• Harragas, les brûleurs de frontières

  • 20 février 2012, par Gérard Durieux

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  • Un carnet de voyage d’exception qui nous emmène, en art et en poésie, au cœur d’une des tragédies majeures de notre époque.

BEN ABDA Saloua, Harragas, les brûleurs de frontières, Encre d’Orient, 2011

Sous la forme modeste d’un carnet de voyage, ce texte d’auteurs tunisiens célèbre une des tragédies majeures de notre époque : le rêve fou de liberté ou de réussite partagé par des milliers de jeunes « brûleurs de papiers et de frontières », leur odyssée chimérique de clandestins et leurs espérances trompées.

Le narrateur évoque ses racines, confie son histoire et ses impasses, ses espoirs et ses songes prémonitoires. La terre tutélaire tente de le dissuader et la mer indomptable s’offusque,… en vain. Le récit glisse vers sa fin en une trentaine de brefs chapitres qui scandent l’inexorable exil avec une sensibilité extrême.

Ce texte, qui est aussi de culture et d’histoire, réussit le tour de force de lester chaque page d’une émotion retenue et d’une authentique poésie. Comme un conte venu d’ailleurs, il confère une dimension mythique à une aventure humaine devenue outrageusement banale de nos jours, à force d’actualité. Les remarquables illustrations de l’artiste plasticien Wissem El-Abed qui naviguent entre violence et imaginaire apportent une dimension poétique au récit et permettent heureusement le recul nécessaire.

En exergue, comme un espoir d’avenir nouveau, l’auteur confie ces mots, en mars 2011 : « Au moment où nous imprimons, l’histoire qui se déroule sous nos yeux lui donne une tonalité plus grave encore, à cause des exodes que vivent certains pays du Maghreb. Mais l’histoire, avec ce « printemps arabe », c’est aussi un renouveau porteur de tant d’espoirs ».

Déjà, l’ultime songe du narrateur l’avait enjoint de faire passer un avertissement aux citoyens du monde : « Telles sont les limites à ne pas transgresser ». Limites de violence folle, au Nord comme au Sud. On ne peut que souhaiter que le message soit entendu. Mais qui éteindra jamais au cœur de l’homme, le long désir venu du fond des âges, de voler encore, de voler toujours vers d’autres horizons ?
C’est un album très précieux de justesse et de délicatesse que cet hommage conjoint des traits, des couleurs et des mots, sobres jusqu’à l’épure, pour tant de vies sacrifiées.

Gérard Durieux

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