• Cueillette d’instants présents

  • 6 février 2012, par Françoise Vanesse

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  • D’instants présents
    … de cette petite chose invisible et gigantesque pourtant !

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Junko Shibuya, Les voisins musiciens, éd. Autrement, 2011


Accoudé à sa fenêtre, un jeune garçon apprenti violoniste assiste déçu au déménagement de ses voisins puis à l’arrivée d’une nouvelle famille et d’une petite voisine pianiste en herbe. Mais entre nouveaux voisins comment apprendre à s’accorder ? La musique n’adoucit-elle pas les cœurs en créant des instants de pur bonheur ? Les voisins musiciens nous ouvrent en tous cas, un instant, la fenêtre de leur immeuble, telle une bulle de musique s’échappant du quotidien en mêlant poésie et douceur. S’ouvrant et s’agrandissant au fil des pages, cette fenêtre musicale voit naître, comme le renard et le petit prince qui s’apprivoisent, des paysages intérieurs et une belle nouvelle amitié qui vibre, un instant, à l’unisson…

Muet, silencieux et pourtant remplis de sonorités résolument poétiques, Junko Shibuya, auteur-illustratrice japonaise, transcrit cette rencontre dans un mode graphique minimaliste, épuré et évocateur tout aussi accordé. Sans mot donc , ponctuant les illustrations noir et blanc par un simple jeu de formes rondes comme les notes colorées au gré des humeurs des petits voisins, « elle parvient à dépeindre la force d’une mélodie et exprimer une large palette d’univers sonores et de sentiments » purs, expressifs et plein d’humour.

Un livre coup de cœur à mettre dans les mains des petits comme des grands pour sa simplicité et le plaisir de la découverte qu’il suscite. Les plus jeunes adoreront décrypter l’expression des visages de ces petits voisins qui leur parlent avec poésie et sons colorés.
Un instant, suspendu au temps, d’harmonie et de communion pour nous aider à ré enchanter notre quotidien…entre voisins !

V.D.


M. YOURCENAR, Les trente-trois noms de Dieu, éditions Fata Morgana, 2003

Ce petit recueil de trois poèmes intimes de Marguerite Yourcenar nous ouvre, tour à tour, l’essence spirituelle d’une vie, un pan d’instants du quotidien et un regard d’admiration.

Née à Bruxelles, cette écrivaine n’a jamais cessé de considérer son œuvre comme un immense poème en quête ardente de poésie pure ! Ainsi, ses derniers textes sortent des sentiers classiques pour une écriture libre, d’une tonalité moderniste surprenante, proche de la sagesse zen et de l’art des haïku qui laisse entrer tout le monde visible et invisible à l’intérieur de dix-sept syllabes.

« Telle une myriade de poèmes-instant qu’elle dispose sur l’espace vierge de la page », commente Achmy Halley, ce poète vêtu d’espace, écrit comme une peinture extrême-orientale, dessine sommairement ce qu’il ne parvient pas à murmurer. Laissant ici émerger, dans une remarquable fluidité, une cueillette « d’instants présents » : sons, visions, sensations, personnages et impressions glanées au cours de plusieurs mois de voyage ; elle touche et fait naître … cette petite chose invisible et gigantesque pourtant.

Le poète Silvia baron Supervielle considère ces trente-trois poèmes brefs comme « des oiseaux qui vont et viennent d’une chose à l’autre », montrant « ce que j’aime et que j’oublie parce que c’est si simple. Et aussi ce que je n’oublie pas … ». Quant à Léopold Sédar Senghor, il interprète la dernière expérience poétique de Yourcenar comme « la quête d’une parole primordiale, qui parle d’elle-même. En ce sens que le mot nu, comme en Afrique noire, fait image mieux, vit de sa nudité ».

Et tout en harmonie et délicatesse avec le texte, Fata Morgana, nous offre cette poésie secrète d’un monde à la fois réel et rêvé sur un papier vivant et aux pages qui nous demandent, telle une méditation ou une cérémonie du thé, de prendre notre coupe-papier pour savourer, respirer et vivre en pleine conscience… « l’éternité de l’instant présent ».

V.D.


S. EBNER, souffle, Esperluète Editions, 2009

Un son qui tourne en rond, papillonne sur des lèvres, ne sait franchir la barrière et est retenu prisonnier : voici le héros bien insolite de ce récit poétique qui nous emmène dans un univers particulier, celui où la parole se fait fragile, difficile à naître ; au cœur de la sphère d’une personne atteinte de bégayement.

Le texte, de courtes phrases rythmées qui nous immergent dans un vécu émotif et sensoriel, se reçoit un peu comme un soupir. A l’image du sujet évoqué, il est rare, s’égraine, se dévoile lentement, au compte goutte… Mais surtout, en symbiose avec la problématique évoquée, s’éclipse aussi parfois ! C’est qu’il doit partager l’espace avec de larges illustrations très expressives. Celles-ci, tantôt calmes, muettes au bord de l’enfermement comme de longs moments de silence, voisinent avec des plages de gestes plus débridés, volutes vives et rapides, bruyantes, surgissant du silence comme pour le rompre, le briser. Evoquer la violence de la parole qui voudrait pouvoir sauter des obstacles, se frayer un impossible chemin. On ne sort pas indemne de ce périple au cœur de cet instant fragile.

Certes on intègre de façon poétique et forte le poids du sujet évoqué mais surtout l’on retient une impression de bouffée de vie car la volonté et la rage de s’exprimer restent, malgré tous les écueils, les principaux vainqueurs.

F.V.


B. ALEMAGNA, La gigantesque petite chose, Editions Autrement, 2011

C’est quand le bonheur ?

La question est à la mode. Plus particulièrement dans nos sociétés capitalistes qui, sans relâche, harcèlent adultes comme enfants, à la nécessité de cette quête présentée le plus souvent comme étant à la portée de notre main de consommateur gourmand et jamais assouvi. Heureusement, les livres de qualités et la poésie sont là pour résister comme des barrières pour ne pas sombrer…

Ce grand album majestueux fait partie de ces garde fou qui nous présente le bonheur, non pas comme une grande chose que l’on atteint une fois pour toute, mais comme une myriade de petits instants présents, fragiles parfois, mais toujours à saisir et à vivre. Le propos n’est pas nouveau en littérature de jeunesse mais cela n’enlève rien à l’originalité de cet album.

Premièrement car la construction narrative est telle qu’elle ne dévoile le sujet qu’à la fin du récit, symbolisant à merveille le long cheminement qu’il faut faire pour atteindre cette gigantesque petite chose… nommée bonheur.

Deuxièmement, car, ce grand format aux illustrations gigantesques nous plonge dans une immensité du trait qui contraste avec cette petite chose invisible et gigantesque pourtant !

F.V.

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