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  • Des livres sur les traces d’un amour qui ne s’absente pas...

  • 25 mars 2005, par Gérard Durieux

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  • "Un amour qui accepte de ne pas s’absenter, traverse l’espace de la destruction".
    Gérard Durieux a choisi quelques livres qui entrent en résonance avec cette conviction de Maurice Bellet.

DE GAULLE ANTHONIOZ Geneviève, La traversée de la nuit, Seuil, 1999.

Ce petit livre paru naguère, poignant de concision et de dépouillement, n’a rien perdu de son actualité ni de sa force. L’auteure, nièce du général, déportée à Ravensbrück à 24 ans et disparue en 2002, nous y livre pudiquement son expérience des camps.

Du cœur de sa mémoire priante, cette ancienne présidente d’ATD-Quart Monde, nous convie à entrer avec elle dans l’enfer des plus extrêmes défigurations de l’humain.
Ces pages disent la résistance intérieure de ces femmes pour garder leur dignité aux limites de la pire abomination. Pour rester solidaires, sans dérobade et sans ostentation. A certaines, il importait de demeurer lumineuses jusque dans la déchéance et de re-susciter la vie sur les visages bafoués de leurs compagnes.
Au plus profond, une intime conviction : chaque visage est à jamais inviolable, fût-ce en ce lieu d’ombre et de malheur. Alors, elles ont risqué l’amour pour rester des « vivantes ».

NEAU-DUFOUR Frédérique, docteur en histoire contemporaine, vient de consacrer à cette « Antigone » une intéressante biographie (Cerf, Paris, 2004).

FERRIERE Pierre et MEEUS-MICHIELS Isabelle, Prier 15 jours avec Etty HILLESUM, nouvelle cité, 2004.

Dans cette collection qui compte à présent une centaine de titres, voici un volume attendu qui répondra avec bonheur à l’attente de beaucoup. Les auteurs conjuguent ici à l’évidence leur sensibilité spirituelle, leur enthousiasme et leur sens aigu du discernement pour nous proposer un parcours judicieux de la trajectoire saisissante de cette jeune juive hollandaise morte à Auschwitz en 1943 à l’âge de 29 ans.

Des extraits choisis balisent un itinéraire. Quelques notes de commentaire aident à en saisir le contexte et à approcher la dimension mystique de ces pages de feu.
Depuis la publication en français de ses cahiers intimes
(Etty HILLESUM, Une vie bouleversée. Journal 1941-1943, suivi de Lettres de Westerbork, Seuil, Points, 1995) ouvrages , articles et mises en scène théâtrales abondent.

Le travail intérieur exigeant qui a conduit cette jeune femme, vive, douée et perdue dans le chaos d’une existence dispersée, jusqu’à la rencontre intime et décisive avec Dieu, fascine notre génération de chercheurs d’absolu, souvent nomades aux frontières des religions établies. Jeune intellectuelle insouciante et gourmande des fruits de la vie, Etty en viendra à se faire solidaire de son peuple broyé par le régime nazi. « Devenir le cœur pensant de la baraque » écrit-elle du camp de Westerbork où elle a choisi de rejoindre les siens. Amour bouleversant que celui-là qui décide lucidement de ne pas s’absenter.

Un livre fervent à emporter pour « traverser la nuit » et qui donne le goût d’entendre cette voix dans l’intégralité publiée du Journal et des lettres.(1)


MORDILLAT Gérard, Les vivants et les morts, Calman-Lévy, 2004.

« Un Germinal à l’heure de la mondialisation ! ». Ainsi nous est présenté ce gros roman de 656 pages.

L’auteur, poète, cinéaste, romancier et essayiste s’est fait connaître notamment par sa série télévisée Corpus Christi dans laquelle, avec son compère Jérôme PRIEUR, il avait investigué à travers les récits de la Passion et de la Résurrection. Nous y revenons à propos de l’ouvrage suivant.

Cette fresque sociale raconte avec minutie et passion la lente agonie et le démantèlement programmé d’une usine (La KOS) dans l’Est de la France. Les ouvriers refusent de renoncer et « vivants » sous l’impulsion de l’un des leurs, Rudi le jeune rebelle, ils en viennent à occuper les lieux jusqu’à l’affrontement final. L’A. ne nous épargne rien « du cynisme des actionnaires, de la compromission des syndicats, de la récupération des partis politiques, de l’opportunisme de la presse... ».

Mais ce (trop ?) gros bouquin fascine surtout par l’évocation fouillée des principaux protagonistes, une cinquantaine de personnages attachants avec en leur centre, le couple que forment Rudi l’insoumis et Dallas sa compagne, invincible amoureuse. Une réserve cependant : quoiqu’en disent certains critiques, on pourra regretter un réel manichéisme partisan : les « bons » sont tous du même côté dans le combat engagé.

Il n’en reste pas moins que cette œuvre de douleur et d’indignation, est un vigoureux roman où l’amour fort et révolutionnaire s’oppose à la loi du capital triomphant, à la toute puissante raison financière qui « délocalisent » à tour de bras.

Cette histoire d’aujourd’hui est servie par un style alerte tout en dialogues, cinématographiques.

MORDILLAT G. et PRIEUR J., Jésus après Jésus. L’origine du christianisme, Paris, Seuil, 2004.

La sortie du dernier roman de Mordillat nous ramène opportunément en ce temps de Pâques à certaines de ses autres œuvres.
Les deux auteurs, cinéastes habiles, avaient proposé en 1997 une série d’émissions télévisées aussi ambiguës que médiatiques (Corpus Christi) prolongées par un (Jésus contre Jésus, Seuil, 1999) où ils tentaient de traquer « la figure obscure et insaisissable de Jésus sous les identités multiples que les évangélistes lui ont attribuées ».

Poursuivant leurs investigations exégétiques et historiques sur la « naissance du christianisme », ils ont sorti plus récemment leur « Jésus après Jésus ». Intelligemment construit à coups de bribes d’interviews de nombreux spécialistes, ce nouvel ouvrage présente le christianisme comme « une horrible invention humaine qui a faussé les données objectives de l’histoire pour faire triompher une nouvelle religion destinée à oblitérer le judaïsme. »

Un des plus grands biblistes belges, Jean Radermakers, lecteur et critique à la plume habituellement irénique, n’hésite pas , à propos de ce livre, à parler « d’une imposture qui frise la malhonnêteté intellectuelle » et s’élève avec force « contre cette vaste entreprise commerciale de déstabilisation de la foi chrétienne ». Ce propos aussi net que rare, invitera ceux que ces questions intéressent ou qui vivent de ces réalités de foi, à consulter sa longue critique argumentée dans La nouvelle revue théologique (NRT), 126, 2004, p.458-461.

PIRON Sylvain, Lettres des deux amants, Gallimard, 2005.

L’auteur, philologue et poète, propose dans ce volume une nouvelle traduction des lettres d’amour « attribuées à Héloïse et Abélard ».

Les auteurs de ces lettres d’une extraordinaire intensité poétique, demeurent en effet anonymes. Toute indication permettant leur identification ayant été évitée ou effacée, les spécialistes discutent : lettres entre les deux amants célèbres, l’élève et son précepteur, ou œuvre d’un génial pasticheur... ? L’essentiel reste la prodigieuse beauté du texte.

Même s’il n’est pas d’un abord aisé, tissé de références littéraires classiques et bibliques, sans grandes références au contexte de sa production, cet échange exalté et d’une grande acuité intellectuelle, témoigne d’un amour passionné demeuré vivant par-delà les siècles.

Mais comme si le roman seul pouvait approcher et creuser le mystère de cet amour unique et flamboyant pourquoi ne pas relire les textes de celles et ceux qui nous l’ont conté avec une fascination toujours neuve ?(2)

DESBORDES Michèle, La robe bleue, Verdier, 2004.

« C’était quand elle l’attendait, sans doute était-ce les jours où elle l’attendait, quand ayant reçu la lettre qui annonçait sa venue et prenant l’une des chaises du corridor, elle allait s’installer dehors pour l’attendre, ... ». Ainsi commence ce texte rare, superbe, envoûtant.

Une vieille femme assise sur une chaise, dans le parc d’un asile. Elle attend son frère. Il s’appelle Paul Claudel. Elle, donc, serait Camille. Trente années dans le parc de Montdevergues en Avignon. Trente années d’attente, de haine, d’abandon, de tendresse, de lumière et de silence. Un lent récit fervent et grave que l’on se prend à lire et relire à mi-voix, tant la langue atteint ici l’accord absolu pour nous immerger dans « la tragédie calme d’un être aux limites de soi ».

LES SEPT DORMANTS. Sept livres en hommage aux 7 moines de Tibhirine. Actes Sud, 2004.

Ce gros ouvrage est avant tout un magnifique livre-objet qu’on commence par ouvrir au hasard pour en admirer l’impression les calligraphies et les reproductions des gravures de Rachid KORAÏCHI, artiste plasticien algérien.

Il a voulu rendre hommage aux 7 moines qui, le 21 mai 1996, ont été assassinés au cœur de l’Atlas algérien. Son témoignage constitue une réponse humaniste à la haine et à l’intolérance.

Ce volume-écrin rassemble en fait en un unique coffret 7 livres d’écrivains, de religion et culture différentes, invité(e) s à donner un texte dédié à chacun des trappistes martyrs : BERGER John, BUTOR Michel, CIXOUS Hélène, GERMAIN Sylvie, HUSTON Nancy, MANGUEL Alberto et LEÏLA Sebbar.
Le titre «  Les sept dormants  » fait référence à une sourate du Coran qui raconte l’histoire de 7 jeunes chrétiens d’Ephèse eux aussi tués à cause de leur foi. Ce conte évoque le retrait de la vie quotidienne, le sommeil, la résurrection. C’est donc là un passage essentiel à la reconnaissance de la fraternité entre les deux religions.

Chaque poème, chaque page évoque à sa manière le choix radical de ces contemplatifs : demeurer comme des veilleurs de tendresse au cœur de la violence : « Ma vie nul ne la prend mais c’est moi qui la donne... ». La reproduction autographe des deux pages du testament de Frère Christian, un des grands textes mystiques de ce siècle, témoigne à suffisance qu’ils avaient choisi la solidarité jusqu’à l’extrême avec le peuple en souffrance de leurs frères musulmans.

Un très beau livre, des pages admirables (CIXOUS, GERMAIN notamment) pour faire mémoire, en ce temps de Pâques, d’un amour fidèle plus fort que la mort.(3)

Notes :

(1) On pourra également s’aider du livre éclairant de LEBEAU Paul, E.H. Un itinéraire spirituel, Fidélité/Racine 1998 (même si l’A. fait un peu vite de cette jeune juive une chrétienne qui s’ignore) et du texte fraternel de GERMAIN Sylvie, Etty HILLESUM, Pygmalion/Gérard Watelet, 1999. La romancière entre ici en résonance profonde avec les instuitions et les choix radicaux de cette âme-soeur.

(2) BOURIN Jeanne, Très sage Héloïse, Hachette, 1966, LP 6279 et SINGER Christiane, Une passion, Albin Michel, 1992, LP espaces libres). Deux voix de femmes, l’historienne et la romancière, bientôt relayées par celle d’un auteur dont le roman s’est imposé d’emblée par son originalité et le frémissement retenu de l’écriture : AUDOUARD A., Adieu mon unique, Gallimard, 2000. Le narrateur est ici un jeune clerc, Guillaume, élève puis ami d’Abélard et secrètement amoureux d’Héloïse. Le récit en acquiert un surcroît de tension et d’intensité. C’est à travers lui que nous communions aux déchirements de cette incomparable relation.

On prolongera avantageusement cette immersion romanesque avec la somme incontournable de T. CLANCHY M., Abélard, Flammarion, 2000. Volumineuse biographie de ce personnage complexe qui paya fort cher sa liberté de pensée et de moeurs. Héloïse, illumine ces pages érudites, "amante pour l’éternité". Voir aussi le tout récent ouvrage d’un spécialiste du Moyen-Age : LOBRICHON Guy, Héloïse, l’amour et le savoir, Gallimard, 2005.

(3) On pourra lire également :
- CHENU Bruno, Sept vies pour Dieu et l’Algérie, Bayard/Centurion, 1996.
- MASSON Robert, TIBHIRINE, les veilleurs de l’Atlas, Cert, 1997.
- OLIVERA Bernardo, Jusqu’où suivre ? Les martyrs de l’Atlas, Cerf, 1997.
- Frère CHRISTOPHE, Le souffle du don (Journal), Bayard/Centurion, 1999.
- CHERGE (de) Christian, L’invincible espérence, Bayard/Centurion, 1997.

Merci d’ajouter vos propres suggestions, découvertes, coups de coeur... à cette sélection.

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