• Damien Genot : Bibliothécaire avec et sans papier

  • 21 novembre 2011, par Françoise Vanesse

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  • Voici déjà plusieurs années que le Centre Multimédia Don Bosco de Liège, en collaboration avec l’ARC, s’est lancé dans un important programme de sensibilisation à l’informatique à destination de ses lecteurs. Damien Genot fait partie de l’équipe de formateurs qui, plusieurs fois par semaine, accueillent des participants au sein de l’EPN 2 de la bibliothèque, en individuel ou en groupe. Ce bibliothécaire de formation, passionné de littérature classique, de beaux livres, de vieux papiers et parallèlement très ouvert aux nouvelles technologies et aux supports de lecture numérique nous présente la façon de concevoir son approche avec les participants ainsi que les différents projets présents et à venir de la bibliothèque.

F.V. : En mars dernier, à l’occasion de la semaine numérique, le Centre Multimédia Don Bosco proposait dans le cadre de l’EPN de la bibliothèque, un atelier thématique sur le livre numérique. Pourriez-vous préciser la démarche globale dans laquelle s’inscrit cette opération ?

D.G. : Cette semaine a été, en effet, le point de départ d’une opération de sensibilisation au livre numérique. Ce projet nous tenait vraiment à cœur et il découle d’une prise de conscience qui s’est déclenchée au Centre Multimédia depuis plusieurs mois. Déjà pendant l’année, nous proposons, en collaboration avec le mouvement d’éducation permanente « ARC Liège », des formations concernant l’informatique et les nouvelles technologies. C’est dans ce cadre que nous souhaitions présenter les dernières évolutions dans le domaine de la lecture et que nous avons mis sur pied cet atelier. Les médias aiment considérer les nouveaux supports de lecture, tablettes, liseuses, Smartphone, comme incontournables. Malheureusement dans les faits, en bibliothèque publique, c’est souvent le vide : rien n’est prévu pour savoir comment concrètement mettre ce système de prêt en route et les lecteurs intéressés sont alors livrés à eux-mêmes. La bibliothèque doit donc développer des actions qui visent à les accompagner.

F.V. : Concrètement, en quoi consiste cet atelier ?

D.G. : Il se divise en deux axes. Le premier permet de mieux comprendre la problématique du fichier numérique. Ce fichier, qu’il soit sous un format texte .epub, .txt, .pdf ou sonore .mp3, est disponible sur internet et doit donc être téléchargé et enregistré. C’est une technique qui n’est pas toujours évidente et nous initions les participants à cette démarche, tout en insistant sur la problématique des droits d’auteur. Le second consiste à former le lecteur à l’utilisation du nouveau support de lecture : dans notre cas, la manipulation de liseuses. Cinq volontaires ont emprunté une liseuse Cybook – Bookeen après avoir assimilé la méthode de téléchargement. Parallèlement, ils se sont engagés à répondre à un questionnaire d’évaluation dont les réponses doivent nous servir de base pour mieux organiser le futur prêt de liseuses.

F.V. : En quoi ce projet se différencie-t-il de projets similaires portés par d’autres bibliothèques ?

D.G. : Ce qui fait la spécificité de notre approche, c’est tout d’abord notre offre de formation et ses objectifs : non seulement familiariser les lecteurs avec ce nouveau support, mais aussi replacer cette démarche dans un contexte de plaisir de lire. Enfin, je pense que le prêt de liseuses accompagné d’un suivi est une de nos spécificités.

F.V. : Concrètement, quels étaient les sujets abordés au cours de cette formation ?

D.G. : La formation proposée se déroule en deux ateliers thématiques. Le premier concerne les ouvrages disponibles gratuitement sur internet en tant que fichiers numériques, comme les livres audio et les livres au format pdf. La méthode de recherche et de téléchargement des fichiers numériques est abordée en détail ainsi que les avantages du fichier par rapport au support papier. Le second atelier est davantage axé sur l’utilisation de liseuses permettant de lire au format Epub et surtout sur la façon de télécharger des livres, car les interfaces disponibles sont rarement accessibles aux novices et il est donc indispensable de les former à cette pratique.

F.V. : Votre formation de bibliothécaire a-t-elle des conséquences sur votre façon de concevoir ou d’appréhender ces modules de sensibilisation aux nouveaux supports de lectures ?

D.G. : Oui, fort heureusement et je tiens vraiment à conserver cette spécificité.

F.V. : Mais encore…

D.G. : Dans mes formations, je tiens particulièrement à faire, en guise d’introduction, un très bref rappel de l’histoire du livre : je replace ainsi la liseuse dans un contexte d’évolution. Cela semble évident mais cette mise au point est importante et la projection d’images sur les différentes étapes qui ont jalonné le parcours du livre met en confiance les participants. D’autre part, bien que l’autonomie technique fasse bien entendu partie de mes objectifs, j’accorde autant d’importance à l’autonomie dans la découverte. Selon moi, c’est la conjugaison des deux qui pourra permettre à l’usager de gagner en plaisir de lecture : plus la curiosité peut s’épanouir, plus le plaisir de lire est intense. Enfin, quand j’initie au téléchargement, j’insiste beaucoup sur les ouvrages libres de droit d’auteur. En tant que bibliothécaire, cela me semble évident ! L’utilisateur est toujours libre d’acheter, en connaissance de cause, un autre fichier…

F.V. : Pouvez- vous nous donner quelques exemples concrets de l’approche que vous proposez aux participants ?

D.G. : Je souhaite leur présenter les multiples avantages qu’ils peuvent retirer d’une consultation d’un livre numérique libre de droit comme, par exemple, redécouvrir des textes oubliés dans leurs versions intégrales. Quelle exaltation de lire la version originale de Gargantua en ancien français en comparaison d’une version récente et francisée du même ouvrage ! Grâce au livre numérique, certains textes non réédités, faute de demande, s’offrent de nouveau à nous pour notre plus grand plaisir. Concrètement, avoir la possibilité d’effectuer des recherches dans Le grand dictionnaire de cuisine d’A. Dumas, va bien au-delà de la consultation d’un simple ouvrage de cuisine mais nous fait découvrir une multitude de détails historiques et culturels sur l’époque. Cette nouvelle façon de lire rend aussi possible la recherche textuelle, le lecteur numérique peut donc être plus exigeant dans son analyse de texte.

F.V. Quel regard les usagers qui ont accepté d’utiliser vos liseuses pendant un mois portent-ils sur ce nouveau support de lecture ? Les points positifs tout d’abord…

D.G. : Premièrement, la liseuse est appréciée pour sa légèreté. Le côté intuitif de l’ergonomie de l’objet est également souligné en général et le confort induit par l’encre électronique est souvent mis en avant. Elle permet une lecture reposante, sans reflets, une lecture dans toutes les conditions de luminosité habituelle alors que les écrans d’ordinateurs ou de tablettes ne permettent pas ce confort visuel puisqu’ils sont rétro-éclairées. Enfin ils sont impressionnés par la quantité de livres disponibles gratuitement car au cours de mes formations, comme je vous le disais plus haut, j’insiste beaucoup sur ce point.

F.V. : Et les reproches ?

D.G. : Côté défaut, ils pointent l’écran « intelligent » qui change d’orientation trop facilement à cause des soubresauts des transports en commun, ce qui peut d’ailleurs être facilement corrigé suite à une petite manipulation… Un autre reproche relevé concerne l’étui intégré qui serait préféré par les utilisateurs à un étui amovible moins confortable et qui ne reproduit pas l’ergonomie d’un livre classique. Enfin, ils sont généralement déçus par le prix d’achat pour des ouvrages récents. Celui-ci reste toujours un frein, c’est inévitable car s’il est prohibitif, il entrave l’envie de lire, d’explorer et de découvrir… Dommage.

F.V. : Pour vous, personnellement, quels sont les atouts du livre numérique ?

D.G. : Je pense que la rapidité dans la disponibilité du livre numérique est sans égale et contribue certainement à son succès. L’envie du lecteur est quasi immédiatement assouvie et cela reste un atout formidable, surtout à l’heure actuelle où la patience n’est plus aussi bienvenue et acceptée ! La possibilité de pouvoir modifier les paramètres de lecture et la portabilité de ses coups de cœur reste un must.

F.V. : Et ses failles ?

D.G. : Le problème principal reste à mes yeux la conservation des fichiers. Dans mille ans, ceux-ci n’auront-ils pas perdu de leur qualité ? Par contre, nos incunables, eux, sont toujours aussi resplendissants ! Certains disent que la durée des données numériques n’excèdera guère plus qu’une dizaine d’années mais cela n’est pas démontré… Dans les faits, nous n’avons aucune information tangible, nous allons vers l’inconnu. D’autre part, je considère qu’il est anormal qu’un livre numérique, qui nécessite moins de logistique, soit plus cher que son équivalent papier. Je trouve que les éditeurs oublient volontiers que la réalisation d’un livre numérique est techniquement moins onéreuse : l’auteur envoie son fichier numérique alors que la conception physique de l’ouvrage est quasi inexistante. La taxation du livre numérique est de l’ordre de 21 % de TVA, alors que le livre papier est taxé à 6%. Les pouvoirs publics ne devraient-ils pas uniformiser cette réglementation ? Pour ma part, j’aimerais aussi pouvoir écouter des livres audio sur ma liseuse. Soyons donc attentifs aux prochaines évolutions…

F.V. : Et en tant que bibliothécaire, comment envisagez- vous l’organisation du prêt de ces livres ou plutôt de ces fichiers ?

D.G. : Le principal problème en bibliothèque reste que le prêt de livre numérique est limité au livre libre de droit, c’est-à-dire gratuit. Si nous voulions prêter plus d’une fois le fichier numérique, c’est considéré comme du piratage ou du détournement d’usage car celui-ci est marqué à l’aide de DRM. La problématique du droit d’auteur et d’une juste rémunération reste à légiférer. Prêter une liseuse avec des ouvrages pré-chargés sans proposer une petite initiation au téléchargement personnalisé présente un intérêt limité. En bibliothèque le libre choix est indispensable.

F.V. : Quels sont les projets futurs de la bibliothèque dans le domaine ?

D.G. : A la rentrée 2011, le nombre de liseuses disponible augmentera afin de permettre à davantage de lecteurs d’en emprunter. Les responsables du Centre sont actuellement en train de mettre sur pied une méthode pratique et rapide de prise en charge de la liseuse. Dès septembre, les lecteurs seront invités à visiter le site du Centre sur lequel on pourra télécharger de nombreux fichiers.


EN BREF… EN BREF… EN BREF… Projets à venir de la bibliothèque dans le domaine de la diffusion du livre numérique

Le Centre multimédia Don Bosco proposera d’ici peu un site internet regroupant une série de fichiers ePub à télécharger (que ce soit sur une liseuse ou sur un ordinateur) mais également des références de sites sur lesquels il est possible de télécharger des livres. Ces différents sites proposés sont choisis sur la base de leur facilité d’utilisation, de la gratuité des œuvres proposées,… Ce site proposera une sélection de livres numériques classés par catégorie d’âge, un moteur de recherche interne, un top 10 des livres les plus téléchargés, une sélection du bibliothécaire, des nouveautés…

  • EPN : Espace public numérique
  • Médi@TIC (EPN du Centre Multimedia Don Bosco, 59 Rue des wallons à 4000 Liège) fait partie du réseau des Espaces publics numériques de Wallonie depuis décembre 2009. Ce réseau compte 129 EPN labellisés

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