• De Pittau à Gervais, la plume et le pinceau

  • 8 juillet 2013, par Sylvie Hendrickx

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  • Beaux albums à flaps, imagiers poétiques, livres aux aventures drôles ou scatologiques… L’auteur Francesco Pittau et l’illustratrice Bernadette Gervais nous offrent, depuis une vingtaine d’années déjà, une œuvre terriblement inventive et joyeusement ludique ! Surprendre, susciter l’envie de créer après lecture, et réaliser des livres à « hauteur d’enfants », voilà le souci constant de ce couple à la ville et collaborateurs complices en art.
    Le 10 décembre dernier, la Coopération Culturelle Régionale de Liège a convié bibliothécaires, instituteurs et animateurs culturels à s’immerger en présence des artistes et en dialogue avec eux dans leur bouillonnant « laboratoire » de mots et d’images mis en valeur par l’exposition « De Pittau à… Gervais : eSpoXition ». Réjouissantes découvertes, relatées sous forme d’abécédaire, autour d’une œuvre inclassable et pourtant pleine de cohérence !

R comme Rêve

Au départ de cette fructueuse aventure se trouve un rêve… Celui de Bernadette Gervais qui, dans sa jeunesse, fais le vœu de réaliser un jour des albums pour enfants. Pour cela, elle dessine sans relâche, cherchant sans cesse à améliorer le détail de son dessin. Consciente cependant que la dimension de récit fait défaut à son propre travail, elle incite Francesco Pittau à rejoindre son projet. Formule gagnante assurément puisque celui-ci, après des études artistiques à l’Académie de Mons et une expérience dans l’univers de la bande-dessinée, s’est découvert une véritable âme de conteur d’histoires.

C comme Collaboration

Avec près de cent albums à leur actif depuis la naissance de leur collaboration au début des années 90, Pittau et Gervais présentent une belle et prolifique carrière qui leur permet depuis 1995 de vivre de leur art et de s’y consacrer pleinement. Une trentaine de leurs titres ont d’ailleurs été traduits en langues étrangères. « Un élément très rassurant, précisent les auteurs, car la traduction n’est pas une pratique courante dans le domaine du livre jeunesse ! » Les artistes soulignent à ce sujet leur chance d’avoir collaboré à leur début avec les éditions du Seuil et actuellement avec les éditions des Grandes Personnes qui, toutes deux, pratiquent la coédition avec l’étranger.

C comme Complémentarité

Cet oeuvre tire sa force d’une belle complémentarité texte-dessin nourrie par la connivence qui lie les deux créateurs et leur permet l’élaboration de projets sur mesure. La plupart du temps, au commencement de leur démarche se trouve une histoire jaillie dans l’esprit de Francesco Pittau, parfois si précise que l’auteur en réalise une première petite maquette. Bernadette Gervais choisit alors parmi son large éventail de techniques graphiques celle qui conviendra le mieux au concept du livre et réalise les originaux.

S comme Sens

Pour Francesco Pittau, on peut tout inventer, tout se permettre au sein d’un récit pour autant que cela conduise vers une dimension autre, un sens. Le rôle du conteur est d’entraîner les enfants au-delà de la simple histoire. « Croyez-vous que le récit Une faim de crocodile donne à voir un vrai crocodile ? Non, cet animal est surtout la représentation d’une faim insatiable. On le voit dévorer une série de choses que l’on ne peut recréer une fois disparues (espèces animales, végétales…) Il représente une espèce qui a tendance à tout détruire autour de lui : l’être humain. »

L comme Ludique

Autre constante importante de leur production : la dimension ludique. Pittau et Gervais aiment s’amuser et cela se voit ! « Nous aimons créer la surprise, mettre du jeu dans nos livres. On aime donner des indices, des pistes plutôt que des solutions toutes faites. C’est en cela que les livres sont intelligents : ils suscitent le questionnement. On sait que notre production est destinée à la jeunesse mais nous-même, elle nous amuse ! » Pas étonnant dès lors que leurs livres fonctionnent merveilleusement à tout âge !

P comme Provocateur

Facétieux et inventif, le couple Pittau et Gervais fait montre dès ses débuts d’un tempérament novateur et provocateur offrant aux enfants des ouvrages aux thèmes scatologiques qui font mouche. Ainsi, en 1995, ils se battent pour conserver le titre de leurs albums Pipi ! et Crotte ! (réédités au Seuil en 2012 dans un recueil Pipi ! Crotte ! Prout !) à une époque où les ouvrages de ce type ne sont pas, comme aujourd’hui, monnaie courante. « Ce qui plaît aux enfants, confie Pittau, c’est le plaisir de la démesure, la liberté simple de pouvoir dire ces mots-là. »

L comme Liberté

Chérissant leur liberté, Francesco Pittau et Bernadette Gervais s’épanouissent à travers la réalisation de livres de création et refusent tout travail de commande. Ne présentant à leur éditeur que des projets avancés, ils conviennent avec lui de tous les aspects du livre : format, typographie, type de papier… Loin de toutes considérations marketing, ils n’acceptent que les concessions minimes. « Nous avons la chance d’avoir toujours pu nous permettre cette liberté parce que nous sommes arrivés au bon moment et avons aujourd’hui acquis une certaine légitimité. » En effet, Pittau et Gervais, arrivés sur le marché de la littérature jeunesse au début des années 90, ont depuis lors senti une évolution du secteur marquée par une multiplication des titres et le pouvoir grandissant du commercial dans les décisions d’une maison d’édition. « Nous n’aurions certainement pas la même latitude pour honorer notre ligne de conduite si nous débutions aujourd’hui. »

A comme Autodidacte

Bien qu’ayant fréquenté tout deux l’Académie des Beaux-arts de Mons, Francesco Pittau et Bernadette Gervais mettent en avant leur apprentissage du métier par la pratique. « Nous avons appris seuls à faire des livres, ce qui explique sans doute notre grande liberté de création. On ne suit pas les règles, on fait dans l’efficace, parce qu’on a tout appris sur le tas et que, d’ailleurs, on ne connaît pas toutes les règles. » Concevoir des livres dépourvus de couleurs vives, recourir à l’expressivité du noir malgré sa mauvaise presse dans le domaine de l’édition jeunesse… autant de petits défis d’auteur que les deux artistes revendiquent au détriment d’un formatage par l’apprentissage.

P comme Plaisir

Le couple Pittau et Gervais considère la dimension de plaisir comme primordiale dans la réalisation d’un livre. « On aime le côté amusant et le défi. On ne fait pas vraiment dans l’utilitaire, on préfère faire des livres qui ne servent à rien, que l’on peut prolonger par son imagination une fois refermés. On souhaite donner envie de « faire » après avoir fini de « lire » ! » Cette nécessité de rester dans le plaisir de créer explique la diversité de leur œuvre. Elle conduit le duo d’auteur-illustrateur à éviter toute répétition dans leur production et au refus de tomber dans la facilité de la « série » qui fonctionne. « Il est important pour nous d’éviter la monotonie dans notre production pour conserver des effets et le plaisir de la surprise ». Ainsi ont-ils pris la décision de clôturer la trilogie formée par Axinamu, Oxiseau et Nacéo malgré l’intérêt commercial qu’aurait pu présenter un quatrième volet.

I comme Illustratrice

La production de Pittau et Gervais présente des réalisations visuellement très différentes aux dates de parution parfois très proches. On peut ainsi observer un grand écart graphique entre les illustrations réalisées au pochoir pour les imagiers et le petit bonhomme croqué et crayonné de l’ouvrage Quand je serai grand. « A la différence d’artistes comme Kitty Crowther ou Anne Herbauts, explique Bernadette Gervais, on ne m’identifie pas, la plupart du temps, comme illustratrice, car j’ai recours à des techniques très diverses que j’adapte en fonction du concept et des besoins de chaque album. Je suis plutôt reconnue comme une « faiseuse de livre » et c’est plus fondamentalement ce que je suis. Je ne cherche pas à faire des dessins qui existent pour eux-mêmes, mes illustrations sont faites pour prendre place dans des livres. »

L comme Livre objet

Autre réflexion fondamentale pour le couple de créateurs : le livre en tant qu’objet. «  Le livre est pour nous bien davantage que le support d’un récit. On réfléchit toujours à ce qu’il peut offrir de plus aux lecteurs dans sa matérialité. Cela peut-être son grand format, dans le cas d’Axinamu par exemple, qui ne sera jamais égalé par un livre sur tablette numérique. » Les auteurs conçoivent également seuls les animations internes de leur livres. « Nous aimons rester libres dans notre travail de création. Travailler avec un ingénieur papier, comme nous l’avons fait au Seuil, ne nous convenait pas très bien. Nous avons donc cherché pour nos ouvrages Axinamu, Oxiseau et Nacéo, un mécanisme assez simple que nous puissions gérer nous-même mais qui donne tout de même un bel effet et soit manipulable par l’enfant. C’est ainsi que nous en sommes arrivés à la solution du système de flaps (ouvrir-fermer) pour ces ouvrages ».

D comme Documentation

Bien que Pittau et Gervais ne définissent pas leurs livres comme appartenant au domaine du documentaire, certains de leurs ouvrages, dont les imagiers, recèlent des illustrations rigoureuses, très réalistes témoignant d’un réel souci du détail et d’une précision exigeante. Pour les réaliser, Bernadette Gervais se base sur une importante somme de documentations. « Dans ce travail de collecte de données, les bibliothèques me sont très utiles. »

E comme Education au regard

Le travail de création de Pittau et Gervais est également animé par une réflexion sur l’image en tant que signe. « Lorsque nous réalisons un imagier, notre but n’est pas de faire dans le pur documentaire mais plutôt d’amener le lecteur à regarder vraiment chaque signe pour lui-même, à observer et se poser des questions sur les images. »

E comme Exposition

L’exposition « De Pittau à… Gervais : eSpoXition » a été créée par le secteur Arts Plastiques des Chiroux en collaboration avec les auteurs. Cette exposition dynamique et interactive convient à tous, des maternelles aux plus grands, et souhaite « amener aux livres par le jeu ». Destinée à l’itinérance, elle circulera pendant trois ans par le biais de véritables partenariats construits entre la Coopération Culturelle Régionale de Liège, la bibliothèque Centrale des Chiroux, les bibliothèques et les centres culturels (formations, mise en place d’animations…)

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Cette journée d’étude est le fruit d’une collaboration entre le Centre culturel des Chiroux, la Coopération Culturelle régionale de Liège - Pôle Jeune Public, la Bibliothèque centrale des Chiroux et la Librairie La Parenthèse (Liège). Elle s’inscrit dans le cadre du Festival Babillage, l’Art et les tout-petits.

  • Contacts :

Chantal Cession et Krystel Ciura
Coopération Culturelle Régionale - Pôle Jeune Public
Centre Culturel « Les Chiroux »
Place des Carmes, 8
4000 Liège

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