• Eldorado

  • 20 mars 2007, par Gérard Durieux

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  • Un beau roman épique d’indignation et de tendresse, au lyrisme contenu, qui tient tout entier dans le silence de deux regards et la simple beauté d’un collier de perles vertes...

GAUDE Laurent, Eldorado, Actes Sud, 2006.

Ce romancier couronné par le Goncourt des lycéens (2002) et par le prestigieux Prix Goncourt(2004) ancre pour la première fois son nouveau roman dans une actualité tragique : l’immigration clandestine.

Ils viennent d’Afrique noire pour s’empaler aux grillages de Ceuta et Melilla, enclaves espagnoles sur le sol marocain. D’autres, pour fuir misères et répressions, se risquent vers l’île italienne de Lampedusa... Les plus chanceux « passent de l’autre côté », atteignent l’Europe, riche forteresse assiégée. Mais ceux-là qui portent l’Eldorado- cette part précieuse du désir- au fond des yeux l’ignorent : la citadelle de leurs espoirs est épuisée. « Nos vies sont lentes », avoue un protagoniste de cette traque inhumaine.

Tel le commandant Salvatore Piracci, chargé depuis 20 ans d’intercepter les clandestins au large des côtes italiennes. La vie de ce gardien zélé bascule sur un marché de Catane, à cause du regard d’une jeune libanaise qui a perdu son enfant durant la traversée. Il vacille dans ses certitudes...

Commence alors la longue errance de cet « émigré de la vie" jusqu’à Ghardaïa, perle du désert algérien. Banal récit d’un exil consenti ? Leçon de théorie politique ?
Non, car Gaudé est avant tout romancier. Ce qui le passionne ce sont les trajectoires de la tragédie. A l’Antique : vengeance d’une mère, frères séparés par la violence, tentative de rachat... Dès lors, cette fable humaniste croise en miroir, la lente dépossession de soi du commandant qui fuit l’Europe de sa vie gâchée avec le trajet initiatique d’un jeune soudanais- Soleilman- en route vers l’Espagne. Jamais ils ne se rencontreront...
Mais les ombres de Massambolo, le « dieu des émigrés », veillent sur les voyageurs...Aussi, dans le regard d’un de ces messagers qui vint en aide à Soleilman, le commandant recevra, sur le marché de Ghardaïa, une sorte de plénitude finale.

Si les personnages de Gaudé parlent d’abondance (conversations, soliloques, dialogues intérieurs...), ce beau roman épique d’indignation et de tendresse, au lyrisme contenu, tient tout entier dans le silence de deux regards et la simple beauté d’un collier de perles vertes. Par la seule magie du talent romanesque.

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