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  • Abécédaire

  • 10 février 2011, par Gérard Durieux

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  • Une merveilleuse occasion de réentendre la parole multiple aux accents rebelles de ce Socrate de la foi...

SULIVAN Jean, Abécédaire, Gallimard, 2010

Décédé accidentellement il y a trente ans, ce prêtre breton si peu ecclésiastique aura marqué une génération de croyants par une parole multiple aux accents uniques de rebelle. Ce « romancier des frontières », ce « passant » aura suscité et accompagné la recherche intérieure de beaucoup. Et sa musique « d’insurrection intérieure » reste vive.

Après l’anthologie de ses textes préfacée par Jean Grosjean (Pages, Gallimard, 1996) et le recueil d’extraits consacré à son expérience spirituelle (Libre sous le regard de Dieu, Fides, 2006), l’édition toute récente de cet Abécédaire établie par Charles Austin offre une merveilleuse occasion de réentendre ou de découvrir la voix libre de ce Socrate de la foi : les notions-clés de l’œuvre (romans, récits, articles, entretiens, essais) sont ici mis en lumière à travers plus de deux cents entrées, entre « Action » et « Voyages ».

Nul doute que le parcours proposé permettra aux uns de redécouvrir l’audace perdue de leur propre parole, ensommeillée dans l’insignifiante fébrilité de la vie et le bruit d’un affairisme exténuant. Aux autres, il sera peut-être donné de s’accorder à l’invitation incisive de ce prophète, face à l’inacceptable de tous les systèmes qui écrasent, au discours bétonné des docteurs de la Loi. De découvrir un auteur véritable, à l’écriture de plus en plus dépouillée, entêtante, obstinée à empêcher d’esquiver les seules questions qui vaillent.

Certes, les temps ont changé. Dans les années 70-80, Sulivan « rêvait d’une Eglise souterraine qui tournerait délibérément le dos au grand nombre » (R. Scholtus). Souterraine, elle l’est devenue. Les jeunes chrétiens d’aujourd’hui n’ont rien à déconstruire, à désacraliser. Ils viennent d’un monde postchrétien sans mémoire et réclament de la visibilité, de l’identité et de la surface sociale.

Mais il reste vrai qu’il n’y a pas à choisir « entre la propagande sectaire et le christianisme décaféiné soluble dans la petite morale des bons sentiments ».
Sur cette « ligne de crête », dans le « bonheur de la marche incessante », Sulivan le mystique continue à ouvrir des chemins de liberté intérieure, au risque de se perdre. Sans jamais, pour autant, assigner Dieu à résidence dans le cloître de notre petit « moi ».

Gérard Durieux

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