvie Hendrickx

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  • Un demi-siècle, déjà, que l’Ecole des loisirs allie exigence et indépendance pour proposer aux enfants des livres audacieux et atypiques. Une littérature de création et un catalogue foisonnant qui ont marqué l’histoire contemporaine du livre jeunesse et ne cessent de surprendre, d’interpeller, de faire grandir… Pour célébrer cet anniversaire, un public de professionnels, dont de nombreux bibliothécaires, se sont rassemblés le 25 janvier dernier au Théâtre de la Montagne Magique à Bruxelles en présence de Louis Delas, directeur de l’Ecole des loisirs, entouré de quatre auteurs-illustrateurs : Adrien Albert, Stéphanie Blake, Claude Ponti et Catharina Valckx. L’occasion de partager, sous la houlette de journalistes spécialisés et dans une ambiance très conviviale, leur travail et leur relation avec cette maison, laissant entrevoir au passage quelques clés d’une longévité exceptionnelle.
    Petit compte rendu sous forme d’abécédaire…

A comme Anniversaire

Fondée en 1965 par Jean Fabre, Jean Delas et Arthur Hubschmid, l’Ecole des loisirs a mis les petits plats dans les grands pour célébrer son jubilé, un âge honorable que peu de maisons d’édition spécialisées peuvent se targuer d’atteindre. Expositions, rencontres d’auteurs, animations dans les salons du livre… un agenda chargé relayé par un site internet entièrement dédié à l’événement 50ans.ecoledesloisirs.fr

M comme Mobilisation

En Fédération Wallonie-Bruxelles, l’événement a suscité une importante mobilisation de la part des trois centres de littérature de jeunesse qui se sont unis dans l’organisation d’un cycle de trois rencontres. Après deux journées consacrées respectivement aux albums jeunesse au CLJ de la Ville de Liège (ATI asbl) et à la production de romans au CLJ de La Louvière (André Canonne), c’était au tour du CLJ de Bruxelles d’accueillir pour cette journée de clôture autour du thème « 50 ans que les enfants ont le dernier mot ». Les bibliothécaires ont répondu en nombre à ces invitations. Louis Delas, directeur de l’Ecole des loisirs, souligne d’ailleurs combien cet anniversaire leur a permis de mesurer la chaleur et l’enthousiasme de leurs partenaires dont il salue le travail et le soutien : « Editer les meilleurs livres du monde ne sert à rien s’ils ne sont pas mis entre les mains des enfants. Notre succès comme nos perspectives d’avenir reposent pour cela essentiellement sur nos partenaires privilégiés et naturels que sont les bibliothécaires, enseignants, éducateurs, journalistes et libraires. »

I comme Impertinence

Une journée de clôture placée sous le thème réjouissant de l’impertinence. Quoi de plus naturel pour une maison qui donne le dernier mot aux enfants… et non aux parents, comme le souligne Louis Delas : « Depuis toujours, c’est avant tout aux enfants que nous nous adressons. Et pas seulement aux enfants sages ! Nos livres auront toujours cette vocation : construire des êtres qui savent dire « non », qui ont le pouvoir d’imaginer, et qui s’affirment comme des personnes à part entière. » Dans cet esprit, le directeur rappelle une longue tradition d’auteurs impertinents dont Tomi Ungerer et Maurice Sendak, véritables piliers fondateurs.

P comme Plaisir

« Ecole des loisirs », un oxymore pour définir une démarche d’acquisition de la culture dans le plaisir. Cette philosophie éditoriale s’ancre dans l’histoire même de la maison d’édition puisque celle-ci est née dans le sillage des éditions de L’Ecole dirigée par Raymond Fabry et consacrée à la publication de manuels scolaires. Son successeur et gendre Jean Fabre, convaincu que « les manuels scolaires […] ne donneront jamais qu’un amour platonique de la lecture »(1), s’oriente vers la publication d’albums, soutenu dans cette démarche par son neveu Jean Delas et par Arthur Hubschmid, artisan imprimeur suisse. Cette conviction partagée voit naître les éditions de l’Ecole des loisirs dont L’Enfant-papillon, illustration d’André François, devient l’emblème : « Un écolier solidement campé sur une base livresque mais la tête dans ses rêves et l’imagination prête à l’envol. »(1)

F comme Famille

On l’aura compris, l’histoire de l’Ecole des loisirs s’inscrit avant tout comme un parcours familial avec un renouvellement des générations permettant à l’entreprise de faire face aux inévitables métamorphoses du monde de l’édition. Un esprit de famille qui se voit volontiers élargi à l’ensemble des auteurs et qui, dès le début, s’est étendu à la Belgique. Une exposition est ainsi consacrée au travail de la marraine de cette journée, la bruxelloise Marie Wabbes, pionnière de la maison, entrée au catalogue dès 1965 et à qui l’on doit près de deux-cents albums. Une familiarité franco-belge consacrée par la création à Bruxelles, en 1988, du bureau éditorial autonome Pastel. L’occasion pour Louis Delas de saluer le travail engagé de Maurice Lomré, représentant belge de l’Ecole des loisirs.

I comme Indépendance

Une maison familiale qui s’avère farouchement attachée à son indépendance, ce prérequis indispensable à l’extrême qualité et au respect sans concession du lecteur comme des auteurs. «  Notre liberté, défend Louis Delas, est essentielle pour pouvoir prendre le temps d’accompagner correctement et durablement les auteurs mais également les médiateurs et prescripteurs. »

A comme Accompagnement

Les auteurs invités témoignent de l’importance du dialogue nourrissant avec l’éditeur. Marie Wabbes l’évoque dès son discours d’ouverture : « Travailler pour une maison d’édition à la recherche de l’extrême qualité m’a stimulée, m’a poussée à aller plus loin. » En dialogue avec la journaliste Maggy Rayet, Catharina Valckx, illustratrice et auteure d’albums comme de romans jeunesse, souligne, quant à elle, l’importance de l’accompagnement du livre : « En plus de donner de bons conseils dans un grand respect de l’auteur, l’Ecole des loisirs réalise un travail exceptionnel dans la valorisation et la diffusion de l’album. C’est également, chose assez rare, une maison qui cultive son fonds. »

F comme Formation

S’ils se démarquent par un pouvoir d’imagination hors du commun, les livres des auteurs présents se révèlent aussi le fruit d’un parcours nourri par une solide formation. Catharina Valckx évoque son parcours au sein de deux écoles des Beaux-arts, l’une en France et l’autre aux Pays-Bas : « Mon métier d’artiste peintre oriente mon approche de l’illustration. Je travaille longuement les images en me focalisant sur des éléments très basiques comme la couleur, la composition… » En dialogue avec Anne Quevy, Adrien Albert, auteur-illustrateur à la ligne claire, évoque lui aussi son passage par l’école d’arts d’Angers et son expérience dans le dessin de presse : « Dans mes albums, tout est réfléchi : l’enchaînement des images, les cadrages… Je me considère avant tout comme un constructeur d’images. » Les auteurs-illustrateurs, Claude Ponti et Stéphanie Blake, se définissent pour leur part comme des « autodidactes forcenés ». Le premier confie ainsi à la journaliste Lucie Cauwe : «  Quand j’ai écrit mon premier album à 37 ans, j’avais vu quantité de films, pièces de théâtre, expositions de peinture… autant dire que la question des références culturelles chez moi est insondable. »

R comme Recherche

Un important travail qui passe aussi par une attitude de recherche permanente. Adrien Albert le souligne : « J’aime découvrir, puiser dans le foisonnement de la littérature jeunesse. C’est en lisant Les enfants Tanner de Robert Walser que je me suis lancé dans mon quatrième album Simon sur les rails. » En dialogue avec la journaliste Laurence Bertels, Stéphanie Blake évoque, quant à elle, la longue recherche graphique qui a précédé la naissance de son personnage fétiche, Simon, petit lapin, héros de Caca boudin. « Ce fut mon premier succès après dix livres qui n’avaient pas bien marché. »

Q comme Questionnement

Fragilité, questionnement… les entretiens laissent apparaître des artistes sensibles et prompts à se remettre en question malgré la notoriété. Pour Catharina Valckx, le contact des enfants est primordial pour évoluer avec justesse dans ce métier. « Quand arrive le moment où notre enfant n’a plus l’âge de lire nos albums, on se demande si on pourra continuer sans être baigné dans l’univers de l’enfance. Pour moi, il a été déterminant de rencontrer des classes. » Une conviction que partage Stéphanie Blake : « C’est en allant dans les écoles que j’ai réalisé à quel point Simon, le petit lapin créé pour Caca boudin, était parvenu à toucher son public. C’est en raison de ce lien magique avec les enfants que j’ai décidé de garder ce personnage. »

M comme Message

Lorsqu’ils évoquent le message au sein de leurs albums, les auteurs mettent en avant une démarche où la dimension de plaisir est prépondérante. Stéphanie Blake le résume bien : « J’invente avant tout des histoires et m’adresse aux enfants sans but de servir un message prédéfini. Je cherche surtout à faire rire et à dédramatiser le quotidien. » Claude Ponti souligne, quant à lui, l’importance de la liberté dans la lecture : « Beaucoup ont cherché des clés de lecture à donner aux parents pour comprendre mes livres. Pourtant, je bataille tout le temps pour qu’il n’y ait pas de clé, pour que l’enfant soit respecté dans sa lecture et son émotion. Les clés ouvrent des portes mais cadenassent trop souvent. »

L comme Langage

Lorsqu’on lui demande de définir son métier d’éditeur jeunesse, Louis Delas répond « c’est essayer de trouver le moyen d’aider l’enfant à se construire en rendant notamment l’acquisition de la langue la plus plaisante possible. » Une préoccupation que l’on retrouve dans le travail de Claude Ponti qui insiste sur le rapport particulier de l’enfant au langage. « La question du monde irréel ou du langage fantaisiste constitue une vraie difficulté pour l’adulte mais pas du tout pour l’enfant, explique-t-il. Celui-ci se voit confronté en permanence à la variabilité du monde parce que les adultes décident pour lui et qu’il ne comprend pas toujours ce qui se passe. Quant au langage qu’il est en train d’apprendre, un mot simple ou compliqué, qui a un sens ou qui n’en a pas, lui demande le même travail d’assimilation et lui procure un même plaisir ! »

C comme Conviction

La journée s’achève et le mot de la fin revient à Louis Delas : « Notre engagement, à la fois simple et compliqué, consiste à faire aussi bien pour les cinquante prochaines années. Toujours anticiper, tout en restant fidèle aux valeurs fondatrices. Voilà ce qu’on va s’employer à faire avec créativité, audace et initiative pour donner aux plus grands nombres d’enfants les meilleurs livres possibles. » De belles perspectives donc pour l’avenir de cette maison d’édition qui, depuis ses débuts, n’a cessé d’affirmer en paroles et en actes ses convictions.


(1) MOISSARD BORIS et DUMAS Philippe, On ne s’en fait pas à Paris. Un demi-siècle d’édition à l’école des loisirs, Ecole des loisirs, 2015

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