• Echos d’une rencontre avec Véronique Margron

  • 16 février 2012, par Gérard Durieux

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  • Liberté et convictions

    Le 19 septembre dernier, une rencontre avec Sœur Véronique Margron, moraliste et professeur à l’Université catholique d’Angers, était organisée par la très dynamique petite équipe de la librairie Siloé de Liège. Finement présentée par Caroline Lefebvre -Werbrouck, responsable de l’équipe d’aumônerie de la clinique Saint-Vincent et du C.H.U. de Liège, la religieuse dominicaine a partagé longuement et avec passion ses convictions de foi autour de la question qui conclut « Fragiles existences », son dernier ouvrage : « Vers une éthique chrétienne de la vie heureuse ? »


Après avoir constaté et regretté que perdure dans les esprits de nos contemporains, même croyants, une conception rigoriste de la morale héritée de siècles plus empreints de casuistique et de moralisme que d’intelligence évangélique, la théologienne plaide avec force en faveur d’un regard bienveillant à porter sur les situations qui font polémique dans la société comme dans l’Église : l’homosexualité, les nouveaux modes de procréation, la fin de vie... Accueillir plutôt que d’être dans le soupçon et la condamnation sans appel. Mais sans pour autant avaliser sans réflexion n’importe quel mode de vie ou position éthique. Un sérieux travail de la raison s’impose donc en ces matières. Chercher inlassablement et honnêtement ce qui peut embellir la vie de toute personne procure un réel bonheur, confie-t-elle.

Tour à tour intériorisée et enjouée, toujours précise et nuancée, elle conduit ensuite ses auditeurs sur les chemins de sa recherche : tisser entre elles deux préoccupations majeures : qu’ est-ce qui donne du goût à ma vie (qu’est-ce qu’une vie bonne ?) et comment faire pour bien faire (Kant) ?

Les diverses questions des auditeurs sur la morale minimaliste en vogue dans certains milieux, sur la « théorie du genre sexuel » ou à propos de l’homosexualité lui ont permis de contextualiser et d’affiner son propos. Une de ces questions concernait l’éducation morale des jeunes. Celle qui fut durant de longues années éducatrice spécialisée auprès de jeunes en difficulté, y répond de manière articulée : il s’agit ,à ses yeux, d’éduquer avant tout au souci de rendre la vie la plus humaine possible ; de devenir en tant qu’adultes des témoins, faillibles certes mais fiables, du fait que la vie ne relève pas de la fatalité.. Celle-ci, précise-t-elle, est affaire de choix, de combat, de liberté ; se gagne chaque jour au sein même des conditionnements même les plus traumatisants et avec le soutien des autres. Aucune existence n’est jamais définitivement vouée au malheur. Enfin, elle en appelle, avec les jeunes comme en d’autres lieux, à la « passion du débat » contradictoire par-delà toute frilosité.

En l’écoutant ainsi convoquer les deux testaments, les penseurs contemporains et la tradition, mais aussi maintes situations de vies en souffrance qu’elle rencontre au cours de ses entretiens individuels et au fil des formations qu’elle donne, on aura compris que l’authentique questionnement moral concerne tous les champs de l’existence humaine et s’avère être un exercice délicat : l’hospitalité éthique est affaire de cœur autant que de raison. Le moraliste, et avec lui tout chrétien qui s’interroge en vérité, avancent ainsi en permanence sur une ligne de crête, plus soucieux de comprendre les personnes et les situations que d’asséner réponses péremptoires, dictats et jugements.

L’attention soutenue des participants atteste de la richesse de ce qui fut partagé au cours de ces deux heures de rencontre. La clarté intellectuelle, la justesse évangélique et la profondeur humaine des propos de cette femme de liberté et de conviction engagent à revenir à ses ouvrages comme à une source bienfaisante : « L’échec traversé », « Vivre par tous les temps », « Hommes et femmes, quelles différences ? »...

Gérard Durieux

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« Fragiles existences »

En sept chapitres lumineux que l’on ne peut prétendre résumer ici, Véronique Margron situe avec précision le statut de la morale au cœur de toute vie qui se veut humaine et cherche le meilleur : « La vraie morale ne consiste pas en une liste de choses interdites ; elle consiste à apprendre à être libre » et doit se proposer comme « un horizon praticable, un art de vivre partageable ». Mais dans des pages d’une rare profondeur, elle redit aussi longuement aux disciples du Christ, la « folie » subversive du choix d’une vie selon les Béatitudes : l’axe du monde n’est pas du côté du plus fort ; c’est l’homme le plus souffrant qui dit la vérité de l’humain.

Traversé par l’invitation à « l’hospitalité non-négociable » et à « la joie qui demande de renoncer d’adhérer de manière complaisante au négatif de l’existence », cet ouvrage substantiel se reçoit de bout en bout comme un chant à la vie, un hymne au bonheur de grandir en humanité. De jour en jour.

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Pour en savoir plus…

Sœur Véronique Margron vient d’achever deux mandats comme Doyen de la faculté de théologie de l’Université catholique d’Angers. Cette religieuse dominicaine, théologienne moraliste, enseignante, disciple de Xavier Thévenot et proche de Lytta Basset, est une voix qui compte. Elle fait partie d’une nouvelle génération de moralistes plus soucieux de l’écoute humble et respectueuse des « fils de l’humain » que de l’application rigide de la loi.
Membre du Comité national d’éthique, accompagnatrice de nombreuses équipes du monde médical, elle est particulièrement au fait des enjeux éthiques qui traversent notre société. Et les titres de ses livres récents, comme La douceur inespérée, L’échec traversé ou Vivre par tous les temps, disent à suffisance son souci constant d’accueillir et d’accompagner les personnes en situation de faiblesse.

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