• Cueillette d’albums... entre les murs de bien curieuses maisons

  • 3 octobre, par Françoise Vanesse

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BERNADETTE GERVAIS, Un, deux, trois, MAISON, Gallimard jeunesse, 2016

Une maison, c’est bien évidemment un toit, des murs, une porte et des fenêtres... Mais si c’était également un jeu de constructions, une plaine de jeux voire un champ d’investigations ? Voici un audacieux et original parti pris, en effet, auquel nous convie Bernadette Gervais dans cet album aux dimensions à la fois didactiques, artistiques et ludiques ! En page de gauche, un rectangle rouge sur fond blanc qui, aussitôt posé en page de droite dans le contexte des quatre murs de la maison, se transforme de toute évidence en une porte ! Et ainsi de suite avec ces trois carrés surmontés d’un triangle qui se muent en lucarnes abritées dans un toit en forme de trapèze. Et, chaque fois, le nombre de formes qui apparaît en chiffre puis en lettres. En fin d’album, après avoir assisté à l’édification de la maison, le petit lecteur découvrira l’environnement naturel, animalier et affectif de celle-ci avec la rencontre d’un noyau familial très traditionnel : papa, maman, ma soeur et moi ! Une fois de plus, Bernadette Gervais démontre son intérêt pour le développement d’un projet d’éducation au regard chez les très jeunes lecteurs en les immergeant dans cet univers de formes, tantôt abstraites, tantôt figuratives, en fonction du contexte qui les abrite. Tout est jeu de surprises, d’interrogations, d’énigmes, de comptages et d’observations. Un album bien construit et de format carré, aux pages plastifiées pour assurer une manipulation aisée et adaptée. Décidément, une bien curieuse maison, vue sous tous ses angles, pour construire son envie de compter, d’énumérer et d’observer en toute intelligence.

ANAÏS BRUNET, Belle maison, Sarbacane, 2017

Un hall d’entrée dans la pénombre. Par-ci, par-là, de larges tissus jetés sur les meubles et, derrière la porte d’entrée vitrée, enfin, une trace de vie : deux visages d’enfants manifestement impatients d’entrer et de réveiller le décor endormi de cette belle maison ! Aussitôt les voici à l’intérieur, occupés à faire entrer la lumière, à chasser les traces de l’hiver et de la solitude qui ont habité pendant de longs mois la charmante bâtisse familiale. Mais l’été est là avec son lot de perspectives réjouissantes. La plage n’est pas loin et la journée s’annonce riche d’éclats de soleil et de rire sous le regard complice mais néanmoins envieux de l’insolite narratrice de briques, condamnée à l’immobilité forcée : Belle maison ! Certes, le procédé stylistique n’est pas nouveau et l’on ne peut s’empêcher de penser à La Maison de J. Patrick Lewis et Roberto Innocenti qui nous raconte son émouvant et instructif parcours s’étalant sur plusieurs siècles. Mais, la force de Belle maison réside davantage dans son côté énigmatique. En effet, le récit est construit de façon telle que Belle maison ne dévoilera son identité qu’à la nuit tombée, au moment de refermer l’album. Quant à la dimension intimiste, elle est également grandement présente car, tout au long du récit, le lecteur ne peut s’empêcher de s’identifier aux petits protagonistes et, imperceptiblement, de laisser remonter à la surface ses propres souvenirs d’enfance. Au niveau littéraire, on pointera une riche construction habitée d’évocations tendres et émouvantes et un perpétuel dialogue, tout en contraste, évoquant tantôt l’immobilisme, la vieillesse, le silence et tantôt la vélocité et l’appétit de vie. Tout en résonnance avec ces thèmes emblématiques de l’existence, les gouaches d’Anaïs Brunet ruissellent de vie et de couleurs chaudes et confèrent une dimension supplémentaire de vitalité à ce récit original orchestré par cette figure maternelle décidément bien mystérieuse...

PIRET RAUD, L’histoire de la petite maison qui recherchait des habitants, Rouergue, 2017

Que faire quand on naît maison et que l’on n’a pas la chance d’abriter des habitants ? La réponse la plus simple serait de partir à la recherche de candidats à l’hébergement d’autant plus si, à l’instar de cette charmante maisonnette, vous êtes une construction à l’allure douce et accueillante entourée de parterres généreux ! Et c’est précisément ce que décide notre protagoniste qui prend son destin en main et part à la recherche d’habitants, décidée même à consentir toutes les métamorphoses pour accomplir son projet. La voici donc prête à se transformer en niche, bateau ou nid pour assumer sa mission... Mais, malheureusement pour elle, rien ne bouge car chien, poisson, oiseau semblent déjà bien lotis ! Même un vagabond décline son invitation ! Désespérée, sa quête prend enfin un véritable tournant lorsqu’elle fait la rencontre d’un hôte très inattendu voire fantomatique...
En refermant cet album attachant, on ne peut s’empêcher de faire la comparaison avec l’univers d’Arnold Lobel et cette atmosphère très onirique où fantaisie et émotions s’allient pour évoquer des situations réalistes si bien détournées. Mais le procédé narratif, apparenté au livre randonnée, est quant à lui peu original tant il a déjà fait l’objet de nombreuses créations. La force de cet album réside donc davantage dans son aspect graphique et au talent de Piret Raud. En effet, cette artiste estonienne, nous offre ici un exercice exigeant de pointillisme qui confère à ses larges formes stylisées sur fond blanc une présence énigmatique, gracieuse voire surréaliste. Néanmoins, un format plus large aurait sans doute permis à cette forme d’expression originale et extrêmement minutieuse d’encore mieux rayonner.

LUCA TORTOLINI, CLAUDIA PALMARUCCI, Les maisons des autres enfants, Cambourakis, 2016

« Elle est comment ta maison ? » Combien de fois n’a-t-on pas entendu cette interrogation dans les conversations des petits mais aussi des adultes... Ou des enseignants invitant les petits à dessiner leur maison ! Reflets de notre appartenance sociale, témoins de nos habitudes de vie, les murs de nos habitations laissent transparaître un peu de notre parcours, de l’histoire de nos familles ou de nos choix de vie, tout simplement ! Eveiller les enfants à cette pluralité est donc un intéressant défi auquel s’attèle cet album exceptionnel qui nous invite à pénétrer au coeur de différents styles de maisons et, par conséquent, à découvrir ses habitants. De la maison de maître et de l’hôtel particulier à la caravane de la famille tsigane en passant par l’appartement mal insonorisé ou la maison vide habitée par une personne âgée... Voici un surprenant périple au cœur de cette riche panoplie d’habitations avec ses occupants souvent très typés et aux origines sociales parfois diamétralement opposées. La force qui se dégage de cet album est triple. Tout d’abord, au niveau des illustrations, nous assistons à un subtil et parfois déroutant projet alliant hyper réalisme et étrangeté avec l’introduction discrète d’un élément insolite voire énigmatique en plein cœur d’une vision que l’on aurait cru de prime abord objective. Quant à la construction de l’album, elle est également complètement atypique et promène notre regard curieux de l’extérieur vers l’intérieur, l’invitant à s’arrêter, au moyen de gros plans, sur certains détails complètement anodins. Un album déroutant mais extrêmement bien construit dont la dernière qualité est sans aucun doute l’important dialogue et source d’inspiration qui peuvent s’en dégager…

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