• Cueillette d’albums... entre les murs de bien curieuses maisons (2/2)

  • 9 juillet, par Françoise Vanesse

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Julie FOGLIANO, Lane SCMITH, Il était une fois une maison, Le Génévrier, 2018

Les maisons abandonnées recèlent bien des souvenirs mystérieux et de leurs murs percole parfois la personnalité de leurs anciens habitants. Gardiennes de leur parcours, ces bâtisses conservent fidèlement l’histoire des différentes personnalités qui les ont côtoyées, investies, fait vivre et animer. Mais qui sont ces êtres dont il ne reste aujourd’hui que quelques indices disséminés au coeur de ces pièces désormais silencieuses ? Pour nous prendre par la main et nous accompagner sur le chemin de ce questionnement, voici ce très charmant album et son trio de curieux enquêteurs : deux enfants accompagnés d’un oiseau complice, immergés dans un jardin luxuriant au fond duquel nous apercevons l’esquisse d’une maison délabrée. Ses traits se révèlent plus francs une fois que nous y pénétrons et découvrons, en compagnie des intrépides explorateurs, cet énigmatique décor, tremplin à l’édification d’un flot de conjectures sur le parcours des habitants disparus... Celui-ci se déploie sous notre regard curieux baigné dans un décor suranné, tout en correspondance avec cette quête aux accents nostalgiques. Un récit, sous forme de diptyque qui nous propose des illustrations en totale correspondance avec cette originale construction. En effet, tandis que nous accompagnons les enfants dans leur quête de souvenirs enfuis, nous sommes immergés dans des esquisses floues et évanescentes à l’encre de chine et écoline. Enfin, les traits du dessin s’affirment et les couleurs se font plus présentes lorsque le récit nous propose d’imaginer la vie des anciens propriétaires. Des habitants décidément bien mystérieux car nous refermons le livre sans jamais savoir ce qu’ils sont devenus. Et si cette maison aimait tout simplement être là, à se rappeler toutes ces histoires que nous ne connaîtrons jamais...

Davide CALI, Catarina SOBRAL, La maison qui vole, La Joie de Lire, 2017

Qui n’a pas, un jour, rêvé de retrouver l’environnement de son enfance ? C’est précisément cette charmante proposition qui sous-tend la trame narrative de cet album où une maison quitte subitement son emplacement pour s’envoler vers le lieu de naissance de son propriétaire ! Quoique l’intention soit louable, le maître des lieux, désormais sans toit, n’en est pas moins déconcerté. Le voici donc parti à la recherche de sa bienveillante maisonnette par l’entremise d’une succession de services administratifs sensés l’aiguiller dans cette insolite recherche. C’est finalement au coeur de l’ancienne propriété familiale que le persévérant propriétaire retrouvera son nid douillet venu très gentiment se poser dans le jardin de son enfance.
Charmante allégorie du désir du retour aux sources, agrémentée d’une ribambelle d’allusions à l’absurdité d’une bureaucratie inopérante, ce texte, résonnera sans doute auprès des lecteurs plus âgés. La force de cet album réside davantage dans son propos graphique dû au talent de Catarina Sobral qui, à l’instar du thème évoqué, nous convie à un envol dans un univers riche de très nombreuses recherches. Tout au long des pages, l’artiste s’attèle en effet à provoquer la surprise : que ce soit par une intéressante utilisation du crayon noir et de l’incroyable panoplie de nuances qu’elle parvient à en dégager ou par les contrastes des palettes limitées de couleurs avec lesquelles elle s’amuse pour instaurer rythme et vivacité. Le tout habité par les silhouettes cocasses et vintages de sympathiques personnages qui évoluent dans un univers d’objets et de végétaux déployant une riche panoplie de motifs ou de textures. C’est précisément cette utilisation des formes très stylisées aux allures parfois enfantines qui auront de quoi parler aux plus jeunes et pourraient, sans nul doute, servir d’inspiration pour un atelier de créativité graphique. A vos crayons...

Paula SHER, Stan MACK, La maison de brique, La Joie de Lire, 2018

Quoi de plus judicieux pour inviter le lecteur à pénétrer à l’intérieur d’une maison que de nous proposer, en couverture, sa façade garnie de sympathiques fenêtres où s’affairent les acteurs de l’amusant feuilleton qui se prépare à défiler sous notre regard curieux ! Aussitôt, le rideau se lève et voici qu’apparaît la scène principale où se déroule l’essentiel de l’action : une coupe intérieure de cette curieuse maison de brique avec ses trois étages où chacun, dans son appartement, s’affaire à vivre sa vie, avec ses attentes mais aussi ses limites... Précisément, celles-ci sont parfois diamétralement opposées ! Et alors que monsieur ours souhaite hiverner et disposer d’un calme salvateur, la famille kangourou, quant à elle, aime s’adonner à la danse. Que dire de la famille cochon, fervente amatrice de préparations culinaires aux fumets passe-muraille ! Bref, le conflit et la discorde menacent le bien-être de chacun. Pour éviter que tout chavire, ces sympathiques locataires devront faire preuve d’un sens aigu de la concertation débouchant sur une enthousiasmante et coquasse mobilisation avec des réaménagements successifs tel un amusant jeu de chaises musicales.
Si les valeurs telles que le sens de l’écoute et la faculté d’adaptation sont bien évidemment les points forts de cet album, son intérêt majeur réside avant tout dans sa construction et le rôle que celle-ci permet au jeune lecteur de jouer. Celui-ci est en effet, d’emblée, transformé en spectateur-acteur, invité à résoudre des énigmes et émettre des hypothèses suite à cet imbroglio de déménagements successifs. Cet amusant jeu de repérage est dynamisé grâce à une mise en page intelligemment échafaudée, une alternance d’illustrations pleine page et de vignettes s’apparentant à la formule des bandes dessinées ainsi qu’un jeu sur l’alternance très tonifiante de couleurs de style année septante.

Léa GOLDBERG, Anna GRIOT, Appartement à louer, Albin Michel jeunesse, 2019

Décidément, vivre en harmonie entre voisins ne semble pas chose aisée ! Et l’absence de tolérance vis-à-vis des habitudes des uns et des autres est parfois de mise... Voici un album qui nous immerge dans cette thématique avec cet "Appartement à louer" en recherche d’un nouveau locataire. Voici fourmi, lapine, cochon, et madame pie qui se bousculent aux portillons pour visiter les lieux ! Mais alors que chacun s’accorde pour apprécier l’aménagement des pièces, c’est le mode de vie des habitants des différents étages voisins qui s’avère être l’élément rédhibitoire et, finalement, chacun renoncera à louer cet appartement. Heureusement, voici que se présente la très positive colombe ! Généreuse et pacifique, elle se réjouit de la disparité du voisinage et de tout le bonheur qui pourra naîtra de cette cohabitation qu’elle accepte avec joie. Publié en hébreu en 1959, Un appartement à louer est un classique pour les enfants en Israël. On doit cet album incontournable à la célèbre romancière et poétesse Léa Goldberg. Il s’agit ici de la première traduction en français qui constitue une très judicieuse initiative au vu des valeurs de tolérance et de vivre-ensemble véhiculées par ce récit qui, par de nombreux aspects, s’apparente à la structure d’une véritable fable. Quoique ce texte très classique ne soit guère récent, il reste d’une brûlante actualité et d’une grande modernité. Il charmera les lecteurs de tous âges guidés dans cette amusante randonnée par les illustrations vivaces et expressives de Anna Griot. Mais ce que l’on retiendra surtout c’est l’importante richesse littéraire de ce texte, sa musicalité et son rythme qui enthousiasmeront certainement les animateurs pour une lecture à voix haute. Un texte à la portée universelle et intemporelle, une traduction exceptionnelle qui enchante réalisée de main de maître par le sociologue Julien Darmon, spécialiste des littératures religieuses hébraïques et arabes et responsable éditorial chez Albin Michel.

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