• Des questions et des réponses par Nic Diament, Directrice de l’association française « La Joie par les Livres"

  • 6 juin 2006, par Françoise Vanesse

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  • Les bibliothèques publiques recèlent, bien souvent, un patrimoine important en littérature de jeunesse.
    Mais à partir de quelle date un livre fait-il partie du patrimoine ? Que conserver ? Comment ?
    Autant de questions auxquelles il est difficile d’apporter des réponses précises...
    En France, la réflexion sur cette question relative au patrimoine en littérature de jeunesse a vu le jour voilà déjà dix ans...
    A l’occasion d’un colloque organisé à Namur en octobre dernier par le CLPCF et Michel Defourny, Nic Diament, Directrice de « la Joie par les Livres » dresse l’état de la situation en France à l’heure actuelle.

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Un bel exemple de patrimoine en littérature de jeunesse. Un des premiers Albums du "Père Castor" publié chez Flammarion en 1934 et illustré par le célèbre artiste Rojankovsky.

Le patrimoine en littérature de jeunesse : une préoccupation récente ?

La Directrice de "La Joie par les Livres" débute son intervention en rappelant, dans un premier point, que la préoccupation pour le patrimoine en littérature de jeunesse n’est pas si récente que cela. Et, à titre d’exemple, elle fait part à l’auditoire qu’en 1924, déjà , « L’heure joyeuse » à Paris s’est préoccupée de créer un fonds historique intitulé : « Les anciens livres de la littérature ».

Néanmoins, le mouvement a pris un tournant décisif en France depuis une dizaine d’années.

On assiste à la naissance de publications et de colloques sur le sujet, l’Université se tourne vers la littérature de jeunesse comme fonds de recherche.

Parallèlement, de nombreux professionnels de la Lecture publique embraient dans ce vaste mouvement et se préoccupent de cette question patrimoniale en mettant sur pied différents fonds : fonds anciens, fonds de références, fonds historiques, fonds nostalgies...

Mais comment définir ce patrimoine en littérature de jeunesse ?

Telle est bien là la question cruciale à laquelle sont confrontés les professionnels du livre. « De nombreux débats ont vu le jour en France, explique l’intervenante, et c’est vrai qu’il existe un véritable problème de datation. A partir de quand est- on « fonds ancien » : 1920 ou 1960 ?, « Qu’est-ce que le patrimoine écrit ? »

Finalement, certains se sont accordés pour reconnaître que le patrimoine en littérature de jeunesse équivaut à du patrimoine écrit qui serait un fonds ancien, précieux, rare et fragile !

Et que conserver ?

Là aussi, poursuit Nic Diament, il est difficile de s’entendre.

Il faut conserver les « bons livres » !
Mais encore ?...

- les classiques : c’est-à-dire les albums reconnus qui supportent la double lecture (enfants-adultes) ;

- les livres qui, au moment de leur parution, représentent une initiative originale, quelque chose d’inattendu, du nouveau : (ex : les premiers Tomi Ungerer) ;

- les livres qui constituent des « beaux objets » et qui induisent donc un intérêt bibliophilique.

Et que faire des "mauvais livres" ?

« Et bien, il faut les conserver également. Il est, en effet, important que le fonds patrimonial comporte aussi de
« mauvais livres », sinon, conclut-elle, on est malhonnête pour les générations futures et on est politiquement incorrect
 ».

Y a-t-il urgence d’entamer le débat ?

Selon l’intervenante, il y a urgence de se positionner par rapport à cette question du patrimoine en littérature de jeunesse.

En effet, à l’heure actuelle, de nombreuses bibliothèques ont besoin de plus en plus de place, les rayonnages sont saturés et l’on désherbe et élague un peu n’importe comment...
« On jette beaucoup trop et il y a un risque de voir s’envoler un patrimoine inestimable », conclut-elle.

Conserver : pour qui ?

Après avoir entamé le sujet relatif au manque cruel de rééditions (malgré différentes initiatives encore trop éparses), elle conclut son intervention en citant l’ensemble des personnes susceptibles d’être intéressées par la conservation du patrimoine :

-  les chercheurs et les étudiants ;
-  les collectionneurs, les nostalgiques,les curieux ;
-  les professionnels du livre ;
-  les éditeurs désireux de rééditer ;
-  les illustrateurs ;
-  la formation des bibliothécaires débutants ;
-  les enfants eux-mêmes.

Conclusion

Elle prône enfin, en guise de conclusion, l’exemple de programme de conservation partagée tel qu’il se fait en France où ils ont créé des programmes de conservation répartis en régions.

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Sur ce sujet, voir l’article : "De la littérature de jeunesse considérée comme objet patrimonial" in "Bulletin des Bibliothèques de France", n°5, 2004, pp 65 à 73.

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(2) Nic Diament : Directrice de « La joie par les livres ».

Cette association française a fêté dernièrement ses quarante ans.

« La joie par les livres » est une association française soutenue par le Ministère de la Culture qui a pour objectif de mieux faire connaître la littérature pour la jeunesse et de promouvoir la lecture des jeunes.

Nic Diament est également l’auteure d’un «  Dictionnaire des écrivains français pour la jeunesse : 1914-1991  », Paris, l’école des loisirs, 1993.

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