SYLVIE SERPRIX, Le rendez-vous de Valentin, Grasset Jeunesse, 2013

L’amour nous fait prendre de la hauteur… En résonnance avec ce thème si porteur, laissons-nous donc pousser des ailes et accompagnons, dans son envolée virevoltante, cet oiseau mignon et badin, Valentin ! Il nous convie, tout en finesse et en gaieté, à une balade parisienne bien originale et insolite. Ainsi, muni de ses sympathiques lunettes qui lui confèrent le regard coquin, ce roitelet des amours nous invite à partir à la rencontre d’un bouquet de rendez-vous amoureux. Partout où l’amour fleurit, Valentin est là ! Car l’amour s’infiltre ci et là et peut surgir d’on ne sait où ! L’amour, c’est magique ! Il embrase aussi bien les animaux que les humains, les êtres animés et inanimés, les petits, les plus âgés : partout où il passe, il fait des ravages, donne des ailes de papillons ou des chatouillis dans la tête, il est éphémère ou dure toute la vie : comme ce très vieux couple, joueurs d’échecs, si touchants de justesse et de tendresse.
Le propos paraît simple mais cet album relève le défi d’évoquer, sans mièvrerie, un sujet déjà abondamment traité. Si l’originalité du scénario contribue certainement à cette sensation, les illustrations apportent également une touche romantique tout en résonnance avec le sujet. En effet, les peintures de Sylvie Serprix et leur chromatisme onirique évoquant des univers présents dans les œuvres de Chagall ou Raoul Dufy, cadrent parfaitement avec l’ambiance. D’autre part, les vues graphiques que l’illustratrice nous offre de certains quartiers emblématiques de la ville lumière, parcs, métro, ponts, quais et bords de Seine, apportent indéniablement un charme supplémentaire à cette balade. Voici donc un album frais et tendre, positif et coloré : à l’image de l’amour !
F.V.

GERALDINE COLLET, JESSICA LISSE, Okimdam, Editions Thierry Magnier, 2012

Un curieux échassier, dont l’allure indéfinissable déconcerterait plus d’un ornithologue, nous invite de son regard penaud à pénétrer au cœur de cet album. D’emblée, on est interpellé par ses longues pattes curieusement emberlificotées, à l’image sans aucun doute de la situation inextricable dans laquelle il se trouve… Car en effet, notre fameux coco, empli de différences et d’originalité, est à la recherche d’une place pour se caser ! Or, dans la société formative dans laquelle il souhaiterait s’intégrer et où sont entassés d’autres animaux résidents, de bien sombres gardiens robotisés lui font la vie dure. Et voici, au fil des pages, notre bel oiseau transbahuté, déménagé d’une case à une autre car jamais il ne correspond aux critères fixés par le règlement ! Vous l’aurez compris, Okimdam ne ressemble à personne et, dans cet univers étrange, zoo, refuge, camp, centre d’accueil, selon les sensibilités…, il n’y a pas de case pour de tels énergumènes ! Heureusement, l’inertie du règlement ne triomphera pas car c’est par une folle évasion de tous les pensionnaires que se termine ce parcours ; tous brandissant le slogan « Indépendance et liberté valent mieux que cases ordonnées… ». La lecture de cet album, très intelligent et bien construit, aux illustrations atypiques elles-aussi, se fait à plusieurs degrés. Les tout-petits seront conquis par le parcours rocambolesque de ce drôle d’oiseau qui leur rappellera avec humour l’importance d’oser sa différence. En tant qu’adulte, on ne peut refermer ce livre sans inévitablement penser à nos sociétés actuelles, à l’ère de la catégorisation et de l’uniformisation à outrance, de l’exclusion, ou pire aux régimes totalitaires. Un livre poétiquement engagé.
F.V.

JEAN-DANIEL LAINE, REGIS LEJONC, L’oiseau et la bille, Editions l’Edune, 2006

Ce récit se déroule à l’ombre de la vie. D’un côté, il y a ce jeune enfant malade dont le cerveau est habité par un étrange locataire : une bille, tumeur inopérable, qui noircit et délave tout sur son passage. De l’autre, il y a cet oiseau qui, à deux pas du petit garçon alité dans son jardin, picore sans se douter qu’un chat le guette, près à lui bondir dessus ! Un seul geste de la part du petit malade suffirait à lui sauver la vie…
Cette touchante évocation démarre un récit bicéphale poignant, fait d’un va et vient entre la scène de l’oiseau menacé et le quotidien de l’enfant malade. Rapidement, l’analogie opère et l’on comprend que ces deux scénarios, mis en parallèle, évoquent tout simplement la lutte pour la vie. Celle-ci triomphera car l’enfant, quoique très affaibli, reste confiant en la vie. Rassemblant le peu de forces qui lui restent, il se lève et sauve l’oiseau qui s’envole loin de son prédateur…
Traiter un tel thème pourrait donner naissance à un livre grave et imbuvable. Mais fort heureusement ici, le lecteur est invité à pénétrer tout en douceur au cœur de la tourmente grâce à de nombreuses astuces : l’anonymat du petit garçon et la construction du récit avec ses nombreux va et vient qui offre une structure habitée par de nombreuses aérations. Enfin, les illustrations qui jonglent avec une alternance de couleurs délavées, entre la vie et la mort, et un graphisme très épuré font de ce livre un album très atypique des éditions l’Edune. F.V.

EMILE JADOUL, Sur ma tête, Pastel, 2010

En ce début d’une nouvelle année poétique, je suis tombé sous le charme doux de ce petit livre d’Emile Jadoul dont la plume traverse les saisons et… les forêts de livres. Cet auteur belge vit d’ailleurs dans une petite maison en plein milieu des bois d’où sortent au printemps des lapins, des renards - et même parfois des ours ! - qui lui inspirent ses plus tendres amis imaginaires.
Ainsi Sur ma tête raconte l’étonnante aventure de Gaston, un petit garçon à la bouille craquante, qui s’est réveillé un matin avec un jeune moineau jaune perché, sans rien dire, au sommet de son crâne tel un crocus posé sur un duvet printanier.
Gaston a beau sauter, courir dans la cour de récré avec ses copains, se laver ou même plonger dans la piscine …, l’oiseau Gaspard est toujours là !
Les jours se sont écoulés et Gaston a fini par s’habituer à cet étrange ami qui le suit partout mais que personne à part lui ne semble apercevoir. Je me demande quand même comment il est arrivé là et pourquoi ne semble-t-il pas vouloir me quitter ? s’interroge Gaston. Et vous, comment l’expliqueriez-vous ?
La saveur des mots rares à l’humour léger et poétique est ajustée au dessin sobre dont la plume esquissée est rehaussée très ponctuellement de couleurs. Ce livre de rien du tout, comme « une cervelle de moineau », se joue allégrement de la citation pour les enfants intelligents dès trois ans.
La tournure cocasse et efficace réserve même dans les dernières pages une jolie espièglerie comme … ce printemps surprenant !
V.D.

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Il y a 1 commentaire.

  • Envolées…

  • par Géraldine Collet le 12 mars 2014 à 11h25.

  • Bonjour,

    Un grand merci à vous pour votre critique d’Okimdam... Cela fait plaisir de voir que le message est passé !!!

    Bonne continuation !