• Bibliothèque communale de Poulseur. Une circulation hors des sentiers battus…

  • 24 mars 2015, par Françoise Vanesse

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  • Pousser les portes de cette bibliothèque, c’est découvrir…

Un bâtiment phare

Poulseur : charmant petit village de l’entité de Comblain-au-Pont en Province de Liège, niché au bord de l’Ourthe avec sa vallée très sinueuse à vocation touristique mais aussi un peu à l’écart des importants axes routiers. Quand on arrive en son centre, on perçoit d’emblée que l’aménagement de la Place Puissant et ses alentours résulte d’une volonté manifeste de favoriser la communication et la convivialité. D’un côté de la place, voici, discrète mais très charmante, la gare avec la ligne de l’Ourthe heureusement toujours en activité. Au centre, quelques fontaines et des espaces réservés à la circulation des piétons. Mais le témoin le plus marquant de cette politique de revitalisation se situe de l’autre côté de la route et prend corps dans l’ancienne Maison du Peuple, construction lumineuse de style art nouveau, classée, entièrement restaurée et réhabilitée en Maison de village depuis 2008. Sans conteste, la construction élégante avec ses larges baies vitrées irradie d’une présence étonnante mais surtout témoigne de l’important mouvement syndical qui anima le pays carrier au siècle passé. Comme par essence, c’est dans cet écrin voué, lui aussi, à l’échange et la communication que vous découvrirez les locaux de la bibliothèque de Poulseur et Philippe Dachouffe, un bibliothécaire qui aime se promener hors des sentiers battus !

Un pivot au cœur d’un pôle culturel

La bibliothèque n’est pas la seule à être hébergée, depuis maintenant quatre ans, au cœur de cette Maison de Village. En effet, le bâtiment est très spacieux et les différents locaux adjacents, dont une salle polyvalente, sont destinés à l’organisation de cours de danse, de yoga mais aussi à des réunions de groupements associatifs du village. Quant à l’étage de cette construction, vous y découvrez une salle de spectacle de cent quatre-vingt places dont la restauration, elle aussi, force l’admiration et dont l’infrastructure très professionnelle pourrait rivaliser avec celle d’un Centre culturel. Manifestement, l’aménagement de cette ancienne Maison du Peuple repose, lui aussi, sur une dynamique de partenariats et de polyvalence. Pour exemple, l’EPN de la bibliothèque qui accueille, chaque semaine, les participants des cours de promotion sociale. « Ce bâtiment a été conçu comme un pôle culturel, éducatif et de rencontre, explique Philippe Dachouffe. Et la bibliothèque en constitue le pivot car elle reste l’élément stable autour duquel gravitent d’autres projets plus ponctuels ou plus mouvants. » Cette situation privilégiée a pour conséquence que la bibliothèque n’est pas isolée, ni du centre du village, ni d’autres acteurs culturels. Et ce statut constitue un atout de taille pour fédérer un large public aux différents projets que le bibliothécaire veut atypiques et très spécifiques.

Des collections atypiques

La constitution des collections sort du schéma classique avec, aux côtés des collections de base, un imposant éventail de quatre mille cinq cents albums de bandes dessinées qui représentent un tiers de l’ensemble des acquisitions réparties dans les deux bibliothèques de proximité, Poulseur et Comblain. A cela viennent encore s’ajouter quatre-cents titres de littérature indienne : précisément, avec la BD, l’autre passion du bibliothécaire ! « J’ai en effet cette grande chance de pouvoir questionner mes passions au sein de mon métier, confie Philippe Dachouffe. Mais, outre ce plaisir, je suis persuadé que la spécificité des collections d’une bibliothèque est une belle opportunité qu’il faut exploiter car elle permet de se démarquer, de satisfaire des demandes plus pointues mais également des envies plus simples : dans tous les cas, d’emmener les lecteurs sur des chemins inattendus, ce qui est notre rôle. » Le bibliothécaire a toujours suivi cette voie et, heureusement, le budget qui lui est octroyé par la commune lui fournit les moyens de poursuivre cette politique d’acquisition exigeante. « Consacrer de l’énergie, des moyens à des formes d’expression qui sont moins connues est primordial en bibliothèque, poursuit-il, et cela fonctionne très bien même si certains bouquins n’ont pas le succès de Marc Levy… Mais cette littérature a moins besoin de nous ! Quand le livre rentre, je le pose sur le bureau et, quelques minutes après, quelqu’un le prend ! »

Des projets spécifiques

Même politique d’exigence au niveau des animations proposées : organisation de concerts en lien avec la salle de spectacle, concours de dessins BD, accueil d’artistes, animations dans le cadre d’Europalia Inde, expositions ponctuelles autour d’une thématique en correspondance avec la nature des collections. Comme celle que nous découvrons lors de notre visite dans l’espace jeunesse modulé, pour l’occasion, en lieu d’exposition. Les grilles caddies accueillent une vingtaine de planches originales de dessinateurs de bande dessinée de six nationalités différentes qui donnent leur vision de la grande guerre. Le tout est encadré de façon professionnelle et très soignée.(1) On se croirait dans une petite galerie d’art ! Et d’emblée, on sent que cette démarche plait au bibliothécaire. « Il y avait longtemps que ce projet me trottait en tête et le thème était souhaité par la commune. Mais une expo, c’est un gros travail en amont et en aval puisqu’ il faut ensuite tout restituer aux propriétaires et assurer le suivi presse ». On s’en doute, ces projets d’expositions didactiques permettent de questionner un sujet de façon visuelle et donc de bien entrer en contact avec les lecteurs dont les jeunes. « Oui, les enfants apprennent beaucoup au travers de ces planches. La BD permet la narration visuelle et, lorsque j’accueille des classes, j’essaie de donner en lecture une vision plus nuancée et plus complète de la grande guerre qui ne se limite pas aux tranchées... Le dialogue avec ces illustrations permet de faire apparaître d’autres images, d’autres conceptions... » A nouveau de sortir des sentiers battus !

De la circulation…

Et de circulation, il en est question dans l’aménagement intérieur de cet espace très lumineux composé de deux niveaux avec, au rez-de-chaussée, le large comptoir de prêt et la section jeunesse, le tout installé sur un magnifique carrelage d’époque et, à l’étage, l’EPN logé sur un ilot en proue de bateau : le tout en dialogue avec des originaux de François Schuiten. Partout, on circule avec fluidité et respiration : les étagères sont d’une hauteur bien proportionnée et, malgré l’ampleur des collections, il n’y a pas de surcharge. Circulation également, mais dans le passé cette fois, avec cette présence de reproductions d’anciennes cartes postales qui valorisent l’histoire locale ; et, déambulations hors frontières, car le caractère pointu de certaines expositions draine un public qui vient de l’étranger. Enfin, circulation, un peu moins positive par contre, avec la rampe d’accès pour personnes à mobilité réduite conçue de façon très peu fonctionnelle ou l’arrivée d’air froid qui s’infiltre par les larges verrières conçues en simple vitrage- classement de l’immeuble oblige ! Enfin, comment ne pas terminer cet aspect lié à l’importance de la circulation à la Bibliothèque communale de Poulseur, sans évoquer son intégration, depuis deux ans, au réseau B.O.A. (Bibliothèques Ourthe Amblève - Comblain, Aywaille - Hamoir- Ferrières) « Cela change la vie d’appartenir à ce bloc assez cohérent, les collections sont mutualisées, des synergies sont créées et une grande partie du travail administratif est pris en charge par le pivot, Aywaille. Cela me décharge car, mis à part le renfort suite à l’arrivée de Cédric Woyave, stagiaire ici depuis le mois de septembre, je suis seul pour tout assumer dans les deux bibliothèques de proximité. Avec cinq ouvertures hebdomadaires, tous les projets qui gravitent et les liens avec les écoles, il faut parfois être créatif ! »
Et c’est bien par cette évocation de la créativité, si souvent préconisée comme une solution pour sortir de la crise, que nous souhaitons clore cette immersion au cœur de cette bibliothèque intégrée au cœur d’une dynamique culturelle locale, d’un réseau efficace et qui, par ses projets atypiques et exigeants, se veut l’illustration d’une politique désireuse de relever les nouveaux défis qui jalonnent le paysage des bibliothèques du XXIème siècle.

Bibliothèque communale de Poulseur

  • Place Puissant, 5
    4170 Poulseur
  • 04/380.10.45
  • biblio.comblainaupont@skynet.be

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