• Charles de Foucauld autrement

  • Regards croisés sur "Des visages de fraternité"

  • 5 janvier 2010, par Gérard Durieux

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  • Un livre qui réussit à faire apparaître « autrement » ce personnage sur lequel trainent encore dans notre imaginaire collectif de nombreuses légendes.

SIX Jean-François, Charles de Foucauld autrement, DDB, 2008

Depuis plus d’un demi-siècle, Jean-François Six interroge le père de Foucauld à travers une dizaine d’ouvrages dans lesquels il a exploré sa personnalité, ses écrits et son itinéraire. Malgré cette importante production, l’auteur se demande encore et à nouveau : « Qui ai-je rencontré ? ». En relisant minutieusement une impressionnante correspondance, (cinq mille six cent soixante et une lettres écrites entre 1900 et 1916 !) il nous livre un visage inattendu de ce grand vivant.

Enfant marqué par l’exil et le deuil, Charles de Foucauld dissipe sa jeunesse dans l’émancipation frondeuse. Cette provocation durera vingt trois ans ! Désavoué par les siens, il veut alors prouver sa valeur et se durcit. Suivent vingt années à « vouloir réussir » : exploration inédite au Maroc, travaux scientifiques, conversion, tentatives radicales d’une vie religieuse à la recherche de la « dernière place » qui serait pour lui l’exploit suprême. Sincère alors, mais avant tout centré sur lui. En 1901, ordonné prêtre presque malgré lui, il sort lentement de cet étouffement pour entrer dans la joie de l’autre, du plus petit. S’ensuivent quinze années de relation, d’amitié, de « conversation » avec ses frères Touaregs : simple présence de service, libre enfin pour aimer au jour le jour dans la douce et joyeuse faiblesse de croire.
Sur ce chemin de réconciliation avec lui-même, un homme et une femme de haute valeur l’accompagnent de leur affection, discrets et décisifs : sa cousine Marie de Bondy, de huit ans son aînée, « sans doute la clef de l’énigme de Foucauld » (Durel Alain, Les amants du silence, L’œuvre, 2009). Et l’abbé Huvelin, son conseiller spirituel qu’il appelait son « père ».

Assurément, l’auteur a réussi son pari : Foucauld nous apparaît « autrement ». Les images d’Epinal posthumes en faisaient un dépressif à la piété grognonne, instable gyrovague habité par une inguérissable mélancolie et une profonde haine de soi. Les témoins patiemment relus nous le décrivent érudit infatigable et ouvert, vibrant d’indignation, enjoué et agréable, plein de tact et de bonté.

Six nous fait ainsi découvrir l’invraisemblable cheminement d’un homme qui aura cherché jusqu’au bout comment aimer, jusqu’à offrir le visage émacié d’un ascète apaisé au regard d’enfant. Et il conclut : « Cet homme vit la joie, respire la joie, donne la joie ». Son livre accompagne, pas à pas, l’itinéraire de cette béatitude.

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