• Au bon roman

  • 22 novembre 2010, par Gérard Durieux

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  • Une solution romanesque et enjouée pour mieux se diriger dans forêt des titres...

COSSE Laurence, Au bon roman, Gallimard, 2009. (Folio 5074).

On ne peut pas tout lire. Tout lecteur s’en attriste. Tout bibliothécaire, dans sa modeste sagesse, s’en accommode. Alors, comment choisir dans la forêt de titres, même à ne s’en tenir qu’aux romans ? Laurence Cossé (notamment Prix Giono 1996 pour Le coin du voile) nous propose ici sa solution romanesque et enjouée.

Yvan est un ancien routard désargenté, Francesca une mécène mélancolique. Ils se croisent incidemment, riches de leur passion des livres. Ensemble, ils décident d’ouvrir à Paris une librairie où on ne vendrait que de « bons romans ». Un jury de huit écrivains, anonymes, indépendants et connus d’eux seuls, dresseront périodiquement une liste d’œuvres recommandées à la vente, labellisées.

L’aventure connaît un succès foudroyant mais suscite bientôt des réactions indignées dénonçant une dictature élitiste , les coups bas des marchands de bouquins menacés dans leur commerce, les virulentes campagnes diffamatoires jusqu’au harcèlement violent des « listeurs masqués ». Où donc l’affaire finit par tourner au cauchemar.

Comment résister au piège d’un « avis » : ce roman est-il un « bon roman » ? Plaisant, mais pas au point de faire partie d’une (in)discutable sélection de chefs-d’œuvre. Cependant, même si le récit s’entortille et « s’alentit » par instants (entrée en matière alambiquée, dialogues à la limite de l’artifice, histoire d’amour improbable...), même si les blogueurs taxent ce bouquin de roman à thèse pédant et prétentieux, nous avons aimé le ton allègre et passionné de cette « défense et illustration » du roman de qualité (que de suggestions de lecture !). Car on peut soupçonner l’habile romancière d’avoir glissé, sciemment et avec humour, toutes ces maladresses patentes afin de nous engager avec elle dans une diatribe d’actualité et une réflexion amusée sur notre propre rapport aux livres : sur l’édition et ses vaines publications, sur le pouvoir ambigu des critiques et des réseaux d’information, sur la fonction de salubrité publique des librairies, sur nos critères de choix...

Voilà donc l’occasion d’une joute passionnée et jubilatoire autour de « la chaîne du livre dans une démocratie », entre coups de cœur et coups de griffe... C’est surtout une sagace invitation à rêver à ce « paradis des bons livres »... Une aberration ? Une utopie ?... Que nenni ! C’est votre bibliothèque, non ?

Gérard Durieux

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